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Le Maroc s’invite de plus en plus en terres africaines

Au cours de ces vingt dernières années, la stratégie à l’export marocaine en Afrique a, chiffres à l’appui, donné de bons résultats. Toutefois, le poids de ces échanges commerciaux reste largement en deçà du potentiel existant.

La tendance des exportations marocaines vers l’Afrique est bien évidemment à la hausse. En effet, selon la Direction des Études et des Prévisions Financières (DEPF) relevant du Ministère de l’Économie de l’Économie et des Finances, la valeur globale des échanges commerciaux du Maroc avec les pays d’Afrique a progressé en moyenne chaque année de 9,5 % durant la période 2000-2019 pour s’établir à près de 39,6 milliards de dirhams (MMDH) en 2019.

Cela représente environ 6,9 % de la valeur totale des échanges extérieurs du Maroc contre 4,3 % en 2000. Autre chiffre important, selon l’Office des Changes, le volume des exportations à destination du continent africain s’élève à 21,6 milliards de dirhams (MMDH) en 2019, soit 7,7 % des exportations totales du Maroc (contre 3,7 % en 2000). Un chiffre qui a triplé durant les dix dernières années. À la différence de la balance commerciale, globalement déficitaire, les échanges commerciaux avec l’Afrique subsaharienne sont bénéficiaires pour le Maroc.

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Des exportations diverses et variées

Selon la DEPF, en 2019, Djibouti et le Sénégal étaient les premiers clients du Royaume dans le continent africain avec un chiffre d’affaires à l’export respectif de 2,1 MMDH, suivis par la Mauritanie (1,9 MMDH), la Côte d’Ivoire (1,8 MMDH) et l’Algérie (1,5 MMDH). Les exportations marocaines à destination de ces pays ont représenté 43,5 % du volume global des exportations du Maroc vers l’Afrique en 2019.

Le Maroc est aussi devenu un des leaders dans l’investissement en Afrique : 47 % du total des IDE marocains à l’étranger étaient destinés à l’Afrique subsaharienne en 2019. On y apprend encore qu’en termes d’IDE, le Maroc est présent en Afrique subsaharienne dans plus de 14 pays dont la Côte d’Ivoire (13 %) le Tchad (12 %), le Sénégal (9 %), Madagascar (7 %), le Cameroun (4 %) et l’Île Maurice (3 %). Selon la même source, les exportations du Maroc vers l’Afrique vont des produits alimentaires aux produits de l’industrie chimique en passant par les produits finis de consommation, les produits finis d’équipement industriel, les produits d’énergie et les lubrifiants.

Intitulé « Relations entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne : Quels potentiels pour le commerce et les investissements directs étrangers ? », le « policy brief » d’OCP Policy Center, publié en février 2017, apporte d’importantes informations sur le sujet. L’auteure explique par ailleurs l’accélération des IDE marocains en Afrique subsaharienne « par l’assouplissement de la règlementation des investissements. Les opérateurs marocains ont en effet, plus de facilités leur permettant de saisir davantage d’opportunités à l’étranger. » Autre conclusion de ce « Policy brief » : « les investissements marocains en Afrique subsaharienne portent principalement sur des secteurs se caractérisant par une forte valeur ajoutée, à l’instar des secteurs bancaires, des télécommunications ou de l’industrie et sont portés par des entreprises/banques telles que Maroc Télécom, Attijariwafa Bank, BMCE, BCP et la RAM. »

Problèmes de transport et de logistique

Le rapport d’OCP Policy Center pointe aussi du doigt les points faibles de cette stratégie africaine du Maroc. À commencer par le poids de l’Afrique subsaharienne dans le commerce extérieur du Maroc qui « demeure faible en comparaison avec ses autres partenaires tels que l’Union européenne ou la région MENA ». Une faiblesse qui peut être expliquée par des problèmes liés au transport des marchandises et à la logistique, à la faiblesse des infrastructures des marchés financiers africains et parfois à la sécurité et à la stabilité politique de certains pays.

Il existe également des retards dans l’établissement de certains accords, notamment dans le cadre de la mise en place progressive de zones de libre-échange avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO)… Aujourd’hui, il est clair que la dynamique exportatrice du Maroc en Afrique ne pourra qu’évoluer positivement. La vocation africaine est appelée à se consolider, car le Maroc dispose de tous les atouts pour jouer le rôle de hub pour le développement de toute la région. Cela passera néanmoins par l’application des accords de libre-échange, mais aussi par « le renforcement des infrastructures de transport et de connexions dans le dessein de libérer le potentiel commercial entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne », peut-on lire dans le Policy brief.

Outre ces prérequis, il faudra également s’ouvrir davantage aux marchés autres que des pays francophones d’Afrique, adopter une approche plus inclusive, investir la piste de l’exportation collaborative ou encore adapter l’offre exportable aux spécificités des marchés africains… Il reste ainsi beaucoup à faire pour que le continent devienne un réel relais de croissance pour le Maroc.

Younes Baâmrani

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