Laila Slassi, Présidente de la Fondation Marocaine de l’Éducation pour l’Emploi (EFE-Maroc)
En janvier dernier, vous avez été élue Présidente de la Fondation Marocaine de l’Éducation pour l’Emploi (EFE-Maroc). Quelle sera votre vision pour la Fondation durant votre mandat ? Marquera-t-elle une rupture ou s’inscrira-t-elle au contraire dans la continuité de vos prédécesseurs ?
La force d’EFE-Maroc c’est qu’elle repose sur un Conseil d’Administration solide, constitué de membres fidèles à l’association depuis de longues années dont certains sont d’anciens présidents. Nous travaillons de ce fait, collégialement, sur la définition de la stratégie moyen et long terme d’EFE-Maroc. Il ne peut donc y avoir de rupture, mais je dirais que chaque présidence vient dans la continuité de la vision de notre fondation sans pour autant oublier d’y apporter un souffle nouveau et une volonté affirmée de développer davantage l’impact et de soutenir les ambitions que nous avons tous, membres du board et équipe opérationnelle, pour notre association.
Mon mandat s’inscrit, de ce fait, naturellement dans cette vision.
Quel bilan peut-on dresser de l’action d’EFE-Maroc et de son impact en termes d’accompagnement, de formation, d’insertion… ?
Depuis sa création [en 2008, NDLR], EFE-Maroc a formé plus de 78 000 jeunes à travers le Maroc et inséré 80 % des lauréats de ses programmes de Formation-Insertion, en partenariat avec plus de 500 employeurs opérant dans différents secteurs d’activité.
Notre catalogue de formation comprend une panoplie de modules en soft skills développés par EFE-Maroc en partenariat avec des institutions académiques de renommée mondiale. Nous offrons aussi des formations en compétences techniques et linguistiques à chaque fois que nos financements le permettent. Nous avons également, grâce à nos partenaires technologiques, accès à des plateformes de e-learning qui donne aux jeunes la possibilité de s’auto-former sur les compétences digitales les plus demandées sur le marché du travail.
Selon le rapport du CESE, publié en mai 2024, 1 jeune sur 4 entre 14 et 24 ans, est en situation de NEET (Not in Education, Employment or Training) dont 72,8 % de femmes. Seulement 8 % d’entre eux ont un niveau d’études supérieures. Quel est votre regard sur ces chiffres et quels sont, d’après vous, les principaux défis qui entravent aujourd’hui l’employabilité des jeunes au Maroc ?
C’est un constat alarmant et qui ne fait que confirmer notre position sur le sujet depuis de longues années. Cette situation n’est pas apparue du jour au lendemain. Elle est la conséquence d’un décalage avéré entre les besoins du marché d’une part et les attentes et compétences des jeunes au Maroc d’autre part. Notre inquiétude est que ce décalage risque de se creuser davantage si nous n’adoptons pas tous une stratégie d’employabilité et d’accompagnement proactive pour nos jeunes et si les jeunes aussi ne saisissent pas les opportunités de développement qui leur sont offertes actuellement.
Nous rentrons dans un monde nouveau où l’intelligence artificielle dicte de nouvelles règles et où les compétences comportementales feront la plus grande, sinon la seule, différence entre les jeunes.
Heureusement, plusieurs universités et l’OFPPT commencent à intégrer les softs skills dans leur programme de formation et c’est un très bon début. Mais nous avons besoin de dédier plus d’espace à ces compétences.
Les jeunes ont besoin d’avoir le temps et la possibilité de se « roder » au monde du travail, de développer des mini-projets pour tester leurs compétences entrepreneuriales et de s’ouvrir au marché du travail très tôt, avant ou au moment même de l’orientation afin de maximiser les chances d’une bonne correspondance « besoins/attente et aptitude ».
Le Gouvernement a présenté en février dernier une feuille de route pour la relance de l’emploi avec pour objectif de créer 1,45 million d’emplois d’ici 2030 grâce à un investissement de 15 milliards de dirhams. Comment l’EFE-Maroc compte-t-elle contribuer à cette feuille de route et quels sont les secteurs les plus prometteurs pour l’insertion des jeunes ?
Il s’agit en effet d’un projet ambitieux qui nous motive à redoubler d’efforts pour que les résultats escomptés d’un investissement de cette taille soient atteints.
Nous poursuivrons donc notre démarche proactive en essayant d’anticiper les besoins en compétences d’ici 2030. Nous allons ainsi continuer de préparer les jeunes pour cette nouvelle dynamique tout en sensibilisant les acteurs de la formation – les écoles, les universités et les instituts de formation – en les incitant à s’ouvrir sur le marché du travail et à adapter leurs programmes. Enfin, nous allons continuer à offrir des programmes courts de formation-préparation et reconversion avec toute l’agilité pour laquelle EFE-Maroc est aujourd’hui reconnue. Ceci devrait contribuer à une meilleure correspondance compétence/emploi afin que les employeurs actuels et futurs trouvent au Maroc le capital humain dont ils ont besoin.
L’inclusion économique des femmes est un axe important pour vous. Quel le bilan d’EFE-Maroc à ce niveau ?
À ce jour, sur les 78 000 lauréats d’EFE-Maroc et les 200 000 lauréats du réseau EFE sur la région MENA, 54 % sont des femmes. De plus, afin de lever les obstacles que peuvent rencontrer ou percevoir les jeunes femmes tout au long de leur carrière, nous avons développé un module de formation dédié à leur accompagnement. Baptisé « Women Empowerment », ce module vient renforcer la résilience et la détermination de nos jeunes lauréates afin de les aider à mieux se positionner sur le marché de l’emploi et de l’entrepreneuriat.
Comment collaborez-vous avec les autorités ?
La question de l’Emploi est une priorité nationale. C’est ainsi que nous avons le plaisir d’être régulièrement invités à des réunions de discussion et de consultation avec nos partenaires. Ceci comprend bien sûr le Ministère de l’Inclusion Économique, de la Petite Entreprise, de l’Emploi et des Compétences, mais aussi d’autres ministères tout aussi concernés par la question de l’emploi des jeunes tels que le Ministère de l’Industrie et du Commerce, le Ministère de la Transition Numérique ou encore le Ministère de la Transition Énergétique.
Nous avons aussi eu l’occasion d’illustrer cette collaboration lors du sommet régional MENA YES organisé par notre association en octobre 2024 à Casablanca. À cette occasion, nous avons eu le plaisir de recevoir plusieurs ministres venus partager avec nous leurs visions et ambitions pour l’employabilité des jeunes au Maroc et dans la région pour les prochaines années.
Quelles sont les actions mises en place par EFE-Maroc en faveur de la rétention les talents ?
En effet, notre mission au sein de EFE-Maroc ne se limite pas à la formation et l’insertion des jeunes chercheurs d’emploi et futurs entrepreneurs. Nous accordons une grande importance à la mesure et l’évaluation de l’impact de nos programmes. Une équipe dédiée effectue des suivis trimestriels, semestriels et annuels avec nos bénéficiaires afin de veiller sur leur parcours et de mesurer le taux de rétention dans leurs nouveaux emplois. Les résultats sont ensuite analysés par genre, par ville, par secteur d’activité et ceci nous donne des tendances capitales sur lesquelles nous bâtissons notre stratégie d’accompagnement.
Cette stratégie de suivi et évaluation nous a permis aussi de prendre conscience qu’il existe un grand besoin au niveau des entreprises en ce qui concerne l’accompagnement en formation managériale et en culture organisationnelle.
Soucieux de créer un environnement de travail idéal pour maximiser la rétention des jeunes, surtout dans un contexte de « choc » générationnel, nous avons créé en 2022 EFE-Maroc Academy, une entreprise sociale affiliée à EFE-Maroc, dont la mission est d’accompagner les entreprises dans leur plan de formation continue et de préparer les collaborateurs d’aujourd’hui à devenir les managers de demain.
Rida Ançari
Indicateurs clés 2024 de EFE-Maroc
- 6673 jeunes diplômés
- 2830 jeunes insérés
- 98 % de taux de réussite aux diplômes
- 91 % de taux d’insertion à 3 mois
- 95 % de taux d’insertion à 6 mois
- 99 % de taux d’insertion à 6 mois
- 75 % de taux de rétention à 3 mois
