Énergie – Une transition énergétique complexe

Le Maroc, eldorado des énergies renouvelables

C’est à l’occasion de la COP22 organisée à Marrakech en 2016, que le Maroc a mis en avant sur la scène internationale ses engagements en faveur du climat ainsi que son ambition de se positionner en leader des énergies renouvelables en Afrique. Le Royaume offre en effet d’importantes potentialités que ce soit en matière d’énergie solaire ou éolienne. Un atout certain pour la production d’hydrogène vert et la décarbonation de l’industrie. Éclairage.

En 2021, les projets d’énergies renouvelables au Maroc représentaient 3950 mégawatts (MW) soit 37 % de la puissance totale installée, selon le Ministère de la Transition Énergétique et du Développement Durable, dont 1770 MW de puissance installée pour l’énergie hydroélectrique, 1430 MW pour l’éolien et 750 MW pour le solaire.

Au niveau mondial, le Maroc se classe à la 18e place (sur 30 pays) du dernier RECAI (Renewable Energy Country Attractiveness Index), rapport biannuel publié par le cabinet EY (anciennement Ernst & Young) qui dresse un état des lieux de l’attractivité dans le secteur des énergies renouvelables de différents pays. EY a également publié un 2e indice « normalised RECAI », cette fois-ci rapporté au PIB de chaque pays. Selon cet indice, le Maroc grimpe alors à la première place du classement.

D’après le rapport statistique sur l’énergie mondiale 2022 publié par BP, en termes de production d’énergies renouvelables, le Maroc arrive en troisième position derrière l’Afrique du Sud et l’Égypte avec 6,9 térawattheures. Le pays est ainsi un acteur de premier plan dans le domaine en Afrique et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.

De nombreux projets sont en cours à travers le Maroc, que ce soit en matière de projet d’énergie hydraulique, solaire ou éolienne ou encore de production d’hydrogène vert.

Solaire et éolien : la vitrine du savoir-faire marocain en matière d’énergies renouvelables

Le Maroc a la chance de bénéficier d’un fort potentiel solaire et éolien (voir cartes ci-après développées par GEPMapping, initiative de l’IRESEN, Green Energy Park, Mines ParisTech et l’Université Mohammed VI Polytechnique). Pour les deux catégories d’énergies, les ressources se trouvent principalement dans les régions du Sud du Maroc, ce qui pose la question du stockage et de l’acheminement de l’énergie vers le Nord qui abrite la majorité de la population et de l’activité économique.

Depuis l’inauguration en 2016 de la centrale solaire thermique à concentration (CSP) NOOR I de Ouarzazate, annoncée comme la première phase du plus grand complexe solaire au monde, de multiples projets solaires ont vu le jour ou sont en cours de développement au Maroc. Aujourd’hui les nouvelles centrales telles que NOOR Midelt, en cours de construction, utilisent des technologies hybrides CSP et photovoltaïque (PV) plus rentables économiquement. Dans son avis publié en juin 2020, le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) jugeait en effet qu’« au regard des prix du PV et de l’éolien, la technologie CSP s’avère dorénavant, malgré l’avantage du stockage, relativement chère et n’est plus justifiée à l’avenir et ce, d’autant plus que les niveaux d’intégration industrielle locale sont tellement bas, qu’ils ne permettent pas de justifier le surcoût. »

Du côté de l’éolien, le potentiel est également très intéressant, notamment en matière d’installations offshore. Selon un rapport du GWEC (Global Wind Energy Council) publié en mars 2022, la vitesse du vent au large des côtes marocaines varie de 5 m/s à Rabat et Casablanca à 10 m/s à Tanger et au Sud. Le point le plus intéressant se situe notamment au large de la ville d’Agadir. Aujourd’hui, les avancées technologiques ont permis de diminuer les coûts d’investissement et de production des énergies renouvelables. Les projets éoliens ou solaires ont notamment l’avantage de pouvoir être déployés facilement à une échelle réduite au niveau local, à proximité de sites industriels. Grâce à la loi sur l’autoproduction, de plus en plus d’entreprises, telles que Lafarge, OCP, Nexans, Safran ou encore Laprophan implantent des centrales solaires ou des fermes éoliennes au sein de leurs usines pour répondre à leurs besoins tout en accélérant leur process de décarbonation. Bien que le cadre légal de production des énergies renouvelables est en train d’évoluer pour faciliter les investissements, il est toutefois nécessaire d’instaurer davantage d’incitations fiscales et de subventions pour permettre l’émergence d’une réelle filière industrielle locale de fabrication d’équipements (panneaux solaires, éoliennes, pompes à chaleur…). En janvier dernier a été lancée la construction de la première usine marocaine de chauffe-eaux solaires, au Parc industriel d’Aïn Johra à Tiflet. Ce projet est notamment porté par Badr Ikken, ancien Directeur Général de l’IRESEN (Institut de Recherche en Énergie Solaire et Énergies Nouvelles).

Dotée d’une capacité de production de 40 000 unités par an, MYSOL CES représente un investissement de 60 millions de dirhams.

Biomasse : un potentiel important, mais peu exploité

L’industrie du recyclage des déchets étant peu structurée, la filière de la biomasse reste très peu développée au Maroc alors qu’elle offre des perspectives très intéressantes. Les initiatives dans le domaine sont disparates et concerne principalement certaines décharges contrôlées (telles que Fès ou Oujda) et stations de traitement et/ou d’épuration des eaux usées (STEP). Quelques entreprises spécialisées dans la collecte, le recyclage ou encore l’économie circulaire opèrent également dans ce secteur. En mars 2021, le Ministère de l’Énergie, des Mines et de l’Environnement a publié la « Feuille de Route Nationale pour la Valorisation Énergétique de la Biomasse ». Le document présente notamment le potentiel de la biomasse pour les secteurs de l’agriculture, de la sylviculture, des déchets et des eaux usées et propose un plan d’actions pour optimiser sa valorisation énergétique à l’horizon 2030. Selon le Ministère, le potentiel énergétique technique s’élèverait à environ 13,4 millions de mégawattheures (MWh) par an (énergie primaire), dont 6,6 millions issus du secteur agricole, 3,5 millions du secteur forestier, 3,1 millions du secteur des déchets et enfin 0,2 million du secteur des eaux usées. Au total, en fonction des différents scénarios de projection, le potentiel de la biomasse varie entre 17 TWh/an et 25 TWh/an à l’horizon 2030.

Toujours d’après le Ministère, la liste des projets développés concerne essentiellement la valorisation de la biomasse combustible dans les hôtels (chauffage de l’eau) et dans l’industrie (production de chaleur et/ou vapeur). Les projets de fermentation concernent quant à eux la valorisation de la biomasse dans les décharges et les STEP.

Hydrogène vert : un secteur particulièrement porteur

Bien que les technologies de production, de transport, de stockage et d’exploitation de l’hydrogène vert soient encore peu développées dans le monde, la filière offre des perspectives très intéressantes. Développé par la startup américo-britanique ZeroAvia, le premier avion à piles à hydrogène, d’une capacité de 19 places, a effectué en janvier dernier un vol d’essai réussi.

L’hydrogène est non seulement un combustible, mais aussi un moyen de stocker et de transporter de l’énergie, de la transformer en chaleur ou en électricité (« Power to X »), ce qui est particulièrement intéressant pour pallier par exemple le problème d’intermittence de production des énergies solaires ou éoliennes et leur acheminement vers les zones d’activité. L’hydrogène peut être produit à partir de gaz naturel, de charbon ou encore par électrolyse de l’eau. On parle d’hydrogène vert lorsqu’il est produit uniquement à partir de sources renouvelables. Il offre également de multiples applications au niveau industriel, notamment pour la production d’oxygène, d’ammoniac de synthèse ou encore de carburants synthétiques dérivés tels que le méthanol, le diesel ou le kérosène. Selon la feuille de route de l’hydrogène vert à l’horizon 2030 publiée par l’ancien Ministère de l’Énergie, des Mines et de l’Environnement en janvier 2021, l’hydrogène vert permettrait également d’accélérer le développement des filières de traitement de l’eau et du dessalement d’eau de mer. Il pourrait en outre contribuer à la décarbonation de plusieurs secteurs industriels. De plus, la production d’ammoniac, actuellement importé, peut être utilisée pour la production d’engrais phosphatés.

Hydrogène vert : un secteur particulièrement porteur

Étant donné son potentiel en matière d’énergie solaire et éolienne, sa situation géographique et ses infrastructures de transport et logistique, le Maroc est bien placé pour pouvoir approvisionner l’Europe en hydrogène vert. La feuille de route nationale de l’hydrogène vert se base notamment sur l’étude du World Energy Council qui, dans le cadre de son étude « Feuille de route Power-to-X », a identifié le Maroc comme un des 6 pays avec un fort potentiel de production et d’exportation d’hydrogène et de dérivés verts. Au Maroc, le Cluster Green H2, premier cluster dédié à la filière de l’hydrogène vert, a été lancé en mars 2021. Sa vocation : « promouvoir la filière hydrogène au Maroc à travers notamment l’initiation, l’accompagnement et la coordination des projets collaboratifs innovants dans le domaine de l’hydrogène vert au Royaume du Maroc et à l’étranger, en vue d’encourager l’innovation et de contribuer à l’émergence d’une filière hydrogène compétitive. » Par ailleurs, le 8 février dernier, à l’occasion de la Journée économique de Marseille organisée par la CFCIM et l’Ambassade du Royaume du Maroc à Paris, Mbarka Bouaida, Présidente du Conseil Régional Guelmim – Oued Noun, a annoncé le lancement du projet «GON H2 Valley», plateforme technologique et industrielle régionale dédiée à la filière de l’hydrogène vert. Ces derniers mois, d’autres projets de production d’hydrogène vert au Maroc ont également été annoncé (TotalEren, Gautam Adani, John Cockerill…). Toutefois, il est difficile de savoir à quelle étape se situent ces projets à l’heure actuelle.

Nadia Kabbaj

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