Hassan Fekkak, Directeur Technique du Comité National Olympique Marocain
Quel est le rôle spécifique du Comité National Olympique Marocain dans la préparation des athlètes pour les Jeux Olympiques de Paris 2024 ?
En septembre 2021, le Comité National Olympique Marocain a rencontré toutes les fédérations concernées par la participation aux Jeux Olympiques de Paris 2024. Le Comité a demandé à ces fédérations de leur communiquer leurs projets sportifs qui comprennent principalement la liste des sportifs et athlètes à haut potentiel susceptibles de se qualifier pour les Jeux Olympiques.
Le Comité Olympique apporte également son expertise en fournissant des informations détaillées sur les sportifs grâce à une cellule de veille dédiée, assurant le suivi de leurs résultats, de leurs palmarès, de leur progression ainsi que ceux de leurs concurrents.
Le projet sportif inclut aussi la liste du staff technique, sachant que la fédération reste pleinement décisionnaire dans ce choix. De plus, le projet prévoit un programme de stages de préparation, que ce soit au Maroc ou à l’étranger, ainsi que la participation à des tournois internationaux visant à accumuler des points ou à obtenir la qualification pour les Jeux Olympiques.
Enfin, le Comité Olympique collabore étroitement avec les fédérations pour ajuster et garantir la cohérence des projets. Une fois que la fédération et le Comité Olympique se sont mis d’accord sur le projet sportif, le Comité propose un projet de convention qui, une fois signé, sera financé par ses soins. En outre, le Comité assure le suivi du projet sportif en vérifiant la réalisation des stages et des compétitions, ainsi que les performances des sportifs et la réalisation des objectifs fixés. Il faut toutefois préciser que les fédérations sont souveraines et qu’elles sont responsables de la sélection des sportifs et de leur préparation aux Jeux Olympiques.
Quel est le dispositif mis en place pour une meilleure préparation des athlètes marocains en vue des Jeux Olympiques ?
Depuis septembre 2021, en plus du financement des projets sportifs des fédérations, des stages au Maroc et à l’étranger, et de la participation aux tournois internationaux, le Comité Olympique a mis en place un accompagnement médical complet pour tous les sportifs faisant partie du programme olympique. Un groupe de médecins est disponible 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, pour assurer la prévention et fournir des soins en cas de blessure. En plus de ce soutien médical, des kinésithérapeutes et des ostéopathes sont à la disposition des sportifs pour les soins, la rééducation et le suivi.
Les nutritionnistes rencontrent régulièrement les sportifs pour améliorer leur alimentation et les aider à gérer leur poids, crucial notamment pour les sports à catégorie de poids. Des podologues sont également disponibles pour proposer des semelles adaptées aux besoins spécifiques des sportifs.
Par ailleurs, un soutien psychologique est offert aux sportifs avec la possibilité de choisir un préparateur mental. Bien que la majorité des sportifs ait exprimé le souhait d’un tel accompagnement, seulement une petite proportion a été régulière et assidue.
En complément de ces dispositifs, des bourses ont été proposées à tous les sportifs du programme olympique, conditionnées par des critères spécifiques. Les bourses sont réparties en trois catégories : A (10 000 dirhams/mois), B (6 000 dirhams/mois) et C (3 500 dirhams/mois). Les sportifs éligibles reçoivent leur bourse directement sur leur compte bancaire une fois leur dossier validé. Le Comité Olympique propose également l’achat de matériel spécifique pour soutenir la préparation des sportifs.
Enfin, des primes sont offertes pour les médailles remportées aux Jeux Olympiques : 2 000 000 dirhams pour l’or, 1 250 000 dirhams pour l’argent et 750 000 dirhams pour le bronze. Depuis les Jeux de Tokyo, des primes sont également prévues pour les entraîneurs, cumulables en cas de médailles multiples.
En somme, le Comité Olympique s’engage à accompagner financièrement et médicalement les sportifs dans leur quête de performances optimales, pourvu que leurs initiatives soient intégrées dans un projet sportif cohérent.
Quels sont les principaux défis que vous avez rencontrés en coordonnant la participation de la délégation marocaine aux JO de 2024 ?
Nous avons dû faire face à plusieurs défis importants. Le premier était de trouver des lieux adaptés pour la préparation de haut niveau, que ce soit au Maroc ou à l’étranger. Actuellement, il n’existe pas de centre de préparation olympique au Maroc, à l’exception du centre Maamora réservé au football, c’est pourquoi nous avons dû trouver et adapter différents lieux pour les autres disciplines, ce qui n’a pas été facile.
Le deuxième défi majeur a été le suivi médical, car là encore, il n’existe pas de centre médicosportif adéquat au Maroc, l’Institut Moulay Rachid étant limité en équipements et consommables. Pour pallier cette lacune, nous avons établi des conventions avec des hôpitaux à Rabat et Casablanca, ainsi qu’avec des hôpitaux privés, afin d’assurer un suivi et un encadrement adéquats des sportifs sur le plan médical.
En ce qui concerne les sportifs, nous avons également été confrontés à d’autres défis, notamment la promotion d’une culture de la performance et de l’excellence chez nos sportifs ou encore la difficulté à concilier études et sport de haut niveau. La rigueur exigée par le comité olympique pour atteindre l’excellence a parfois suscité des frustrations et des incompréhensions chez certains.
En outre, le manque de fluidité dans l’obtention des visas pour les stages et compétitions à l’étranger, avec des réponses souvent tardives des ambassades ou des consulats, a compliqué la planification et a engendré des incertitudes pour nos sportifs.
Quelles sont les disciplines sportives qui offrent le plus grand potentiel de médailles pour le Maroc à Paris 2024 ? Quels sont les athlètes les plus prometteurs ?
Je peux vous dire que se qualifier pour les Jeux Olympiques de Paris 2024 représente en soi une grande réussite. Aujourd’hui, la qualification n’est pas une tâche facile. Il est important de souligner qu’auparavant, il n’y avait pas de processus de qualification pour les Jeux Olympiques ; il suffisait de s’inscrire. Cependant, depuis quelques années, il est nécessaire de passer par des épreuves de qualification, soit au niveau continental, soit au niveau mondial. Il faut être parmi les 18 meilleurs mondiaux olympiques dans certaines disciplines pour pouvoir se qualifier, ce qui n’est pas une mince affaire. Être qualifié est déjà une performance remarquable en soi, et tous nos athlètes marocains qualifiés méritent pleinement leur place, que ce soit en étant classé parmi les 20 meilleurs mondiaux ou en étant le numéro un sur le plan continental.
Certains de nos sportifs ont un véritable potentiel pour décrocher des médailles. Je pense par exemple à Khadija El Mardi en boxe, championne du monde en 2023, ainsi qu’à notre champion Soufiane El Bekkali, champion du monde en athlétisme et champion olympique. Également, Ramzi Boukhiam en surf, médaillé d’argent aux Jeux Mondiaux en 2024, et Yasmine Mouttaki, médaillée de bronze au championnat du monde de boxe dans sa catégorie. Fatim Zahra Guerdadi, médaillée de bronze aux championnats du monde de marathon, et Mathis Saoudi, médaillé de bronze aux championnats du monde de canoë-kayak, montrent également un potentiel prometteur.
Nous avons aussi d’autres sportifs qui, bien qu’ils n’aient pas encore décroché de médaille au niveau mondial, ont le potentiel de créer la surprise. Enfin, nous avons des sportifs qui se qualifient pour la première fois, et qui vont acquérir une précieuse expérience. Au-delà des médailles, notre souhait est que chaque athlète marocain représente dignement son pays, notre Royaume, en offrant une prestation honorable.
Il est vrai que tous aspirent à voir des médailles, mais il est essentiel de rappeler que la compétition sportive n’est pas une science exacte ; elle est imprévisible et dépend beaucoup des conditions du jour J pour chaque athlète. Nous mettons tout en œuvre pour préparer nos sportifs au mieux pour ce jour, mais il y a toujours une part de hasard. Ce qui est important, c’est de se préparer rigoureusement et de fournir les moyens nécessaires pour atteindre le meilleur niveau possible le jour de la compétition.
En conclusion, se qualifier pour les Jeux Olympiques est déjà une grande victoire en soi. Nous devons tous soutenir nos sportifs, être fiers d’eux et les encourager, quelle que soit l’issue de leur compétition. Représenter son pays aux Jeux Olympiques est une performance à applaudir et à célébrer.
Après ses performances lors de la dernière Coupe du monde, l’équipe nationale de football a-t-elle de bonnes chances de se distinguer aux JO 2024 ?
Effectivement, notre équipe de football nous a fait vivre des moments extraordinaires lors de la Coupe du Monde au Qatar en 2022. Leur parcours exceptionnel s’explique par leur travail acharné, leur confiance en eux-mêmes ainsi que par le soutien indéfectible du peuple marocain.
Ce succès de l’équipe A au Qatar en 2022 a ouvert de nouvelles perspectives et nous a donné un élan positif. Sous la supervision attentive des entraîneurs Tarik Sektioui et Oualid Regragui, des joueurs de l’équipe A seront également présents, ce qui nous donne toutes les raisons de croire en nous-mêmes et de donner le meilleur de nous-mêmes.
L’équipe des moins de 23 ans (U23), qui participeront aux Jeux Olympiques de 2024, ont également démontré leur potentiel en remportant le tournoi africain des U23 et en se qualifiant brillamment pour les JO U23.
Comment le Comité compte-t-il capitaliser sur la visibilité des Jeux Olympiques de Paris 2024 pour promouvoir le sport au Maroc et encourager la participation des jeunes athlètes ? Est-ce une bonne occasion de repérer et recruter de jeunes talents ?
Notre mission n’est pas de recruter ou de repérer de jeunes talents ; cette responsabilité incombe aux fédérations sportives. Le rôle du Comité Olympique est de soutenir et d’accompagner les fédérations dans la réussite de leur mission. Comment ? Tout d’abord, en finançant leurs programmes et leurs projets sportifs, en assurant un suivi régulier, en évaluant les progrès réalisés, et en facilitant l’échange d’informations essentielles.
En plus de ces actions, le Comité Olympique propose des formations variées : pour les entraîneurs, les directeurs techniques, et les cadres dirigeants des fédérations. Nous sensibilisons également et préparons les jeunes générations à travers un programme appelé JIL 28-32, qui finance les stages de préparation et les compétitions internationales pour les jeunes athlètes visant les Jeux de 2028 et 2032.
Parallèlement au financement et aux formations, le Comité Olympique partage et promeut les valeurs de l’olympisme. Nous disposons d’un musée au siège du Comité où nous accueillons de jeunes écoliers pour des visites enrichissantes, des quizz sur l’histoire olympique du Maroc, et des ateliers ludiques qui leur permettent de découvrir et d’adopter les valeurs de respect, d’excellence et d’amitié. Lorsque les écoles ne peuvent pas venir au musée, nous nous rendons dans les établissements pour sensibiliser les jeunes aux mêmes valeurs à travers des activités interactives.
Depuis un an, nous présentons également aux jeunes générations, du primaire au lycée, les sportifs marocains qualifiés ou en quête de qualification pour les Jeux Olympiques de Paris 2024. Nous les encourageons à soutenir ces athlètes à travers des dessins, des poèmes, et des messages positifs, créant ainsi un lien fort entre la jeunesse et nos représentants olympiques.
Pour résumer, à l’image de notre pays qui progresse et se développe de manière exceptionnelle sur les plans économique, social et industriel, nous observons un Maroc en mouvement dans le domaine du sport également. Avec l’organisation de la CAN 2025 et la candidature pour la Coupe du Monde 2030, le Maroc démontre une dynamique positive. Le sport, loin de rester à la traîne, doit avancer à la même cadence. Pour ce faire, nous devons continuer à former nos cadres, à croire en nos capacités, et à travailler main dans la main en mettant de côté nos ego, dans l’intérêt collectif et le développement de notre Royaume. La réussite ne peut être que collective, jamais individuelle.
Rida Ançari
