Eaux et forêts au Maroc

Ressources hydriques au Maroc : où en sommes-nous?

Face au caractère structurel de la pénurie en eau, le Maroc a mis en place plusieurs mesures pour l’exploitation rationnelle et la préservation des ressources hydriques. Détails.

Le Maroc, à l’instar des pays méditerranéens, subit depuà l’instar des pays méditerranéens, subit depuis les années 80 un fort changement climatique, qui se manifeste par la récurrence des années sèches, l’abondance des vagues de chaleur et la fréquence des inondations. Mais, depuis quelques années, la tendance est à l’aridité avec une forte réduction des apports météoriques*, une irrégularité interannuelle très marquée ainsi que par un régime pluviométrique caractérisé par le retard des pluies d’automne et parfois l’absence des pluies du printemps nécessaires à la productivité des cultures céréalières.
Le stress hydrique est bel et bien là et les chiffres ne font que le confirmer. Intervenant lors d’un Forum sur le thème du stress hydrique organisé par l’agence MAP en février dernier, Nizar Baraka, Ministre de l’Équipement et de l’Eau, a en effet indiqué que les ressources hydriques naturelles du Royaume avoisinent 22 milliards de m3, dont 18 milliards de m3 d’eau de surface et 4 milliards de m3 d’eaux souterraines.

Toujours selon le Ministre, ces ressources en eau ont cependant chuté durant les dernières années du fait de la forte baisse des précipitations entre 2013 et 2018. La surexploitation des eaux souterraines destinées à l’irrigation et à l’eau potable explique également la raréfaction des ressources hydriques du pays.

Selon les chiffres révélés par le ministre en avril dernier, le nombre de puits répertoriés dans les différentes régions du pays s’élève à 372 000, dont 90 % ne sont pas autorisés. Aussi, malgré les importantes précipitations et enneigements qu’a connus le Maroc ces derniers mois, la situation reste aujourd’hui critique.

D’après les données de la Direction Générale de l’Hydraulique, à la date du 3 mai 2023, le taux de remplissage de l’ensemble des barrages était de 32,8 %, contre 34,3 % à la même période l’année dernière. Un déficit qui ne fera que s’accentuer dans les mois à venir. La situation d’autant plus critique quand l’on sait que tous les modèles climatiques et les expertises convergent vers une recrudescence des vagues de chaleur, une multiplication des épisodes de sécheresse ou encore une réduction des précipitations en cumul saisonnier ou annuel.

Le lourd impact socioéconomique de la sécheresse

« La pénurie d’eau impacte négativement le développement du pays, menace la paix sociale et la productivité du secteur agricole qui emploie environ 35 % de la main-d’œuvre active au Maroc. Elle crée des tensions sociales dans les régions pauvres en ressources en eau, réduit considérablement l’investissement et donc la production et la création de la richesse Â», explique Fouad Amraoui, Docteur d’État en Hydrogéologie. Et d’ajouter : « Lors des années sèches, le taux de remplissage des barrages se retrouve au plus bas, menaçant dans plusieurs régions la desserte en eau potable urbaine et rurale. Cette situation nécessite le recours à des restrictions au niveau de la production et de la distribution de l’eau, avec une qualité dégradée par rapport aux années pluvieuses. La sécheresse ne permet pas la fourniture de l’eau aux périmètres agricoles irrigués, d’où un recours accru des agriculteurs au fonçage de puits et de forages, en vue d’exploiter les nappes souterraines déjà en état de surproduction et souffrant également d’une mauvaise recharge Â», poursuit notre expert.

Le PNAEPI, un plan pour éviter le scénario catastrophe

Pour faire face à cette situation et éviter le scénario catastrophe, le Maroc a lancé en 2019 le Plan national de l’eau 2020-2050 (PNE). Dans le cadre de ce plan, un Programme national prioritaire pour l’approvisionnement en eau potable et l’irrigation (PNAEPI) 2020-2027 a été mis en place. En réponse à la demande croissante et à la raréfaction des ressources, il vise à accélérer les investissements dans le secteur de l’eau afin de renforcer l’approvisionnement en eau potable, l’irrigation ainsi que la résilience de notre pays face aux aléas et dérèglements climatiques. Une commission nationale a été créée pour en effectuer le suivi.

Toujours au cours du forum organisé en février dernier par la MAP, Nizar Baraka a annoncé des modifications du PNAEPI, notamment « l’inclusion de deux grands barrages à Bouregreg et Tensift, la révision de la programmation de trois barrages, l’inclusion de cinq barrages moyens à Benslimane, Tata, Tiznit, El Haouz et Taroudant, tout en fixant 200 projets supplémentaires qui seront étudiés et programmés durant la période 2025-2027 Â» d’après le communiqué de la MAP. Concernant la réutilisation des eaux usées, d’autres stations de traitement des eaux usées ont été intégrées au programme pour mobiliser 100 millions de m3 Ã  l’horizon 2026.

Par ailleurs, des mesures proactives ont aussi été adoptées par le Gouvernement « pour faire face aux effets de la sécheresse et garantir l’approvisionnement en eau Â», a indiqué le Ministre. Dans ce cadre, des conventions portant sur trois bassins hydrauliques et une région ont été signées avec plusieurs intervenants pour la répartition du déficit avec une enveloppe de 2,3 milliards de dirhams. Une convention a également été signée pour la réalisation de petits barrages et barrages collinaires avec une enveloppe de 4,27 milliards de dirhams. Nizar Baraka a ainsi annoncé la construction de 129 petits barrages entre 2022 et 2024.

Afin de soutenir l’approvisionnement en eau potable en milieu rural, une convention a en outre été signée pour un coût de 4,31 MMDH (approvisionnement de 119 centres ruraux et près de 2400 douars).

ressources hydriques et une gestion exemplaire renforcée dans le domaine de l’efficacité énergétique.
L’enveloppe budgétaire globale initialement prévue pour le PNAEPI était de 115,4 milliards de dirhams. Le 9 mai dernier, un communiqué du Cabinet royal a annoncé la tenue d’une réunion de travail au cours de laquelle Nizar Baraka a présenté au Roi Mohammed VI un exposé de la situation hydrique dans le pays, ainsi qu’un état d’avancement du programme. Selon le Ministre, l’enveloppe budgétaire a été portée à 143 milliards de dirhams.

Enfin, un programme d’urgence complémentaire a été lancé via la signature de deux conventions. Il vise à réaliser 26 stations mobiles de dessalement d’eau de mer et 15 stations de déminéralisation des eaux saumâtres avec une enveloppe de 600 millions de dirhams. Ce programme prévoit aussi l’acquisition ou la location de camions-citernes pour un montant de 971 millions de dirhams.

In fine, les principaux objectifs de toutes ces mesures sont : de soutenir les ressources en eau souterraine; d’assurer l’approvisionnement en eau durant cette période délicate, en particulier dans le milieu rural, les villes et les grands centres qui ont connu ou connaîtront des pénuries d’eau ; et enfin de permettre une exploitation rationnelle des

Au cours de cette réunion, différents points ont également été soulignés, notamment « l’accélération du projet d’interconnexion des bassins hydrauliques de Sebou, Bouregreg et Oum Er-Rbia, avec la réalisation en cours de la tranche urgente de cette interconnexion sur 67 km); la programmation de nouveaux barrages et l’actualisation des coûts d’une vingtaine de barrages prévus, permettant ainsi d’augmenter la capacité de stockage de 6,6 milliards m3 d’eau douce; l’accélération des projets de mobilisation des eaux non conventionnelles, à travers la programmation de stations de dessalement de l’eau de mer et l’augmentation des capacités de réutilisation des eaux usées traitées; le renforcement de l’approvisionnement en eau potable du monde rural, en élargissant la couverture à plus de douars et en renforçant les moyens logistiques et humains mobilisés. Â»

Étant donné la situation hydrique actuelle, le Souverain a donné des instructions au Gouvernement pour la mise en œuvre des mesures d’urgence du Programme de lutte contre les effets de la sécheresse.

Mieux répartir les ressources à travers le Maroc

Selon Fouad Amraoui, « L’eau est un facteur limitant du développement, sa répartition inégale à travers le pays entrave l’ambition de la régionalisation avancée qui suppose une certaine autonomie régionale. Â»

Ainsi, selon l’expert, les ressources en eau doivent être mieux réparties à travers le Maroc en mettant en Å“uvre une solidarité entre régions : « le transfert d’eau des bassins du nord excédentaires vers les bassins du centre et du Sud est une composante essentielle à mettre en Å“uvre parallèlement aux autres mesures de mobilisation des eaux conventionnelles ou non conventionnelles Â».

Le projet d’interconnexion des bassins du Bouregreg et du Sebou devrait notamment apporter une solution à cette problématique : « L’année 2022, qui était extrêmement sèche, a bien montré l’existence d’un fort potentiel en eau inutilisé au niveau du bassin de Sebou, qui pourrait être transféré dans un premier temps vers le bassin du Bouregreg, pour sécuriser la desserte en eau potable de l’axe Rabat-Casablanca, et pour libérer de la ressource au niveau du bassin de l’Oum Er Rbia pour être acheminée vers le bassin du Tensift. D’ailleurs, ce chantier est en cours, il doit être opérationnel à la fin de l’année 2023. Ça sera l’occasion aussi de s’attaquer à la dépollution du bassin du Sebou qui souffre des rejets polluants, en particulier du fait de l’activité saisonnière des unités de trituration Â», conclut Fouad Amraoui.

Dounia Z. Mseffer

* Eau issue des précipitations atmosphériques qui n’ont pas encore touché une surface.

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