Région Casablanca – Settat : la transformation

El Mehdi Ferrouhi : « L’équilibre entre l’offre et la demande dépendra de la capacité à s’adapter à la transformation en cours »

Interview de El Mehdi Ferrouhi, Économiste, professeur universitaire

La ville de Casablanca connaît une métamorphose apparente, surtout d’un point de vue urbanistique. Quels en seront les impacts les plus évidents ?

Je pense que la métamorphose de la ville de Casablanca, notamment avec les projets structurants en cours, aura des impacts significatifs à plusieurs niveaux. Il convient de rappeler que la majorité des quarante projets approuvés lors de la session extraordinaire du Conseil de la Ville de Casablanca, tenue en novembre dernier, ont un caractère touristique. Quant aux projets approuvés par le Conseil régional de Casablanca-Settat, ils visent principalement à moderniser les infrastructures qui seront exploitées lors de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations 2025, à accélérer le développement économique de la région, à réduire les inégalités et à faciliter l’accès des citoyens aux services de base. Cela inclut en l’occurrence la réhabilitation des stades qui accueilleront les activités programmées en parallèle à la CAN 2025, la réhabilitation des axes routiers reliant le Grand Stade de Casablanca aux provinces de Benslimane et Mohammedia et la création d’une société anonyme chargée de l’aménagement, de la gestion et de la commercialisation de la zone logistique et industrielle intégrée de Zenata. Ces projets auront des impacts positifs sur l’économie de Casablanca et de la région. à s’adapter à la transformation en cours.

Dans le secteur du BTP, le tourisme ou l’immobilier, connaîtront sans aucun doute un grand essor, sans oublier l’impact sur les prix de manière générale. Dans quelle mesure l’équilibre entre l’offre et la demande sera-t-il maintenu ?

L’équilibre entre l’offre et la demande à Casablanca dépendra de la capacité des différents secteurs à s’adapter à la transformation en cours. Dans le secteur du BTP, l’augmentation des chantiers liés à la modernisation des infrastructures et à l’organisation de la CAN 2025 entraînera une forte demande en matériaux et en main-d’œuvre. Si l’offre de ces ressources ne suit pas, les coûts de construction pourraient s’envoler. Également, dans le secteur du tourisme, l’amélioration des infrastructures favorisera une hausse du nombre de visiteurs et de nuitées. Toutefois, si l’offre en hébergement et en services touristiques ne s’accroît pas au même rythme, une pression à la hausse sur les prix pourrait rendre Casablanca plus coûteuse pour les touristes. En ce qui concerne l’immobilier, si l’offre de logements et d’espaces commerciaux reste insuffisante, la spéculation risque d’entraîner une flambée des prix. Ces dynamiques pourraient exercer une pression inflationniste sur l’économie locale. Ainsi, accompagner les investissements et faciliter l’accès au financement pour les entreprises permettront d’assurer un équilibre durable entre l’offre et la demande.

Quel sera l’impact sur le pouvoir d’achat ?

Je pense que l’organisation de la CAN 2025 pourrait également engendrer une inflation temporaire, en particulier dans les secteurs de l’immobilier, des hôtels et de la restauration, du fait de l’afflux de visiteurs et de la demande accrue. Si l’offre en infrastructures et en services ne suit pas cette augmentation de la demande, les prix risquent de monter, affectant ainsi le coût de la vie des résidents. Par conséquent, je peux dire que si la métamorphose de Casablanca peut renforcer le pouvoir d’achat de certains habitants grâce à la création d’emplois et aux opportunités économiques, elle risque aussi d’exercer une pression inflationniste qui pourrait réduire le pouvoir d’achat des ménages aux revenus les plus faibles. La mise en place de mesures d’accompagnement et le renforcement des contrôles resteront essentiels pour maintenir un équilibre et éviter un creusement des inégalités économiques.

Casablanca et la région Casablanca-Settat accaparent une grande partie du marché de l’emploi marocain. Quelle est votre lecture de l’évolution de ce secteur ?

La région Casablanca-Settat domine le marché de l’emploi marocain grâce à son poids économique et industriel. En tant que principal pôle économique du pays, elle concentre une grande partie des activités industrielles, commerciales et financières. L’écosystème éducatif de la région est également un facteur clé de cette dynamique, avec la présence d’écoles d’ingénieurs, d’écoles de commerce et d’universités qui fournissent une main-d’œuvre qualifiée aux entreprises. Avec une population jeune et active, alimentée par l’exode rural et l’afflux de diplômés à la recherche d’opportunités professionnelles, la région bénéficie d’un vivier de talents qui alimente les besoins croissants du marché du travail. En outre, l’écosystème entrepreneurial y est en plein essor, soutenu par des incubateurs qui encouragent l’innovation et la création d’emplois dans les nouvelles technologies. Tous ces éléments font de Casablanca la locomotive du marché de l’emploi marocain, offrant des opportunités diversifiées dans de nombreux secteurs.

Hicham Ait Almouh

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