Vous travaillez actuellement sur un ouvrage consacré à l’histoire de l’automobile au Maroc. En revisitant ce parcours, quel regard portez-vous aujourd’hui sur l’évolution de ce secteur dans le pays ?
En revisitant l’histoire de l’automobile au Maroc, on découvre que notre pays entretient avec cette industrie une relation beaucoup plus ancienne et plus profonde qu’on ne l’imagine souvent. Dès la fin du 19e siècle, le Maroc s’est inscrit dans l’aventure automobile. L’histoire est jalonnée d’anecdotes révélatrices : l’une des premières voitures produites par Daimler a suscité l’intérêt du Sultan Feu Hassan Ier qui a aidé à son développement et qui a acquis la première voiture commercialisée, et l’on oublie souvent que le nom même de Mercedes trouve son origine à Tanger, à travers Émile Jellinek, grand concessionnaire de la marque, qui demanda à Daimler de nommer les voitures du prénom de sa fille. Le Maroc fut également très tôt un pays de mobilité automobile avec l’organisation de rallyes dès les années 1920 et l’introduction d’un code de la route avant même certains pays européens. Après l’indépendance, le Royaume a très vite compris l’importance stratégique de cette industrie. Des entreprises comme la SOMACA, Berliet Maroc ou encore les premières industries de pneumatiques ont constitué les bases d’un tissu industriel automobile national. Bien sûr, cette histoire a connu des périodes d’expansion et des moments plus difficiles, notamment dans les années 1980. Mais ce qui frappe lorsqu’on observe ce parcours dans sa globalité, c’est que la réussite actuelle n’est pas un hasard. Elle est le résultat d’une accumulation progressive de savoir-faire, d’expériences industrielles et de politiques publiques cohérentes. Il aurait été difficile pour le Maroc d’être au rendez-vous de la montée industrielle sans le capital d’expertises et de compétences accumulé durant des décennies. La success story automobile du Maroc s’inscrit donc dans une trajectoire longue où se combinent héritage industriel, vision stratégique et modernisation économique. Je n’en dirai pas davantage ici, car il faut aussi préserver l’intérêt du beau-livre actuellement en cours de réalisation.
L’industrie automobile marocaine a connu une transformation rapide ces dernières années. Comment analysez-vous la structuration actuelle de cet écosystème ?
L’industrie automobile marocaine n’a pas connu une transformation brutale mais plutôt une accélération remarquable d’un processus engagé depuis plusieurs années. La première étape a été celle de la conviction : il fallait démontrer que le Maroc pouvait devenir une base industrielle crédible pour l’automobile. Cette dynamique a été rendue possible grâce à une vision structurante forte, portée au plus haut niveau de l’État, qui s’est traduite par des stratégies industrielles intégrées et des infrastructures majeures, dont le port Tanger Med constitue aujourd’hui l’un des symboles les plus visibles. La deuxième étape a été celle de la structuration des écosystèmes et de l’accélération industrielle. L’objectif était d’organiser autour des constructeurs un réseau d’équipementiers et de fournisseurs capables de produire localement une part croissante des composants automobiles. Les deux mots clés étaient alors les coûts et la logistique. Aujourd’hui, ces écosystèmes ont atteint une maturité remarquable. Les entreprises implantées au Maroc maîtrisent les standards internationaux de qualité, de productivité et de logistique. La plateforme industrielle marocaine est désormais pleinement intégrée dans les chaînes de valeur mondiales. C’est ce qui permet aujourd’hui de parler d’un véritable « plug and Play industriel » : un équipementier peut s’installer au Maroc et se connecter rapidement à un environnement industriel performant. Cette capacité a été notamment utile en 2022, avec la guerre UkraineRussie et la nécessité de devoir délocaliser rapidement des productions sensibles. Cela explique en partie pourquoi de nombreux investisseurs internationaux — y compris des groupes chinois, qui ont longtemps été les maîtres de « l’usine du monde » — voient aujourd’hui dans la plateforme marocaine une opportunité stratégique pour s’intégrer aux chaînes industrielles euro-méditerranéennes. On voit également se dessiner progressivement un véritable corridor industriel entre Tanger, Kenitra, Casablanca et l’axe atlantique, avec déjà la perspective d’une extension vers l’est avec le port de Nador West Med. Cet ensemble constitue aujourd’hui l’une des zones industrielles élargies les plus dynamiques du continent africain.
Quels sont, selon vous, les principaux atouts qui permettent aujourd’hui au Maroc de se positionner comme une plateforme industrielle automobile compétitive ?
Le positionnement du Maroc repose sur une combinaison d’atouts particulièrement solides. Les nombreuses success stories industrielles témoignent de cette dynamique : plus de 250 entreprises se sont installées dans l’écosystème automobile marocain et beaucoup d’entre elles considèrent aujourd’hui avoir fait un choix stratégique particulièrement pertinent. Il y a d’abord les fondamentaux institutionnels et économiques : stabilité politique, visibilité réglementaire et ouverture internationale grâce aux nombreux accords de libre-échange. Il y a ensuite la qualité de la plateforme industrielle. En une quinzaine d’années, le Maroc a construit un tissu d’équipementiers capable d’alimenter les chaînes de production internationales avec des standards élevés de qualité et de productivité. La logistique constitue également un avantage déterminant. Le Maroc se situe à moins de 36 à 48 heures de transit de la plupart des marchés européens, ce qui en fait un hub naturel dans la nouvelle organisation régionale des chaînes industrielles. Un autre facteur essentiel est la qualité des ressources humaines. Le pays a investi massivement dans la formation technique et industrielle, ce qui permet aujourd’hui de répondre aux exigences les plus élevées de l’industrie automobile. Au fil du temps, le Maroc a également développé un modèle industriel particulier que l’on pourrait qualifier de « best cost industriel ». Il ne s’agit plus du modèle low cost qui caractérisait certaines délocalisations industrielles du passé, mais de la capacité à produire selon les standards internationaux tout en conservant une structure de coûts compétitive. Enfin, la transition énergétique constitue un avantage stratégique majeur. Grâce à l’essor des énergies renouvelables, le Maroc peut proposer une production industrielle à faible empreinte carbone, ce qui deviendra un facteur déterminant dans la compétitivité industrielle mondiale. Au niveau de l’énergie, il faut relever que le Maroc a maintenu stable son prix du Kw/h, à un moment où ce facteur a connu une hausse vertigineuse dans les principaux pays concurrents.
À l’inverse, quels défis restent encore à relever pour consolider et approfondir cette dynamique industrielle ?
Malgré les succès enregistrés, il faut considérer que nous sommes encore au début de l’aventure industrielle automobile du Maroc. Et surtout, il ne faut pas se complaire dans l’autosatisfaction, mais faire le reset et se reingéniérer en permanence. Le premier défi est de chercher en permanence de nouveaux débouchés et de nouveaux marchés. La course au volume et au chiffre d’affaire est vitale. Le deuxième défi concerne l’intégration en profondeur de la chaîne de valeur. Aujourd’hui, une partie importante des composants est produite localement, mais il reste encore des opportunités importantes dans plusieurs segments : – Approfondissement de l’intégration en remontant la chaine de valeur jusqu’à la matière première et les mines. – Développement des métiers de support de l’industrie : • Industrie de l’outillage, notamment les moules et gabarits. • Industrie des machines outils. • Maitrise de la maintenance en local. – Développement des métiers de la R&D et de l’innovation – Augmentation de la souveraineté décisionnelle : arriver à accéder au client final qui représente la valeur ajoutée, et la connaissance des besoins pour améliorer la R&D. Le troisième défi concerne l’élargissement de la gamme industrielle : – Elargissement de la gamme pour monter vers l’utilitaire avec les camions et les véhicules de transport de personnes. – Mise en place d’un écosystème performant pour la carrosserie et l’aménagement des véhicules : très fortement consommatrice de main d’œuvre, ces transformations donnent une valeur ajoutée certaine. – Intensification de la R&D et de l’innovation pour développer le made in Morocco. – Ouvrir le chantier de l’after market et les pièces de rechange. Le Maroc, ayant acquis les technologies et les méthodes de productions, l’industrie de la pièce de rechanges peut lui ouvrir un immense marché. Marché, d’autant plus grand que dans un horizon proche, avec l’interdiction de commercialisation des véhicules thermiques en 2035, les nostalgiques garderont leurs véhicules plus longtemps. – Développer une industrie de restauration des véhicules anciens et de la transformation des véhicules thermiques en véhicules électriques. Enfin, Le quatrième enjeu est celui de la souveraineté industrielle et décisionnelle. Il est important de monter dans la chaine de valeurs vers le client final et d’encourager une participation plus importante du capital marocain dans certains segments de la filière. La prochaine étape de l’industrialisation marocaine passera également par une intégration plus forte des PME marocaines dans les chaînes de valeur industrielles. Les grandes plateformes industrielles ont été construites grâce aux locomotives et aux investissements internationaux. Le nouveau cycle industriel devra permettre à un nombre croissant d’entreprises marocaines de participer à ces écosystèmes et d’en capter davantage de valeur. La force et le développement exponentiel de cette industrie ne peut se réaliser que par l’intégration massive de PMI, qui vont assurer une puissance capacitaire par l’agrégation et une souplesse et une sécurité par la satellisation des capacités de production. Dans cette perspective, il existe également une opportunité stratégique de partenariats industriels entre les PME marocaines et les PME du bassin méditerranéen, notamment espagnoles et françaises. Ces entreprises disposent souvent d’un savoir-faire technologique ou d’une tradition industrielle ancienne, dans des bassins industriels qui se sont effilochés, tandis que le Maroc offre une plateforme industrielle compétitive et une proximité logistique avec l’Europe. Ces alliances peuvent permettre aux entreprises des deux rives de changer de dimension en combinant leurs avantages comparatifs respectifs.
L’industrie automobile mondiale est engagée dans une transition majeure vers l’électrification et les nouvelles mobilités. Comment le Maroc peut-il se positionner dans cette transformation ?
La transition vers l’électrique constitue une transformation majeure de l’industrie automobile mondiale. Cependant, cette transition reste encore en construction et les équilibres technologiques ne sont pas totalement stabilisés. Plusieurs dynamiques coexistent aujourd’hui: les avancées technologiques, les politiques publiques, notamment en Europe, et les évolutions du marché. Dans ce contexte, la stratégie du Maroc doit être pragmatique et flexible. Tout d’abord garder à tous prix sa solution thermique : mieux encore, à un moment où la R&D se concentre presque exclusivement sur l’électrique, il serait bon de se positionner sur ce créneau de la R&D. Le pays dispose déjà d’atouts importants : une base industrielle solide, une logistique performante et un mix énergétique de plus en plus décarboné. Les projets liés aux batteries et aux gigafactories montrent que le Maroc commence déjà à se positionner sur les nouvelles technologies. Le Maroc a décidé d’accueillir des acteurs maitrisant l’expertise du composant essentiel du véhicule électrique : la batterie. Les chinois sont les premiers en la matière : 3 giga factories ont été lancées en partenariat avec des capitaux marocains. Ces gigafactories prévoient une intégration assez importante sur toute la chaine de valeur de la batterie : des minerais jusqu’aux packs de batteries. Au-delà de la motorisation, la révolution automobile concerne également les matériaux, l’électronique embarquée, les logiciels et les infrastructures de mobilité. Cependant, il ne faut pas négliger que le véhicule électrique ou hybride, c’est aussi un énorme complexe digital qu’il faut maitriser et développer. Nous avons des compétences certaines dans ce domaine, domaine qui attire beaucoup de nos jeunes passionnés. Un véritable plan devrait être lancé pour qu’on prenne le train en marche et qu’on soit performant. Par ailleurs, la transition énergétique pourrait ouvrir une nouvelle phase d’industrialisation pour le Maroc. Dans les années à venir, la compétitivité industrielle dépendra aussi de l’empreinte carbone des produits. Grâce à son mix énergétique en forte progression vers les énergies renouvelables, le Maroc peut devenir l’un des hubs industriels décarbonés les plus compétitifs à proximité de l’Europe.
Au-delà de la production, le développement d’un véritable écosystème passe aussi par l’innovation et l’intégration locale. Quels leviers vous paraissent prioritaires ?
Pour franchir une nouvelle étape industrielle, plusieurs leviers apparaissent prioritaires. Le premier concerne le développement de la recherche, de l’ingénierie et des capacités d’innovation. Une industrie mature ne peut pas se limiter à la production ; elle doit également maîtriser les phases de conception, d’ingénierie et de développement technologique. Le Maroc doit donc poursuivre l’émergence de centres d’ingénierie capables d’accompagner les industriels dans la conception de produits, l’amélioration des procédés et l’intégration de nouvelles technologies. Dans cette perspective, la formation spécialisée constitue un enjeu central. L’industrie automobile moderne mobilise des compétences de plus en plus pointues : ingénierie mécanique avancée, électronique embarquée, matériaux, logiciels industriels, analyse de données ou encore gestion des systèmes complexes. Il est donc essentiel de renforcer les filières de formation technique et d’ingénierie en lien étroit avec les besoins réels des industriels. Le développement d’un écosystème national de laboratoires d’essais, de validation et de certification représente également un levier stratégique. L’industrie automobile repose sur des standards extrêmement exigeants en matière de qualité, de sécurité et de fiabilité. Disposer localement de capacités d’essais, de tests et de validation technologique permettrait d’accélérer les cycles d’innovation, de réduire les délais de développement et de renforcer l’autonomie technologique du pays. Dans ce cadre, le Centre technique des industries des Equipements pour véhicules (CETIEV) est en train de jouer un rôle éminent, en étendant son périmètre à l’assistance R&D et en formant des compétences alliant recherches opérationnelles et essais. Un autre axe majeur concerne la maîtrise des logiciels professionnels et des outils numériques de conception industrielle. L’automobile moderne est largement conçue dans l’environnement numérique : conception assistée par ordinateur, simulation des matériaux, modélisation des systèmes, gestion digitale de la production ou encore ingénierie collaborative. Développer ces compétences est indispensable pour permettre aux ingénieurs et aux techniciens marocains de participer pleinement aux phases de conception et d’optimisation des produits. Dans cette dynamique, l’intelligence artificielle ouvre également des perspectives considérables. Elle peut intervenir dans l’optimisation des procédés industriels, la maintenance prédictive des équipements, l’analyse des données de production, l’amélioration des performances énergétiques ou encore la conception de nouveaux composants. Le Maroc dispose d’un vivier important de jeunes talents dans les domaines du numérique et des sciences des données ; structurer des programmes permettant d’appliquer ces compétences au monde industriel pourrait constituer un levier majeur de compétitivité. Un autre levier fondamental concerne le renforcement des relations entre l’industrie et l’enseignement supérieur. Les universités, les écoles d’ingénieurs et les centres de formation doivent être davantage connectés aux besoins concrets des entreprises. Les programmes de recherche appliquée, les projets industriels communs, les stages longs en entreprise et les laboratoires partagés constituent des instruments efficaces pour rapprocher ces deux univers. Il est également important de valoriser une culture industrielle fondée sur l’expérience terrain. L’innovation industrielle ne naît pas uniquement dans les laboratoires ou dans les bureaux d’études ; elle se nourrit aussi de l’expérience accumulée dans les ateliers, sur les lignes de production et dans les interactions quotidiennes entre techniciens, ingénieurs et opérateurs. Cette intelligence pratique de l’industrie, lorsqu’elle est organisée et capitalisée, devient une source majeure d’amélioration continue. Dans cette dynamique, la question de l’identité industrielle et de la création de valeur prend également une importance particulière. Le développement du Made in Morocco demeure un objectif central. Il s’agit d’augmenter progressivement la part de valeur ajoutée produite localement, de renforcer l’intégration industrielle et de favoriser l’essor d’un tissu solide de PMI marocaines capables de maîtriser des savoir-faire industriels et de produire des composants pour l’ensemble de la chaîne de valeur. L’expérience internationale montre en effet que la véritable puissance industrielle d’un pays ne repose pas uniquement sur la présence de grands groupes, mais surtout sur la densité et la vitalité de son tissu de petites et moyennes industries. Ce sont ces entreprises qui constituent la profondeur industrielle d’un pays : elles apportent la spécialisation technologique, la flexibilité productive et la capacité d’innovation qui permettent à l’ensemble de l’écosystème de gagner en compétitivité. On dit souvent que la force industrielle de pays comme l’Allemagne, l’Italie ou le Japon repose sur la profondeur de leur chaîne de sous-traitance. Plus cette chaîne est dense et technologiquement compétente, plus l’industrie nationale devient robuste, innovante et capable de s’adapter aux évolutions technologiques. Le développement des PMI marocaines constitue donc l’un des leviers majeurs de la prochaine étape industrielle du Maroc. Dans le même temps, l’industrie moderne fonctionne selon une logique de chaînes de valeur internationales. Dans ce contexte, la notion de Made with Morocco prend également tout son sens. Elle renvoie à des produits conçus, développés ou fabriqués avec la contribution des compétences industrielles marocaines dans le cadre de partenariats internationaux. Cette approche ne remet pas en cause l’importance du Made in Morocco ; elle la complète en permettant aux entreprises marocaines de s’insérer plus profondément dans les réseaux industriels mondiaux, d’accéder à de nouveaux marchés et de renforcer leurs capacités technologiques. Le véritable enjeu consiste donc à articuler intelligemment ces deux dimensions : développer un Made in Morocco solide, fondé sur l’essor des PMI nationales et sur une forte valeur ajoutée locale, tout en positionnant le Maroc comme un partenaire industriel incontournable dans les grandes chaînes de valeur internationales. Dans cette dynamique, l’objectif n’est pas seulement d’augmenter les volumes de production, mais de renforcer progressivement la capacité du pays à concevoir, développer et maîtriser les technologies industrielles de demain. Cette évolution doit également permettre de renforcer le rôle du Maroc comme plateforme industrielle pour le continent africain. L’Afrique représente l’un des marchés automobiles les plus prometteurs du XXIe siècle, et la base industrielle marocaine pourrait jouer un rôle majeur dans la motorisation et l’industrialisation du continent.
À moyen et long terme, quelle place le Maroc peut-il ambitionner d’occuper dans les chaînes de valeur de l’industrie automobile mondiale ?
Aujourd’hui, le Maroc est devenu la première plateforme automobile du continent africain et l’un des hubs industriels les plus compétitifs aux portes de l’Europe. Avec un capacitaire de 700 000 véhicules, le Maroc se positionne à la 23e place mondiale. Le Royaume voit déjà le million de véhicules produits à l’horizon 2028. Mais cette réussite constitue en réalité la première phase d’une trajectoire industrielle plus ambitieuse. On peut considérer que l’histoire de l’automobile marocaine s’inscrit en trois grandes étapes : l’âge des pionniers industriels après l’indépendance, l’âge de l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales à partir des années 2000, et aujourd’hui l’entrée dans une troisième phase, celle de la montée en puissance industrielle. L’enjeu n’est plus seulement de produire pour les chaînes mondiales, mais de monter davantage dans la chaîne de valeur : développer l’ingénierie, la recherche, les technologies de mobilité et les composants stratégiques. Dans un contexte mondial marqué par la régionalisation des chaînes industrielles et la recherche de plateformes industrielles de proximité, le Maroc dispose d’un positionnement particulièrement favorable. À moyen et long terme, l’ambition du Maroc doit être de devenir une véritable plateforme industrielle automobile intégrée, capable de couvrir progressivement l’ensemble des maillons de la chaîne de valeur. Dans ce contexte, le Maroc peut jouer un rôle particulier en tant que pont industriel entre l’Europe et l’Afrique. Le développement d’une communauté industrielle euro-méditerranéenne, fondée sur des partenariats entre entreprises des deux rives, pourrait contribuer à structurer un nouvel espace de production régional. Cette dynamique pourrait également intégrer progressivement les ressources naturelles du continent africain dans des chaînes de valeur industrielles régionales. L’Afrique possède en effet de nombreuses matières premières stratégiques indispensables aux industries du 21e siècle. Le véritable enjeu sera de transformer ces ressources sur le continent lui-même et de créer davantage de valeur ajoutée locale. Dans cette perspective, le Maroc pourrait jouer un rôle de plateforme industrielle et logistique reliant l’Europe, la Méditerranée et l’Afrique. À l’horizon 2040, le Maroc peut viser une nouvelle étape historique. Après avoir réussi l’implantation industrielle et la structuration des écosystèmes, le pays peut devenir une plateforme automobile intégrée couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur : production, innovation, technologies de mobilité et services. Le Maroc va, à très court terme, produire plus d’un million de véhicules par an et s’imposer comme l’un des grands hubs automobiles entre l’Europe, l’Afrique et le MoyenOrient. Mais au-delà des chiffres de la construction automobile, le véritable enjeu sera de rayonner sur la production des pièces et composants, que ce soit pour la première monte ou pour la pièce de rechange. Et donc, l’ambition serait de faire de l’automobile un moteur de transformation de toute l’industrie nationale. La success story du secteur automobile marocain pourrait être un catalyseur pour toutes les filières industrielles, tant comme modèle de développement que dans les synergies intersectorielles.
