Pour se préparer à la CAN 2025 et à la Coupe du Monde 2030, Casablanca se transforme. Cette mutation ne concerne pas uniquement les infrastructures, mais touchera sans aucun doute l’emploi et le tissu économique en général. Cela est une évidence qui saute aux yeux des habitants de la capitale économique du Maroc. Les prochaines échéances footballistiques ont insufflé une transformation qui est déjà visible, vu les innombrables projets de construction, de démolition et de réfection en cours. Elle cache une autre évolution qui se répercutera sans aucun doute sur les chiffres et les données économiques. L’économiste El Mehdi Ferrouhi (voir interview) dissèque cet impact en plusieurs axes principaux, à savoir essentiellement l’investissement, l’emploi, les retombées économiques et le pouvoir d’achat.
« En ce qui concerne l’investissement, la modernisation des infrastructures et le développement des zones logistiques et industrielles renforceront l’attrait de Casablanca pour les investisseurs nationaux et étrangers et encourageront les investissements dans les secteurs industriel et logistique », souligne-t-il.
Entre opportunités d’investissement et pouvoir d’achat
Plus concrètement, l’organisation, d’abord de la CAN 2025 puis de la Coupe du Monde 2030, ainsi que la réhabilitation des stades et des infrastructures associées ont déjà commencé à engendrer des opportunités d’investissement dans une multitude de secteurs, à commencer par le BTP, l’hôtellerie, la restauration et les services touristiques. En outre, la réhabilitation du patrimoine architectural, celui du marché central à titre d’exemple, est capable d’augmenter l’attractivité de plusieurs zones de la ville, avec une incidence favorable sur l’investissement immobilier et commercial.
Les perspectives sont également positives en ce qui concerne l’emploi. « Les projets approuvés permettront la création d’emplois directs et indirects dans tous les secteurs. Concernant le secteur industriel, il faut noter la création d’une société chargée de la gestion de la zone logistique et industrielle de Zenata », poursuit El Mehdi Ferrouhi. Par ailleurs, même s’il est relativement tôt de parler de retombées économiques, l’optimisme est de mise, surtout dans le secteur touristique qui bénéficiera logiquement des flux des visiteurs. Déjà, le Conseil de la commune de Casablanca a adopté une quarantaine de projets stratégiques, tous à vocation touristique (voir encadré p.31). Pour autant, ces transformations seront certainement contrastées en ce qui concerne le pouvoir d’achat. D’un côté, les opportunités d’emploi créées par les différents projets pourraient améliorer les revenus d’une partie de la population, augmentant ainsi leurs revenus. La modernisation des infrastructures et le développement de nouvelles infrastructures pourraient également offrir plus de perspectives professionnelles aux demandeurs d’emploi. D’un autre côté, ces dynamiques risquent d’entraîner une hausse du coût de la vie, un phénomène que l’immobilier illustre clairement. « L’essor du secteur immobilier pourrait générer une augmentation des prix des logements, rendant l’accession à la propriété plus difficile pour les ménages à revenu modeste. De même, la modernisation urbaine et l’attractivité croissante de la ville pourraient pousser à la hausse les prix des services et des biens de consommation courante, notamment dans les zones les plus développées », précise El Mehdi Ferrouhi. BTP ou tourisme, les autres secteurs qui ont du pot À voir le nombre de projets approuvés par les autorités de la ville fin 2024, Casablanca se prépare à renforcer sa vocation touristique, jadis cantonnée dans le segment des affaires. Avec 1,5 million de touristes accueillis en 2024, Casablanca s’apprête à tripler ce chiffre en ciblant 5 millions de visiteurs en 2030. Bien qu’elle ne soit pas une destination touristique classique, Casablanca est la troisième destination nationale, avec seulement 10 % de la capacité litière du royaume. Le plus grand atout de la capitale économique est l’aéroport Mohammed V, le plus important du pays avec presque 11 millions de passagers en 2024. Cette position risque d’être renforcée. S’agissant du secteur du BTP, le nombre de projets s’est visiblement amplifié. Nul besoin d’égrener les chantiers, les démolitions et les constructions en cours, mais la ville s’est transformée en un chantier ouvert. Situé dans la Province de Benslimane, le futur Grand Stade Hassan II est le plus imposant de tous ces projets et nécessitera une desserte de transport afin que la ville y soit connectée convenablement. Le développement du réseau de la LGV à partir de Casablanca vers Marrakech fait aussi partie des projets qui nécessiteront une grande mobilisation de ce secteur. Au niveau national, selon les chiffres officiels, les ventes de ciment ont augmenté d’environ 13 % à fin février, comparativement à la même période de l’année précédente. On comprend facilement pourquoi la métropole, plus précisément l’axe Casablanca-Rabat, se taille la pat du lion des entreprises spécialisées en construction.

Hicham Ait Almouh
