Les langues au Maroc

La langue française, incontournable dans le monde économique

Le français est omniprésent dans l’entreprise marocaine et sa maîtrise reste un critère de recrutement pour les postes qualifiés. L’anglais, quant à lui, est de plus en plus exigé par les employeurs. Des conditions qui peuvent créer une inadéquation entre l’offre et la demande sur le marché du travail.

Documentation, réunions, correspondances, communication, formations… La langue française est omniprésente dans le monde de l’entreprise marocaine. « Le français prédomine dans le monde des affaires, en particulier à l’écrit. Il bénéficie en outre d’un statut privilégié dû au fait que, dans l’imaginaire collectif, il est associé à l’ouverture vers le reste du monde et à l’épanouissement personnel », constate Toufik Majdi, enseignant-chercheur en communication.

Si les langues utilisées au quotidien par les Marocains sont essentiellement la darija et trois variétés de la langue amazighe, et si l’arabe et la langue amazighe sont les langues officielles du Royaume, le français s’y est imposé comme la « langue des affaires ». Une situation encouragée par le fait que la France est l’un des principaux partenaires économiques du Royaume et qu’une grande partie des classes sociales marocaines les plus élevées a fréquenté les bancs des écoles françaises, puis d’établissements d’enseignement supérieur francophones (au Maroc ou en France).

En outre, le Maroc a considérablement développé, depuis une quinzaine d’années, ses relations économiques avec des pays d’Afrique subsaharienne, notamment francophones.

La CGEM à la rencontre des Entrepreneurs Francophones

En août 2021, la Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM) participait à la première Rencontre des Entrepreneurs Francophones (REF), organisée à Paris par le Medef, représentant du patronat français. 25 patronats des pays francophones réunis ont signé, à l’issue de l’événement, la Déclaration de Paris sur le renforcement de la francophonie économique. Parmi les signataires, on retrouve la CGEM, dont le Président Chakib Alj a été élu Secrétaire Général de la REF. « La Francophonie doit devenir un levier de développement économique pour les pays formant cet espace », déclarait-il alors, relayé par l’agence MAP.

La REF a depuis organisé une première rencontre à Tunis, puis à Abidjan en 2022. La langue française occupe ainsi une place de choix dans les échanges des milieux d’affaires marocains, à l’international comme au Maroc. Néanmoins, est-il possible que l’anglais, langue des affaires largement dominante depuis la mondialisation, prenne une place de plus en plus importante dans l’économie du Royaume? « La langue anglaise commence à s’imposer et devient parfois un critère de recrutement, notamment pour les postes-clefs dans les grandes entreprises », constate Toufik Majdi. Mais le français reste, pour le moment, quasi hégémonique. « Il suffit de voir quelle langue est utilisée pendant les entretiens d’embauche : dans 8 à 9 cas sur 10, c’est le français. En fait, même si l’anglais est en train de devenir une langue des affaires, il n’est pas la langue des clients et ne peut donc supplanter la langue française », explique Toufik Majdi.

Le candidat bilingue français-anglais, « un profil idéal »

Alexandra Montant, qui dirige la plateforme de recrutement Rekrute, fait le même constat. « Le cadre marocain doit nécessairement être francophone pour être recruté. L’arabe est, bien sûr, également important, mais il n’est pas la langue de travail des entreprises. La maîtrise de l’anglais est de plus en plus demandée par les entreprises. Le profil idéal serait donc un candidat bilingue français-anglais, même si c’est le français qui reste le plus important », souligne-t-elle.

Une exigence de compétence linguistique qui crée de sérieuses difficultés, dans un contexte où l’enseignement public peine à maintenir un bon niveau en langues de ses élèves. « Les entreprises se focalisent sur le niveau en langues alors que, tout en étant très compétents

sur le plan technique, beaucoup de jeunes Marocains issus de l’enseignement public ont un niveau en arabe, en français et en anglais insuffisant », déplore Toufik Majdi.
Pour Alexandra Montant, l’arabisation mise en place dans les années 1980 a eu un effet sur le niveau en français : « De moins en moins de jeunes Marocains maîtrisent parfaitement la langue française ». Selon elle, le niveau en anglais progresserait en parallèle, notamment grâce aux réseaux sociaux. « Pourtant, le français continue de dominer et rares sont les entreprises qui recherchent des candidats uniquement anglophones. Il existe donc une inadéquation entre l’offre et la demande : les candidats peuvent être bons du point de vue des compétences techniques, mais pas assez bons en français », poursuit-elle. Un problème que pourrait contribuer à résoudre la réforme de l’enseignement public visant à augmenter la place accordée aux langues étrangères, notamment le français et l’anglais. Toutefois, sa mise en œuvre soulève des questions et ses effets ne se feront pas sentir avant plusieurs années.

Rémy Pigaglio

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