Entretien avec Mohamed Chlieh, sismologue

« Nous ne sommes jamais préparés quand des séismes de telle ampleur se produisent »

Que sait-on du séisme qui a touché le Maroc la nuit du vendredi 8 septembre dernier ?

Mohamed Chlieh, sismologue, Chargé de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) de Grenoble

Ce séisme s’est produit sur une faille située au cœur du Haut Atlas marocain : la faille Tizi n’Test. Il s’agit d’une rupture qui a duré environ 15 secondes et qui a rompu un plan d’environ 50 km x 20 km, ce que nous sommes encore en train d’étudier. Cette rupture a généré des vibrations qui ont détruit les villages alentour et qui ont été ressenties à travers tout le Maroc, notamment dans les grandes villes. Tout le monde a ressenti la première onde que l’on appelle l’onde P, qui correspond aux ondes de compression. Ensuite, il y a eu les ondes cisaillantes, celles qui détruisent les bâtiments. Et plus on se trouve près de la source, plus les dégâts sont importants.

Pour l’instant, nous essayons d’étudier à distance la zone qui a rompu à partir des données sismiques et satellites, car, comme vous le savez, la situation sur le terrain est difficile.

Les structures les plus modernes, construites selon les normes parasismiques ont l’air d’avoir tenu. En revanche, de nombreuses maisons du Haut Atlas construites en terre, en argile, ou en mauvais béton armé n’ont pas résistées. Les plus vieilles structures ont été construites bien avant les codes parasismiques marocains qui remontent à 2000 et qui ont été mis à jour en 2011. Dans les régions les plus touchées, ces normes représentent un coût de construction supplémentaire de 10 à 20% que les gens n’ont pas toujours les moyens d’assumer.

Ce séisme est assez exceptionnel par son ampleur. C’est le plus gros enregistré au Maroc avec presque une magnitude 7, sachant qu’il y a eu beaucoup de séismes au Maroc : en 2004 et en 1994 à Al Hoceima et, bien sûr, celui d’Agadir en 1960 qui a fait 12 000 morts, laissant une profonde cicatrice dans le cœur de la population marocaine. Ce dernier séisme est peut-être 30 à 50 fois plus fort que celui d’Agadir. 

Y a-t-il eu des signes avant-coureurs ? 

Pour le moment, nous travaillons plutôt sur le suivi de la crise sismique et post-sismique qui vise à savoir comment la sismicité va se déplacer dans les prochaines semaines/mois et si certaines failles à proximité peuvent ou non rompre à leur tour.

Prévoir un séisme est très compliqué. On sait qu’ils se produisent sur les failles actives existantes, on peut donc anticiper les zones où les ruptures peuvent se produire et quelle sera la magnitude maximum. Mais, en prévoir la date est, en revanche, impossible.

Les événements de ce type sont très peu fréquents dans le Haut Atlas du fait du faible taux de déformation  : la zone qui vient de rompre avait peut-être déjà rompu il y a 1 000 ans ou 10 000 ans. Il n’existe pas vraiment de traces historiques de précédents séismes dans cette même zone. Des études paléosismologiques basées sur la réalisation de tranchées dans les failles ou la collecte de carottes dans les fonds des lacs pourraient éventuellement nous le dire, mais, réalisé à ma connaissance, ce genre d’études n’a jamais été dans ce cas.

Bien connue des géologues, cette faille en question bouge très lentement (moins d’1 mm/an). Les sismologues marocains suivent la sismicité depuis longtemps, mais, jusqu’à présent, il ne s’est produit que de petits séismes. Nous ne sommes jamais préparés quand des séismes de telle ampleur se produisent dans de telles régions.

Doit-on s’attendre à de nouvelles répliques ?

Il y a déjà eu plus de 250 répliques ces derniers jours et cela continue avec des répliques de magnitude 1 à 3, généralement imperceptibles. Il y a eu aussi quelques grosses répliques de magnitude comprise entre 4 et 5. La plus grosse réplique qui peut avoir lieu dans les jours ou mois suivant un séisme de magnitude 7 est une réplique de magnitude 6. Il est donc important de rester vigilant dans un rayon de 50 km de la rupture et de ne pas s’aventurer dans des structures endommagées.

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