Mohcine Jazouli, Ministre Délégué auprès du Chef du Gouvernement chargé de l’Investissement, de la Convergence et de l’Évaluation des Politiques Publiques
Vous avez effectué plusieurs roadshows, notamment en Inde et en Chine, pour promouvoir la destination Maroc. Comment se fait le choix des pays et quels sont les principaux retours et attentes des investisseurs sur la destination Maroc ?
J’ai eu en effet l’occasion de conduire plusieurs roadshows organisés avec l’Agence Marocaine de Développement et des Investissements et des Exportations (AMDIE), comme par exemple en Allemagne, au Royaume-Uni, en Espagne, aux États-Unis, en Chine, en Inde, au Japon, à Singapour et plus récemment en Arabie Saoudite.
Le choix des pays pour nos roadshows de promotion de la destination Maroc, incarnée par la marque « Morocco Now », tient compte de multiples facteurs.
Tout d’abord, dans le cadre de nos efforts de veille internationale relative à l’investissement, nous sommes en relation avec un grand nombre d’opérateurs internationaux clés dans divers secteurs d’activité. Ces opérateurs internationaux ont, pour certains d’entre eux, déjà manifesté leur intérêt pour le Maroc.
Par conséquent, le premier facteur de choix est la présence dans ces pays d’entreprises intéressées par le Maroc et que nous rencontrons dans le cadre de ces déplacements pour transformer ces intérêts en décisions concrètes d’investissement.
Un deuxième facteur de choix est le rôle leader de certains pays dans certains secteurs d’activité. Après avoir défini nos priorités sectorielles en matière d’attraction d’investissement direct étranger, nous nous rendons dans les pays qui disposent d’une avance technologique et qui maitrisent les chaines de valeur d’un secteur en particulier. Ces déplacements nous permettent de démarcher les entreprises les plus avancées dans une activité en particulier en cherchant à les inciter à investir dans notre pays.
Enfin, un troisième facteur de choix est la relation diplomatique que nous avons avec ces pays. Le Maroc dispose de nombreux alliés et partenaires de premier plan et nous voulons, dans ce cadre, développer nos partenariats économiques et attirer les entreprises provenant de pays avec lesquels nous entretenons d’excellentes relations. Et je peux vous dire que les retours des entreprises dans ces pays sont unanimes. Ils sont séduits par ce que nous proposons, car « l’Offre Maroc » est extrêmement compétitive. Grâce à la vision éclairée de Sa Majesté le Roi, que Dieu l’assiste, aujourd’hui le Maroc « bipe dans les radars » de toutes les multinationales et s’impose jour après jour comme une destination de choix pour leurs investissements.
D’autres roadshows d’ailleurs sont prévus dans les prochains mois, notamment en Europe et en Amérique du Nord.
Vous avez récemment parlé du « Momentum Maroc ». Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
Le « Momentum Maroc » n’est pas une expression que j’ai moi-même choisie, c’est le reflet de ce qu’affirment et répètent les nombreux investisseurs que j’ai eu l’occasion de rencontrer.
Sans prétention, je pense que nous vivons un moment exceptionnel dans l’histoire économique de notre pays. Ce « Momentum » n’est pas le fruit du hasard, c’est le résultat de choix stratégiques et de réformes en profondeur menées par le Maroc depuis plus de vingt ans sous la conduite éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.
Avec un environnement institutionnel et économique stable, un emplacement géographique stratégique, des infrastructures de classe mondiale, une économie ouverte sur le reste du monde grâce à plus de 50 accords de libre-échange, un vivier important de jeunes talents ainsi que son rôle pionnier dans les énergies renouvelables, le Royaume du Maroc s’est en effet imposé comme une puissance régionale et une destination de choix pour les investissements.
Par ailleurs, nous avons su transformer les défis de la conjoncture internationale en réelles opportunités économiques. Notre ambition est de capitaliser sur la refonte des chaines de valeur mondiales, de jouer un rôle crucial dans la transition énergétique mondiale et de nous positionner sur les métiers d’avenir comme la mobilité électrique et l’hydrogène vert. C’est pour ses atouts, sa résilience et sa stratégie de positionnement claire et ambitieuse que tous les regards se portent sur le Maroc aujourd’hui.
Sur le volet interne, nous vivons également un réel Momentum : l’investissement a été placé par Sa Majesté le Roi au cœur de la relance économique de notre pays. Tout le Gouvernement est entièrement mobilisé, sous les hautes orientations royales, pour atteindre les objectifs de 550 milliards de dirhams d’investissement privé et 500 000 emplois entre 2022 et 2026.
De plus, avec la nouvelle charte de l’investissement, nous disposons d’un outil puissant qui incite fortement les entreprises nationales et étrangères à investir. Cette charte contribue également à répondre aux principales problématiques des investisseurs, que ce soit en termes de facilitation de l’acte d’investir, d’accès au foncier, d’accès au financement, à l’énergie…
Aujourd’hui, cette situation fait qu’un très grand nombre d’investisseurs, nationaux et étrangers s’adressent à nous pour présenter leurs projets d’investissement et nous sollicitent pour les accompagner dans la réalisation de leurs projets.
Je suis très optimiste pour les années à venir. Nous l’observons déjà sur le terrain et nous pensons que ce Momentum n’est que le début d’une dynamique de fond de notre pays en matière d’investissement.
Quels sont les profils des investisseurs recherchés par le Maroc pour répondre aux objectifs de la charte d’investissement ?
Tous les investisseurs petits ou grands, marocains ou étrangers sont les bienvenus pour investir au Maroc, dans toutes les régions du Royaume et dans tous les secteurs d’activité.
Le Royaume ne recherche donc pas de profils particuliers d’investisseurs, mais plutôt un profil de projet d’investissement. En effet, l’objectif du Maroc, tel que précisé dans la loi-cadre portant charte de l’investissement, est de soutenir davantage les projets qui créent de la valeur ajoutée et des emplois stables et pérennes, mais aussi ceux qui contribuent à l’équité territoriale, qui permettent de développer des métiers d’avenir pour le pays, qui respectent les critères de développement durable, qui ont un fort taux d’intégration locale et, enfin, ceux qui favorisent la parité genre.
Les primes à l’investissement prévues par la nouvelle charte ont été conçues dans ce sens et les projets répondant à ces critères sont donc recherchés en priorité.
Comment encourager les investisseurs marocains à investir dans le système productif ?
Conformément aux hautes orientations royales, la mise en place de la nouvelle Charte de l’investissement vise à stimuler l’investissement privé et contribuer à la relance économique nationale.
Les investisseurs marocains sont une cible privilégiée de la nouvelle charte de l’investissement, car nous voulons que nos opérateurs nationaux investissent plus et mieux. Comme vous le savez, la majorité du tissu économique marocain est constitué de très petites, petites et moyennes entreprises, dont les besoins d’appui à l’investissement sont spécifiques. C’est pourquoi la charte de l’investissement a instauré un dispositif d’appui particulier pour cette catégorie d’entreprises qui sera mis en œuvre dans les mois à venir.
Par ailleurs, un travail en profondeur est en cours pour améliorer le climat des affaires. En effet, pour encourager les investisseurs marocains à investir plus et mieux, l’environnement des affaires doit être sensiblement amélioré pour libérer les énergies et faciliter l’acte d’investir et d’entreprendre.
Ainsi, une feuille de route nationale pour l’amélioration de l’environnement des affaires a été lancée officiellement en mars dernier. Elle s’articule autour de 10 chantiers stratégiques et 46 initiatives. C’est un chantier de grande envergure qui mobilise l’ensemble des acteurs publics et privés autour d’un objectif commun : la création d’un environnement propice pour une nouvelle génération d’investisseurs et d’entrepreneurs.
À titre d’exemple, je peux vous citer le chantier actuellement en cours sur la simplification et la digitalisation des procédures administratives, mené en étroite collaboration avec le Ministère de la Transition Numérique et de la Réforme de l’Administration. Plusieurs mesures concrètes ont déjà été mises en place dans cette optique, notamment la réduction de 45 % du nombre de documents requis pour les porteurs de projets, grâce à la simplification de 22 des actes administratifs les plus couramment demandés. En outre, la déconcentration de 15 actes liés à l’investissement du central vers les territoires permettra d’accélérer les délais de réponse de l’administration aux projets soumis par les investisseurs.
De plus, une plateforme d’échange de données et de documents est en train d’être mise en place afin de renforcer la collaboration entre les différents acteurs gouvernementaux pour un traitement intégré et rapide des demandes des porteurs de projets.
Le Ministère de l’Investissement, de la Convergence et de l’Évaluation des Politiques Publiques est donc résolument engagé dans cette dynamique de facilitation de l’acte d’investir, facteur clé d’encouragement des investisseurs nationaux.
Pour ce qui est de l’hydrogène vert, comment le Maroc compte-t-il se positionner face à la concurrence ? Quelles sont nos ambitions dans ce sens et comment les réaliser ?
Sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Maroc s’est, au fil des ans, imposé comme le leader continental de la production d’énergies renouvelables. Ainsi, la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique du pays est passée de 26 % en 2016 à 40 % aujourd’hui. Nous avons comme objectif d’atteindre 52 % en 2030, mais nous pensons qu’à ce rythme nous atteindrons cet objectif bien avant.
Le Maroc est parmi les très rares pays au monde où décarboner son industrie est synonyme de gagner en compétitivité. Vu la nécessité de décarboner l’économie de la planète et notamment celle de l’Europe, le Maroc présente de nombreux atouts pour les industriels du monde entier.
Aujourd’hui, je peux vous le dire, la compétitivité de nos énergies vertes est un des principaux arguments qui encouragent les investisseurs étrangers à venir au Maroc. Cela ouvre des opportunités importantes pour l’économie marocaine de demain, notamment dans le secteur industriel.
Fort de sa position de leader dans les énergies renouvelables, le Maroc entend également jouer un rôle majeur dans le secteur de l’hydrogène vert. Ainsi, conformément aux hautes instructions de Sa Majesté le Roi, une « Offre Maroc » relative au développement de la filière hydrogène vert dans le Royaume est en cours de préparation. Elle constituera le cadre de référence de la démarche à mettre en œuvre pour développer cette filière dont l’objectif est de maximiser les bénéfices pour l’économie marocaine. Elle donnera aussi toute la visibilité nécessaire aux investisseurs.
Il faut dire que les enjeux sont importants. L’hydrogène vert nous permettra non seulement d’accélérer la décarbonation de notre économie, mais également de développer de nouvelles filières industrielles à l’instar de la production de verre, d’aluminium ou d’acier.
Les sollicitations pour investir dans le secteur de l’hydrogène vert à large échelle au Maroc sont extrêmement nombreuses et pressantes. Ces opportunités d’investissement seront autant d’opportunités de création d’emplois pour nos jeunes, qui reste la priorité de ce gouvernement.
Rida Ançari
