Il était une fois Tayeb Saddiki

Décédé le 5 février 2016 à l’âge de 79 ans, Tayeb Saddiki est toujours considéré comme une icône du théâtre arabe et marocain. Un innovateur et un précurseur dont l’œuvre gagnerait à être connue par les nouvelles générations.

Durant cette soirée du jeudi 5 février, sur la scène mythique casablancaise de la FOL, Mamoun Salaje est remonté sur scène, non pour chanter du Brel, comme c’est fréquemment le cas, mais pour commémorer les dix ans de la disparition du dramaturge Tayeb Saddiki. « Tayeb est mon père spirituel. Il est également mon oncle. Je suis un chanteur et j’ai beaucoup chanté pour lui et ses amis. J’ai donc pensé à organiser une sorte d’hommage musical pour cette grande personnalité artistique de ce pays », nous explique Mamoun, aussi connu comme le Brel marocain. Tayeb Saddiki aimait la musique, le Malhoun bien sûr, mais également la chanson française à texte. « Il était fan de Brel, surtout la chanson Le plat pays, mais aussi de Brassens, Serge Reggiani. J’ai pioché dans ce registre pour cette soirée », ajoute Mamoun. Des artistes que Tayeb Saddiki connaissait personnellement puisqu’en tant que directeur du Théâtre municipal de Casablanca entre 1965 et 1977, il avait ramené à ce théâtre les Brel, Reggiani, Piaf, Moustaki, pour le plus grand plaisir des mélomanes du pays. 

De Gogol à Molière 

Monstre sacré du théâtre, Tayeb Saddiki qui a été formé au Théâtre national populaire en France par Jean Vilar a incarné à lui tout seul et pendant des décennies, les arts dramatiques au Maroc. Il a été d’abord, un grand transmetteur en adaptant avec génie les grandes pièces de théâtre étrangères, du « Journal d’un fou » de Gogol à Molière, en passant par le théâtre italien de Goldoni ou celui de l’absurde de Becket. Par la suite, il s’est lancé dans l’aventure du théâtre populaire, en le revisitant, rendant hommage ainsi à cette unique langue du Malhoun, dans des pièces. Auteur de pièces de théâtre, fondateurs des arts dramatiques marocains, Tayeb Saddiki a réussi à construire un pont entre le passé et le présent. « Pour moi, le grand apport de Tayeb Saddiki a été de briser cette glace entre culture savante et culture populaire. Arrivé au Maroc, il avait alors 21 ou 22 ans, il a mis la technique dramatique apprise de son maître Jean Vilar au service du patrimoine marocain », souligne Hassan Habibi, professeur universitaire et auteur du livre Tayeb Saddiki, histoire d’un théâtre. Résultat : des pièces de théâtre qui font encore date dans l’histoire du théâtre marocain à l’image d’« El Harraz », « Badii Zaman Hamadani » ou encore « Al Majdoub ». Ces œuvres, sont consultables gratuitement en ligne sur Youtube, grâce à la Fondation Tayeb Saddiki. Autre grand apport de Tayeb Saddiki : le fait d’avoir activement participé à l’éclosion de grands talents, qui ont marqué depuis lors la scène culturelle nationale. « Dans cette fin des années 1960, début des années 1970, la troupe de Tayeb Saddiki était un véritable laboratoire qui a fait germer d’autres expériences artistiques tel que les Nass el Ghiwane, Jil Jilala, Lemchaheb, Tagadda ou encore Bziz ou Baz », conclut M. Habibi. 

Hicham Houdaïfa

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