Al Qamar al Ahmar, Qitar Al Hayat, Ya bent Ennas, ces titres ont marqué la mémoire musicale des Marocains. Abdelhadi Belkhayat, qui nous a quittés le 30 janvier dernier, est considéré comme une des voix uniques de la chanson marocaine.
Il a été, aux côtés de la regrettée Naïma Samih et de Abdelouahab Doukkali, les stars de la Oughniya al Maghribiya (la chanson marocaine). Abdelhadi Belkhayat était populaire. Ses chansons ont été des tubes, passant fréquemment à la télé et faisant la joie des convives, lors des cérémonies de mariages.
De la chanson au cinéma
Natif de la ville de Fès en 1940, comme bon nombre de grands noms de la chanson marocaine (Doukkali, Fouiteh, Brahim Alami), Abdelhadi Belkhayat arrive très jeune à Casablanca où il suit sa scolarisation, même si c’est la musique qui l’intéresse en premier lieu. À cette époque, Dar el Beïda est la ville des grands orchestres, qui se produisent sur la scène du théâtre municipal, aujourd’hui disparu, ou dans les cinémas de l’époque, Kawakib à Derb Soltan, Cinéma Verdun au centre-ville…Il est repéré très vite par le découvreur de talents de l’époque, Abdelnabi El Jirari, lors d’une audition à la radio nationale. Afin de parfaire sa formation, il s’envole en Égypte pour suivre des cours au Conservatoire supérieur de musique arabe du Caire. De retour au Maroc à la fin des années 1960, il entame une carrière musicale riche en des classiques (El Qamar el ahmar, Achati’e, Fi Qalbi jarh q’dim, Ya bent Nnass), et de collaborations avec les plus grands paroliers et compositeurs de l’époque, Ahmed Taïeb Al Alj, Abderrafie Jaouahiri, Abdessalam Amer, Abdelkader Rachdi et bien d’autres. Le chanteur va ainsi marquer les décennies 70 et 80 par ses chansons et sa voix, forte et chaude, reconnaissable parmi tant d’autres. Ses chansons parlent d’amour, de la vie sociale de ses concitoyens, de patriotisme… Abdelhadi Belkhayat va également s’essayer au cinéma. Il joue en 1973 à côté de Larbi Doghmi et de Mohamed Badaoui, dans Silence, sens interdit, puis partage en 1979, la vedette d’Où cachez-vous le soleil avec Abdelouahab Doukkali, Nour Cherif et Nadia Lotfi. Deux films signés par le réalisateur marocain Abdellah Mesbahi. Les années 1990 puis 2000 marquent un tournant dans la vie de l’artiste, qui choisit une vie plus mystique et un répertoire un peu plus religieux, notamment avec « Al Mounfarija ». Malgré avoir annoncé son retrait de la scène artistique, il fera une dernière apparition en 2015, lors du festival Mawazine pour y interpréter des chants religieux. « Lors de ses funérailles, le grand artiste Abdelouahab Doukkali déclarait à la presse qu’il faudrait un siècle pour remplacer le défunt. De mon côté, je pense que Belkhayat est tout simplement irremplaçable », nous confie Hassan Narraïs, écrivain, journaliste et fin connaisseur de la vie artistique marocaine. Ses funérailles ont réuni des artistes, mais également des journalistes, des acteurs associatifs et des politiques de tous les bords. Des jeunes et des moins jeunes qui sont venus rendre hommage une dernière fois à l’auteur de « Qitar al Hayat ».
Hicham Houdaïfa
