Après une longue période de déclin, le cinéma revient en force au Maroc. Sous l’impulsion du Ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication et de grands groupes privés, plusieurs dizaines de salles ont ouvert leurs portes ces derniers mois. Cette tendance, qui devrait se poursuivre dans les prochaines années, est également une aubaine pour les producteurs nationaux.
En déclin depuis plusieurs décennies, on pensait que les cinémas marocains ne résisteraient plus très longtemps. D’abord concurrencés par les DVD pirates, le streaming, puis les plateformes comme Netflix, il ont ensuite été durement touchés par la pandémie de Covid-19 qui a donné un coup d’arrêt à leur activité pendant plusieurs mois. Et pourtant, à la faveur d’un retournement de situation digne des plus grands films, les salles de cinéma se multiplient à nouveau au sein du Royaume depuis quelques mois.
150 nouveaux cinémas publics…
Il faut en effet se souvenir que, après avoir culminé à plus de 250 salles dans les années 1980, le nombre de cinémas au Maroc a chuté, pour dépasser à peine les 20 salles en 2022, d’après le Centre cinématographique marocain. C’est dans ce contexte que le Ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication a lancé un vaste programme visant à ouvrir 150 salles publiques dans l’ensemble du pays. En mars dernier, le Ministre, Mehdi Bensaïd, a ainsi présidé la cérémonie d’ouverture des 50
premières salles. Celles-ci concernent notamment de petites et moyennes villes, telles que Ouarzazate, Tamesna, Rissani ou Debdou. L’objectif de ce projet, qui a bénéficié d’un budget de 120 millions de dirhams, est de démocratiser à nouveau l’accès au cinéma. Il consiste souvent à rénover d’anciennes maisons culturelles. Le ministère espère ainsi rapidement doubler le nombre d’entrées au niveau national, pour atteindre 4 millions de spectateurs la première année.
… et de nouveaux multiplexes
Dans son sillage, les acteurs privés se mobilisent également et multiplient les projets. Face à la fermeture des petites salles, souvent mono-écran, la tendance est aux multiplexes. Ainsi, tandis que le réseau Megarama, leader au Maroc, prévoit l’ouverture de deux nouveaux cinémas à Marrakech et Agadir, la concurrence devient beaucoup plus forte dans le Royaume. Le groupe CinéAtlas, déjà présent à Rabat et El Jadida, s’installe par exemple cette année à Tanger et Casablanca, et de nouveaux opérateurs font leur apparition. C’est notamment le cas du groupe Pathé, qui a inauguré en décembre 2023 un complexe de huit salles à Casablanca et qui a annoncé une ouverture à Rabat pour 2025.
Enfin, l’arrivée sur le marché de Cinerji, qui se présente comme « le premier réseau de complexes cinématographiques 100 % marocain », pourrait également bouleverser le secteur. En effet, la nouvelle enseigne, présidée par Hakim Chagraoui (lire son interview), a annoncé le lancement de 25 complexes dans l’ensemble du Royaume, totalisant 150 écrans et 30000 places, répartis sur trois ans. Les premières ouvertures devraient avoir lieu cet été, dans la ville verte de Bouskoura et au Morocco Mall de Casablanca, en remplacement du cinéma IMAX qui a rejoint le projet Pathé Californie.
Une aubaine pour le cinéma marocain?
En termes de divertissement, au-delà de l’augmentation du nombre de salles, se pose également la question des films à l’affiche. Si les « blockbusters » internationaux assurent une part importante des recettes, le Ministère souhaite aussi encourager les productions marocaines pour dynamiser l’industrie et offrir plus de choix aux spectateurs. Il a ainsi mis en place un système qui permet de reverser directement aux producteurs 75 % du chiffre d’affaires généré par leurs films dans les salles publiques.
« Logiquement, avec plus de salles de cinéma, on devrait avoir plus de films à l’affiche et donc davantage de nouvelles productions marocaines », explique Soufiane El Khalidy, acteur, réalisateur et scénariste, avant de poursuivre : « Malheureusement, le système de subvention actuel ne permet pas de donner leur chance à suffisamment de nouvelles personnes. Donc, je ne suis pas certain que cela permettra une réelle progression du cinéma marocain ».
Nadia Oulski O. Hajjaj, actrice, scénariste et productrice au sein de la société Free Zone Films, se montre un peu plus optimiste, même si « produire des films reste compliqué. Les principaux défis sont le financement, l’accès à des talents variés et la logistique de la production. En mettant en place des stratégies efficaces pour le financement, la formation et la promotion et en obtenant un soutien des institutions, nous pouvons grandement faciliter la création de films au Maroc ».
Varier les genres pour mieux divertir
Pour Soufiane El Khalidy, « Nous avons besoin de projets de qualité pour remplir les salles. Les comédies populaires marocaines ont beaucoup de succès, mais elles ont besoin d’être soutenues, car elles ont généralement du mal à s’exporter en raison de leur humour qui n’est pas toujours bien compris à l’étranger ». De plus, pour assurer davantage le divertissement des spectateurs, il ajoute qu’il faut également « inciter l’industrie marocaine à produire d’autres styles de films, qui intéresseront le public local tout en ayant la possibilité d’être distribués à l’international ».
Même son de cloche chez Nadia Oulski O. Hajjaj : « Il est temps d’explorer de nouveaux genres pour diversifier l’offre cinématographique. Le cinéma marocain a connu une évolution remarquable et continue de se développer, attirant de plus en plus d’attention et inspirant de plus en plus de respect à travers le monde. Nous avons constaté une augmentation du nombre de films produits et une amélioration de leur qualité. Les réalisateurs marocains sont plus audacieux et créatifs et explorent des thèmes variés et pertinents qui touchent le public local et international ».
L’ouverture de nombreuses nouvelles salles devrait donc encourager les producteurs marocains à proposer davantage de créations originales, renforçant ainsi le retour des spectateurs dans les cinémas du Royaume pour un véritable renouveau de l’industrie cinématographique nationale.
Thomas Brun
