Un maître modeleur à Safi

Depuis près de quarante ans, Abdelkrim Belmaizi continue à perpétuer la tradition du modelage et de la sculpture de l’argile à Safi. Portrait.

Abdelkrim Belmaizi a toujours vécu face à l’Atlantique et son amour pour la poterie et le modelage ne s’est jamais démenti. « J’ai grandi dans une vieille maison, dans un vieux quartier de Safi, qui n’existe plus aujourd’hui. La poterie a toujours été présente dans ma vie. Après avoir terminé ma dernière année au lycée en 1982, j’ai décidé de me consacrer au modelage de l’argile. »

« La cuisson du biscuit »

Safi, chef-lieu du territoire des Abda est également la capitale nationale de la poterie, qui représente d’ailleurs l’activité artisanale la plus importante de la ville. La poterie, la céramique, les zelliges et autres tuiles constituent le patrimoine culturel et touristique de Safi. La poterie est principalement produite dans la Colline des potiers, la vallée Chaâba ou encore le village Sidi Abderrahmane où on retrouve ateliers et fours traditionnels. Elle est commercialisée dans ces mêmes sites. C’est d’ailleurs, à quelques mètres de la porte de Chaâba que se trouve la boutique d’Abdelkrim Belmaizi, qui lui sert également d’atelier de fabrication. « J’ai toujours rêvé de mouvoir dans cet univers, au milieu de ces objets faits de terre et d’argile. » Notre artisan travaille à la main, sans utiliser d’autres supports. Il conçoit ses personnages en s’inspirant des choses de la vie ordinaire et du quotidien. « J’ai forgé mon style tout d’abord en m’inspirant d’autres créateurs. Je suis attiré par le vécu des gens, mais aussi par des événements religieux, comme la crèche de Jésus et ses personnages bibliques. Des pièces dont raffolent les touristes européens. » 

Dans son commerce, Abdelkrim Belmaizi propose des pièces de poterie ou de céramique classiques, mais on y trouve également ses créations, fruit de sa vocation première, le modelage : des pièces figuratives, de cordonniers, d’arracheurs de dents, de scènes de circoncision… « Je crée des pièces légères, creuses de l’intérieur, qui nécessitent une cuisson entre 900 et 1000 degrés. On appelle cela la “cuisson du biscuit”. Aujourd’hui, je suis le seul à pratiquer le modelage à Safi. » La question de la transmission de cet art du modelage de l’argile est une préoccupation majeure chez Abdelkrim Belmaizi. Quand il était vacataire à la Délégation de l’artisanat à Safi, il initiait enfants et jeunes au modelage. Mais, faute d’internat pour ces apprentis originaires de régions éloignées, il était difficile de sauvegarder cette branche, qui a été finalement abandonnée. « Ces apprentis proviennent des villages lointains du territoire. J’ai milité en vain pour l’ouverture d’un internat. » En guise de compensation, il anime dans son magasin, des ateliers au profit des enfants, pour apprendre aux enfants la touche de l’argile et le modelage. « Mon objectif, c’est d’initier ces enfants au travail manuel avec cette belle matière qu’est l’argile. Je leur apprends à modeler de petits tagines ou des animaux comme des serpents, des oiseaux ou des singes. La majeure partie des enfants ne veut plus partir à la fin des ateliers pour ma plus grande joie ». À 68 ans, l’homme continue à créer de nouveaux modèles. Il vit de la vente de ces pièces, mais aussi d’articles de poterie plus classiques. « Les ventes sont saisonnières, durant les vacances quand la ville est visitée par des touristes nationaux et étrangers. » Et c’est surtout sa passion pour l’argile et le modelage qui lui donne encore le courage de continuer… 

                                                                                                          Hicham Houdaïfa

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