Economie circulaire : un levier socioéconomique à enclencher

Le plastique : un fléau recyclable ?

Omniprésent dans notre quotidien, le plastique est devenu un véritable fléau environnemental. Sa production et sa consommation excessives ont engendré une pollution massive menaçant les écosystèmes et la santé humaine. Au Maroc, la problématique du plastique est d’autant plus préoccupante que le pays s’efforce de s’inscrire dans une dynamique d’économie circulaire. La question se pose alors : le plastique est-il réellement un fléau recyclable au Maroc ?

Le secteur de la plasturgie au Maroc est en plein essor. Selon la Fédération Marocaine de Plasturgie, il regroupe 650 entreprises et réalise un chiffre d’affaires de 28 milliards de dirhams, générant plus de 75 000 emplois directs et 400 000 indirects. Ce secteur a connu une croissance de 50 % ces dix dernières années et occupe désormais une place importante dans l’industrie marocaine. Il se divise en cinq principaux secteurs : la construction, l’agriculture, l’emballage, les pièces techniques et les articles divers en plastique. L’agroalimentaire, le BTP et l’agriculture représentent les principaux débouchés de la filière. La majorité des entreprises marocaines de plasturgie (71 %) se concentrent sur la transformation du plastique. La distribution et la fabrication de moules représentent respectivement 27 % et 2 % du secteur.

Cependant, malgré le dynamisme de ce secteur, le Maroc importe la quasi-totalité des matières premières nécessaires à la transformation du plastique. Seule une partie du PVC est produite localement, notamment par la Société Nationale d’Électrolyse et de Pétrochimie (SNEP) qui couvre 60 % des besoins nationaux. Tandis que la production locale se concentre principalement sur les produits de grande consommation, la plasticulture, l’emballage, le bâtiment, les travaux publics, l’automobile et l’aéronautique.

Face à cette dépendance aux importations se pose la question de la souveraineté nationale et de la sécurité d’approvisionnement du Maroc en matières plastiques. La pandémie de la COVID 19, la guerre en Ukraine, et la hausse des prix du pétrole ont, de ce fait, impacté négativement le secteur de la plasturgie marocaine. 

Toutefois, ce n’est pas le seul défi auquel fait face le secteur. En effet, si le secteur informel, encore prédominant, joue un rôle majeur dans la filière plastique au Maroc, il manque de structuration et d’encadrement. Certes, il contribue à la collecte et au tri des déchets, mais il s’appuie principalement sur des récupérateurs, des collecteurs et des petits recycleurs qui opèrent dans des conditions très précaires, ce qui pose des problèmes de traçabilité et de sécurité.

L’autre défi important est celui des technologies de recyclage qui sont encore peu diversifiées au Maroc. Elles sont principalement axées sur le broyage et la granulation. Le manque d’investissement dans des technologies plus avancées, comme le recyclage chimique, limite la valorisation des déchets plastiques et encourage l’exportation des granulés plutôt que leur transformation locale, faute de débouchés suffisants sur le marché national. Le rapport « État des lieux du secteur de recyclage des déchets plastiques agricoles dans la région Souss Massa » montre que seulement 24,24 % du gisement total de déchets plastiques agricoles sont broyés et 12,80 % sont granulés.

Le cadre législatif et les enjeux du recyclage

Pour pallier le problème de pollution, des initiatives ont été mises en place afin d’améliorer la gestion des déchets plastiques. En 2016, le Maroc a adopté une loi en matière de lutte contre la pollution plastique, la loi 77-15, plus connue sous le nom de « loi Zéro Mika ». Celle-ci interdit la production, l’importation, la vente ou la distribution des sacs plastiques à usage unique. Un fonds d’aide pour la reconversion des entreprises a été également mis en place pour subventionner, à hauteur de 75,5 millions de dirhams, la production de sacs en papier, de sacs tissés et de sacs non-tissés. Cependant, malgré toutes ces initiatives, les sacs plastiques continuent à faire partie du quotidien, notamment les sacs non-tissés, composés en fait à 100 % de plastique. Plus de 3 milliards de sacs non-tissés sont produits annuellement au Maroc. Et petit à petit les sacs en plastique à usage unique ont refait surface notamment dans les marchés et les petits commerces.

Aussi, en janvier 2019, un amendement de la loi 77-15 a été adopté en Conseil de gouvernement (projet de loi 57-18) afin de renforcer le contrôle des fabricants et la transparence concernant l’importation de matières pouvant servir à produire des sacs plastiques. Le texte prévoit également la mise en place de sanctions. Mais, malgré cela, le plastique persiste et le défi du recyclage se pose avec acuité. 

Or, d’après la Fédération Marocaine de Plasturgie, si le Maroc souhaite répondre aux nouveaux besoins de l’économie notamment de l’agriculture, des BTP, et des énergies renouvelables, il se doit de renforcer la qualité et la technicité de sa plasturgie. De la même manière, il faut également développer une filière spécialisée dans le recyclage des plastiques tout en favorisant un tissu industriel d’accompagnement proposant des offres de maintenance, de formation et de l’équipement. 

Enfin, positionner la plasturgie marocaine dans la sous-traitance automobile de rang 2 et 3 pourrait également contribuer au développement du secteur. En effet, la mise en place d’une économie circulaire performante nécessite une meilleure gestion des déchets plastiques, des investissements dans des technologies de recyclage innovantes, ainsi que la structuration du secteur informel et la sensibilisation du public. Autant de leviers essentiels qui permettront de transformer le plastique d’un fléau environnemental en une ressource précieuse.

Zineb Jamal Eddine

Lire les articles du dossier

Articles à la une