Emploi et handicap

Insertion professionnelle des personnes en situation de handicap : la preuve par l’exemple

Célèbre pour son restaurant solidaire, l’association Hadaf, fondée en 1997 par des parents d’enfants en situation de handicap mental, forme chaque année de nombreux jeunes qui, pour certains, ont pu intégrer une entreprise ou avoir une activité génératrice de revenus. Reportage.

Hay Ennahda 2, Rabat. Ce vendredi, c’est la journée couscous au restaurant solidaire de Hadaf. Une belle manière de montrer que l’on s’épanouir dans une activité professionnelle, et ce en dépit du handicap. « Ce restaurant ouvert au public est le fruit d’une collaboration avec l’INDH. Cuisine et service sont assurés par les jeunes. Les clients sont surpris et étonnés de la qualité des mets et du service », lance, enthousiaste, Amina Msefer, présidente de Hadaf. 

Depuis 2005, Hadaf assure une formation professionnelle à des jeunes âgés de plus de 17 ans. Un cas unique dans un pays en manque de structures de prise en charge des personnes adultes en situation de handicap. Hadaf propose ainsi, au sein de ses ateliers métiers, des formations dans de nombreux domaines : cuisine, couture, service en salle, jardinage, bijoux, peinture sur tissu, travaux de recyclage et menuiserie.

« Nous sommes capables de travailler »

Doté d’une capacité d’accueil de 30 personnes, le restaurant solidaire a ouvert ses portes en 2017 et continue à servir ses convives, dans une ambiance unique. Les menus, qui mêlent cuisine marocaine et internationale, sont conçus et préparés par les jeunes apprentis et leurs encadrants et montrent tout le savoir-faire qu’ils ont acquis au cours de leur formation.

« En avril 2017, le restaurant Hadaf ouvrait à Rabat avec l’ambition d’être un tremplin pour l’emploi des personnes en situation de handicap mental. Trois fois par semaine, au déjeuner, l’établissement accueille les clients dans un cadre impeccable et offre une cuisine de qualité. Le service et la cuisine sont intégralement assurés par des jeunes en situation de handicap mental. Le principe est de démontrer que les personnes en situation de handicap mental sont tout à fait capables d’intégrer le monde du travail, mais aussi de faciliter le recrutement des jeunes qui y sont formés », se souvient Idir Ouguindi, expert en développement inclusif. 

Le restaurant fonctionne cinq jours par semaine, du lundi au vendredi, de midi à 14 h 30. « J’ai appris la mise en place des couverts, des assiettes, la prise de commande, le contact avec le client. J’ai ensuite assuré le service au sein du Restaurant Solidaire Hadaf en 2017. Au début, j’étais timide et j’avais du mal à parler avec les gens, mais maintenant, je m’en sors très bien. Je suis actuellement en stage dans un hôtel à Mohammedia où j’assure le service du petit-déjeuner. Par la suite, je souhaite avoir un vrai travail avec un salaire à la fin du mois et disposer de tous mes droits comme les autres citoyens. Nous sommes capables de travailler, il faut que les gens nous fassent confiance et nous soutiennent sans avoir peur de nous », témoigne Amr Laroussi, qui assure le service en salle. 

Tout en étant un véritable lieu de travail pour les jeunes de Hadaf, le restaurant joue un rôle encore plus important : « Au-delà de ces objectifs de recrutement, le projet du restaurant Hadaf doit permettre de changer la perception des employeurs et de l’entourage sur les personnes en situation de handicap mental, mais aussi l’image qu’ils ont d’eux-mêmes », ajoute Idir Ouguindi.

En plus du restaurant, Hadaf a rouvert, le 30 novembre dernier, les portes de sa maison d’hôtes solidaire Dar Diaf, qui a été remise à niveau dans le cadre d’un partenariat avec la Fondation OCP. Cette structure d’accueil dispose d’une capacité de 17 personnes, réparties entre huit chambres décorées par les jeunes apprenti(e)s au sein des ateliers métiers. Mis à la disposition des visiteurs pour des séjours ponctuels, l’espace a été initialement réfléchi et conçu comme un lieu de vie, de socialisation et d’autonomisation des jeunes à travers la mise en place d’une activité génératrice de revenus (AGR).

Autre service proposé par Hadaf, la salle de conférence dotée d’une capacité d’accueil de 100 personnes,« mise à la disposition de tout organisme, société, association ou fondation souhaitant organiser une réunion, un colloque, un séminaire ou tout autre évènement dans une démarche solidaire. La location de la salle de conférence peut inclure, à la demande, un service traiteur proposant des pauses café, un service en salle et/ou un déjeuner servi au sein du Restaurant Solidaire Hadaf. » Ces prestations sont assurées par les jeunes apprentis des ateliers « cuisine » et « service en salle ». 

Des ateliers métiers…

Enfin, parallèlement au restaurant, le service traiteur assure la restauration lors de différentes manifestations organisées par les partenaires. « J’ai intégré l’association en 2015. J’ai commencé en tant qu’apprenti au sein de l’atelier cuisine et j’ai ensuite travaillé dans le restaurant solidaire en tant que stagiaire service en salle avant de rejoindre le Centre National Mohammed VI des Handicapés pour y faire valider ma formation et obtenir mon certificat d’aptitude professionnelle. Je suis ensuite revenu à Hadaf pour un stage de complément de formation au sein du restaurant et du service traiteur. Aujourd’hui, je travaille dans un restaurant où je m’occupe du service, de la prise des commandes et aussi de la préparation des boissons et des cafés. Le fait de travailler et d’avoir un salaire à la fin du mois a changé ma vie. Je suis un membre actif et utile au sein de la société. J’aide même ma famille. Je souhaite un jour ouvrir mon propre café et embaucher des personnes en situation de handicap », souligne Taoufik Oubaid, ex-apprenti de l’atelier cuisine qui occupe aujourd’hui un emploi hors du centre. 

La Présidente de Hadaf constate pour sa part que « l’insertion de ces jeunes s’avère difficile pour plusieurs raisons. D’abord, parce que le handicap mental fait peur. Il est souvent associé à la maladie mentale. Ensuite, la loi n’est pas claire. L’éventuel employeur ne se sent pas protégé. Il y a la question de la tutelle et un manque réel d’informations : faut-il signer le contrat avec la famille ou avec le jeune ? Au Centre Hadaf, nous faisons en sorte à ce que les portes des ateliers soient toujours ouvertes pour que le public constate la qualité du travail et le sérieux de ces jeunes, afin de leur offrir des stages et, par la suite, du travail ».

Hadaf démontre concrètement, à travers son Centre socioprofessionnel, que le handicap mental n’est certainement pas incompatible avec l’insertion sociale et la pratique d’une activité professionnelle. À condition que l’on mette à disposition de ces jeunes des espaces d’épanouissement et de socialisation.

Dounia Z. Mseffer 

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