Export

L’export marocain : des locomotives et des freins structurels

Diversification des partenaires et de l’offre, consolidation des politiques sectorielles, accroissement des stocks des entreprises exportatrices, le commerce extérieur national a connu une véritable évolution ces dernières années. Il souffre toutefois de problèmes structurels à commencer par un déficit commercial important.

Peut-on parler d’une stratégie nationale dédiée au développement et la promotion des exportations ? La réponse est sans doute affirmative. Car, bien que le déficit commercial au Maroc reste assez élevé, le pays a bel et bien œuvré ces dernières années à promouvoir ses exportations. D’abord, en diversifiant ses partenaires économiques.

Le Maroc a en effet multiplié les accords de libre-échange et les accords préférentiels, notamment avec les États-Unis, les Émirats arabes unis, la plupart des pays arabes via la GAFTA (Greater arab free trade agreement), la Turquie ainsi que les pays subsahariens. Certes, l’Union européenne reste, et de loin, le premier partenaire économique du Royaume à travers l’accord d’association ALE. Elle représente en effet 66,7 % des exportations en 2020 (53,1 % en 2019).

Si tous ces accords ont ouvert le marché mondial aux produits marocains, la plupart d’entre eux sont déficitaires, en particulier celui conclu avec la Turquie en 2004 et révisé en 2019 afin de rétablir les droits de douane à hauteur de 90 % pour certains produits.

L’ambition d’ouverture du Maroc a été portée par le plan « Maroc export plus » (2008-2018) qui visait alors le « renforcement des acquis du secteur des exportations et le positionnement progressif du Royaume dans plusieurs marchés stratégiques. »

Des priorités sectorielles

« Maroc export plus » inclut également un autre levier de promotion des exportations marocaines, à savoir différentes politiques sectorielles visant à développer l’offre et à soutenir la croissance. Le plan Émergence pour l’industrie, la Vision 2015 de l’artisanat et le Plan Azur pour le tourisme voient ainsi le jour. Ces départements disposant par ailleurs de leur propre agence de promotion relevant de leur ministère de tutelle. Quant à l’agriculture et à la pêche, elles sont gérées selon la vision du Plan Maroc Vert et du Plan Halieutis. Enfin, les secteurs de l’énergie et le transport obéissent aux dispositions de la Stratégie énergétique du Maroc et de la Stratégie logistique.

L’étude intitulée, « Analyse multidimensionnelle de l’évolution du profil des exportateurs marocains actifs » apporte un éclairage intéressant sur le travail réalisé lors de cette dernière décennie. Publiée début 2022, cette étude a été menée par l’Office des Changes sur une période s’étalant de 2011 à 2020. Elle nous renseigne tout d’abord sur le nombre d’exportateurs qui est passé de 5179 en 2011 à 7092 en 2019, avec un taux de croissance annuel moyen de 4 %. La part des exportateurs actifs, c’est-à-dire ceux dont le chiffre d’affaires annuel moyen à l’exportation est supérieur à un million de dirhams, se situe à 62,1 %. Leur taux de croissance annuel moyen, sur la même période 2011-2019, était de 3,7 %, tandis que le chiffre d’affaires global à l’export affichait un taux de croissance annuel moyen de 6,3 %.

Ce sont les industriels marocains qui contribuent le plus aux exportations. L’étude montre qu’en 2019, le secteur de l’industrie alimentaire a représenté le gros du contingent des exportateurs actifs, avec 17,8 % du nombre total. Il est suivi de près par l’agriculture, sylviculture et chasse avec 16 % ainsi que par l’industrie de l’habillement et des fourrures avec 13,4 %.

En termes de volumes de ventes, ce sont les exportateurs de l’industrie automobile qui ont réalisé les plus fortes progressions, avec un taux de croissance annuel moyen de 33,9 %. Leur chiffre d’affaires à l’exportation est ainsi passé de 3,8 milliards de dirhams (MMDH) en 2011 à 39 MMDH en 2019. La part de ce secteur dans le volume total des exportations est passée de 2,2%en2011à13,8%en2019.Pourcequiest du chiffre d’affaires, le secteur qui exporte plus demeure l’industrie chimique qui détient 18,1 % du volume total des exportations.

La valeur des ventes est passée de 43,3 MMDH en 2011 à 51 MMDH en 2019, soit un taux de croissance annuel moyen de 2,1 %. Un autre secteur a connu une importante progression en termes de volumes de vente : il s’agit de la fabrication de machines et d’appareils électriques. Le volume de ses ventes est passé de 21 MMDH en 2011 à 46,2 MMDH en 2019, soit un taux de croissance annuel moyen de 10,4 %. D’ailleurs, la fabrication de machines et d’appareils électriques, l’automobile et l’industrie chimique représentent à eux seuls près de la moitié du volume total des exportations des entreprises marocaines.

L’étude de l’Office des Changes confirme également des tendances relevées par d’autres rapports. Tout d’abord, elle met en avant la concentration dans la région Casablanca-Settat d’un nombre important d’exportateurs actifs. Ensuite, elle souligne que l’Europe constitue la principale destination de la majorité des exportateurs marocains toutes tranches confondues. Enfin, les auteurs constatent une diversification de l’offre exportable par destination ainsi qu’un meilleur positionnement vers de nouvelles, essentiellement l’Afrique.

 E2

Peut mieux faire…

Mais, tout n’est pas rose dans cette offre export marocaine. À commencer par le déficit commercial du pays qui reste structurellement élevé. Le rapport de l’Institut Marocain d’Intelligence Stratégique (IMIS), « Maroc : 2020-2030, la décennie de la montée en puissance » apporte des éléments de réponse sur ce sujet-là. Le rapport, publié courant 2020, pointe du doigt, le nombre limité des exportateurs (un peu plus de 7 000) en comparaison avec des pays voisins comme le Portugal (25 000). Et surtout, le nombre d’importateurs est 20 fois plus élevé que celui des exportateurs. Autre constat problématique : 1 % des exportateurs marocains réalisent plus de la moitié (55 %) du total des exportations. Le rapport de l’IMIS rappelle en outre le problème structurel de l’export marocain : une trop grande concentration sur le marché européen, la France et l’Espagne en particulier, conjuguée à une performance à l’export limitée aux marchés importants tels que la Chine, l’Inde ou encore le Brésil, mises à part les exportations des phosphates et produits dérivés. Le rapport recommande par ailleurs de moderniser le système d’incitation à l’export en se basant sur l’intelligence économique, de renforcer la dimension recherche-innovation ou encore de faciliter le recrutement de compétences de haut niveau.

Les exportations marocaines ont certainement bénéficié des choix sectoriels incarnés par le Plan Maroc Vert, le Plan Halieutis ou encore par le Plan d’Accélération Industrielle. Une dynamique qui a permis à l’industrie marocaine de se mettre en avant sur la scène internationale et d’alimenter fortement ses exportations. La diversification aussi bien de l’offre exportable que des marchés destinataires a consolidé la compétitivité du Maroc. En revanche, il existe toujours une belle marge de progression, notamment pour les exportations marocaines à destination des marchés classiques, pour faire de l’offre export marocaine, une offre compétitive et à forte valeur ajoutée.

Younes Baâmrani

E1

Articles à la une