Economie circulaire : un levier socioéconomique à enclencher

At-Tawafouk : quand les « chiffonniers » deviennent acteurs du changement

Née en 2010 à Rabat, la coopérative At-Tawafouq, première du genre au Maroc, a transformé le destin de 151 anciens « chiffonniers ». En les intégrant dans un système de tri des déchets performant et solidaire, At-Tawafouq offre aujourd’hui un modèle unique de développement durable alliant justice sociale et protection de l’environnement.

L’histoire d’At-Tawafouq, la première coopérative de tri du Maroc, commence en 2006. Cette année-là, le Maroc adopte la loi 28-00 sur la gestion et l’élimination des déchets et lance le Programme national des déchets ménagers et assimilés (PNDM), un ambitieux projet doté d’un budget de 40 milliards de dirhams. L’objectif est de généraliser la collecte des déchets, de traiter les ordures ménagères, d’en finir avec les décharges non contrôlées et de promouvoir le recyclage et la valorisation. 

Dans la région de Rabat, cette initiative menace les décharges informelles d’Akreuch, Salé et Ain Atiq, où des dizaines de milliers de « chiffonniers », « mikhalas » ou « bouaras » fouillent quotidiennement pour y trouver de quoi vivre. En 2007, l’État ferme ces trois sites et ouvre une décharge contrôlée de 110 hectares à Oum Azza, dans la préfecture de Skhirat-Temara, près de Rabat.

Consciente que cette fermeture priverait des centaines de familles de leur gagne-pain, la commune de Rabat prend les devants. Elle œuvre pour l’intégration professionnelle des récupérateurs informels dans le nouveau centre de tri, avec l’ambition d’améliorer leurs conditions de vie et de travail. Une convention est signée en mai 2007 entre Teodem, filiale marocaine de Pizzorno Environnement, et les communes concernées. C’est ainsi que naît, en 2010, la coopérative At-Tawafouq, la toute première du genre au Maroc. Elle rassemble 151 adhérents, anciens récupérateurs informels, âgés de 18 à 60 ans. Et en 2011, la coopérative démarre ses activités.

Un salaire décent et de meilleures conditions de travail

At-Tawafouq est un modèle unique. Elle génère un chiffre d’affaires annuel de 8 500 000 dirhams de bénéfices, dont une grande partie (70 %) est consacrée aux salaires. Offrir un salaire décent et de meilleures conditions de travail aux anciens trieurs était l’un des principaux objectifs dès la création de la coopérative. Les membres sont donc tous inscrits à la CNSS, bénéficient de l’AMO et touchent un salaire net moyen de 3100 dirhams. Ils reçoivent également des primes régulières pour les encourager.

Chaque jour, 700 tonnes de déchets ménagers, collectés dans les 13 collectivités territoriales de Rabat, Temara et Salé, sont déversées dans le hall de tri. Un système ingénieux achemine les déchets sur un tapis roulant vers une cribleuse qui sépare les matières organiques. Le reste est ensuite trié manuellement par les adhérents, répartis sur deux lignes de tri. Des points de contrôle en fin de ligne vérifient la qualité du tri avant le pressage. Pour optimiser le travail et éviter la fatigue, trois équipes se relaient pour assurer les trois-huit. Le plastique (PET), le polyéthylène (PEHD), le polypropylène isotactique (PP), le PVC et le fer sont triés. Les matières organiques sont quant à elles enfouies dans la décharge contrôlée. Le PET est la matière la plus lucrative pour la coopérative, représentant 60 à 70 % de ses revenus. At-Tawafouq en produit 200 tonnes par mois, vendues à 4 400 dirhams la tonne. Grâce aux bénéfices réinvestis avec l’accord des adhérents, la coopérative s’offre en 2015 un camion pour assurer ses livraisons, notamment à Tanger, Casablanca et Berrechid. L’objectif est d’étendre les livraisons à d’autres villes et d’autres matières. En 2017, l’Initiative Nationale de Développement Humain (INDH) lui permet d’acquérir deux véhicules supplémentaires pour le transport des travailleurs, consolidant ainsi son développement. Preuve de son engagement croissant pour la sensibilisation à l’environnement, At-Tawafouq organise également des actions de collecte et de sensibilisation au tri des déchets auprès d’écoles privées et d’organismes internationaux, étendant ainsi son impact bien au-delà du centre de tri.

Dounia Z. Mseffer

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