Alors vous avez parlé de ce climat de désinformation et aussi de polémique. Est ce que c’est encore possible d’avoir un débat sain et qui aborde les vraies questions ?
C’est toute la question qui est posée par ce flot continu de désinformation de fake news à la fois émanant de médias mais aussi évidemment des réseaux sociaux. Le problème c’est que ceux qui sont capables de déceler la fausse information, ils vont aller chercher ils vont faire leur jugement après s’être renseignés avoir lu des choses différentes entendues vu à la télévision des choses différentes mais les esprits les plus faibles les adolescents en particulier vont se laisser emporter par des fake news diffusées par des médias, de journalistes avec normalement une déontologie de journaliste et puis évidemment les réseaux sociaux qui dénaturent très souvent les choses, donc c’est très très compliqué aujourd’hui pour des citoyens d’avoir une information juste, d’où l’idée exprimée par le président de la République d’un label mais pas d’un label, comment dirais-je sur lequel l’Etat aurait la main vous savez d’ailleurs, ce n’est pas du tout ce que le président de la République a dit et si j’ose dire la première fake news après ces propos, c’est que toute la presse de Bolloré l’a dit, le président de la République veut maintenant une certification conforme de l’information selon ce que pense l’Etat, ce qui n’est pas du tout vrai, c’est vrai que c’est difficile et que c’est très dangereux pour nos sociétés que de voir des fake news prospérer.
Vous avez également parlé des attaques à l’encontre de l’Etat de droit. Est ce que ces attaques sont juste de l’ordre du discours ou est ce qu’elles ont un effet concret ?
Il y a une confusion savamment entretenue par certains entre le droit et l’Etat de droit, le droit on peut le modifier et c’est même un devoir pour les dirigeants de faire évoluer le droit. Mais l’Etat de droit il ne faut pas y toucher, c’est ce qui garantit notamment l’égalité entre les citoyens, et quand une décision du Conseil constitutionnel fait l’objet d’âpres critiques, alors on dit mais il faut supprimer le
Conseil constitutionnel, il faut modifier la Constitution, en réalité une bonne décision ce n’est pas forcément la décision attendue par telle ou telle. Le Conseil constitutionnel, j’ai donné 2 exemples, le texte porté par monsieur Retailleau et le texte porté par monsieur Gabriel Attal, ce sont 2 malfaçons législatives et le Conseil constitutionnel a fait son devoir. qu’est ce que ça a donné ensuite, on a dit mais il faut supprimer le Conseil constitutionnel. Le Conseil constitutionnel est un empêcheur de faire évoluer les choses, non pas du tout. Le Conseil constitutionnel a fait son métier alors on attaque le Conseil constitutionnel on attaque le Conseil d’État on attaque les décisions de l’ordre judiciaire. Vous l’avez vu à propos du procès de Madame Le Pen et à propos du procès de Nicolas Sarkozy, mais ce n’est pas possible l’Etat de droit c’est de rappeler que ceux qui disent la justice ce sont les juridictions et personne d’autre, et qu’à un moment quand la décision est rendue elle a pour objet normalement de pacifier les choses pas de rallumer l’incendie, c’est là il faut être très vigilant parce que la démocratie elle bascule si elle ne peut plus s’appuyer sur l’Etat de droit.
Vous êtes au Maroc pour jouer « J’ai dit oui ». Pourquoi avoir choisi la scène pour raconter cette expérience, plutôt qu’un livre ou un entretien classique ?
J’ai fait les deux. Mais la partie spectacle est un contact direct avec les gens, ils reçoivent ce que vous dites et ils vous renvoient un certain nombre de choses immédiatement. Alors je rappelle que les démocrates, les premiers démocrates de l’histoire, et je pense particulièrement à la Grèce antique, tout se faisait au théâtre, dans ce qu’on appelait l’agora, c’est un échange entre les uns et les autres. Le livre, c’est un autre rythme en réalité, parce que le livre, vous avez des lecteurs mais vous ne savez pas immédiatement ce qu’il ressent, ce sont donc des choses différentes et complémentaires l’une de l’autre.
A travers vos œuvres, est-ce que vous cherchez spécialement à mettre un débat sur la table sur la justice, le pouvoir et la responsabilité ?
Je suis désormais un citoyen libre qui souhaite participer au débat public. Et donc ces deux moyens-là, ces deux vecteurs-là, sont des vecteurs qui sont importants.
Vous avez longtemps critiqué l’institution judiciaire avant de la diriger. Y a-t-il un point sur lequel votre regard a profondément changé une fois aux responsabilités ?
Alors je dois vous dire que j’ai été critique à l’encontre de l’institution judiciaire, mais j’ai aussi souligné ses qualités, parce qu’elle a des qualités, elle a des défauts et elle avait des besoins. En termes de besoins, on a renforcé le budget comme jamais dans notre histoire, et le président de la République a fait en sorte que le budget de la justice augmente de 60 %, ce qui est absolument colossal. Ensuite, ce qui a changé, c’est que quand vous êtes un citoyen dans votre voiture, vous dites y’ a qu’à, faut qu’on, faudrait, faites, comme tous les citoyens, et j’ai été de ceux-là, en disant mais pourquoi on fait pas ça, pourquoi on fait pas ça. Et quand vous êtes aux responsabilités, vous vous rendez compte d’abord que vous n’êtes pas tout seul et qu’ il y a un certain nombre de restrictions qui viennent des autres ministères. Moi, le budget de la justice, j’en suis très fier, mais j’aurais souhaité encore plus d’argent. Mais à un moment, le ministre des Finances me dit qu’il n’y a pas que vous, mais y a d’autres ministères. Et ça, vous le découvrez quand vous êtes aux manettes, avant que vous n’en ayez pas forcément l’idée. Vous voyez, quand vous êtes tout seul dans votre voiture, vous êtes tout seul dans votre voiture à râler, à trépigner, puis les Français, ils aiment râler et ils aiment trépigner. Mais quand vous êtes aux manettes, vous vous rendez compte qu’ il y a une solidarité gouvernementale, que vous n’êtes plus tout seul et que vous êtes entouré d’une équipe, et donc c’est un travail d’équipe.
Dans ce sens, quel a été, selon vous, le moment le plus difficile à assumer ?
Je peux pas en choisir une, j’ai évoqué tout à l’heure devant vous ma volonté d’ouvrir le corps de la magistrature, qui me semblait, comment dirais-je, atteint par une forme de corporatisme, faire en sorte que tous les enseignants de l’école nationale de la magistrature ne soient plus exclusivement des magistrats, j’ai obtenu ça de haute lutte. Une procédure permettant au justiciable maltraité, y en a très peu mais y en a, d’avoir recours, une procédure permettant à un magistrat non syndiqué d’intégrer le Conseil supérieur de la magistrature, autre mesure que, évidemment, et ça ne s’est pas fait dans la simplicité, c’est faire en sorte que l’école nationale de la magistrature soit dirigée par une avocate, en
l’occurrence vice-bâtonnière du barreau de Paris. Quand j’ai fait ça, je peux vous garantir qu’ il y a eu quelques vagues, hein, et quelques vagues de protestation.
Qu’attendez-vous de cette étape marocaine, et pourquoi ce pays aujourd’hui ?
D’abord parce que c’est un pays que j’aime, ça n’est un secret pour personne. Et deuxièmement, monsieur, parce que les thématiques que j’aborde traversent les nations et leurs spécificités, expliquer à des gens ce qu’est le travail d’un ministre, je crois que ça intéresse les Marocains comme les Français, comme les Belges, comme les Suisses, comme les Canadiens, où je suis allé jouer. Comment ça se passe ? Il y a peu de gens qui le connaissent. Comment expliquer que pour un ministre qui vient de la société civile de découvrir le Parlement, le Conseil des ministres, etc. Puis il y a toute une réflexion sur cette forme de désamour dans beaucoup de nos sociétés entre les administrés et leurs dirigeants, donc tout ça, c’est une réflexion qui se veut pédagogique et en même temps conjuguée, matinée par un peu d’humour et et d’auto-dérision.
Avec le recul, referiez-vous ce choix — « dire oui » — et dans quelles conditions ?
Oui, mais ça dépend qui me le demande. Si c’est Emmanuel Macron, je réfléchis. Si c’est quelqu’un d’autre, j’hésite. Si c’est encore d’autres auxquels je songe à cet instant, c’est non. Voilà, c’est quoi.
Quelle serait la condition objective pour vous décider ?
J’ai servi le président de la République parce que d’emblée il avait parfaitement conscience que la justice avait de gros besoins et il m’a permis de les mettre en œuvre, m’a permis de de de de répondre à cela. Et puis on a eu, comment dirais-je, des des des vues similaires sur l’institution et j’ai eu, je dois le dire, une grande marge de manœuvre. En tous les cas, pour répondre différemment à votre question, je ne regrette pas une seule seconde d’avoir dit oui.
