Un site internet partage les archives de la famille Bouanani. Une mine d’informations sur le cinéma et la littérature, ouverte à la recherche.
C’était un monument de la littérature et du cinéma marocain. Ahmed Bouanani (1938-2011) a laissé des œuvres majeures, dont le film Mirage (1979), le roman L’Hôpital (Al Kalam, 1990, réédité en 2012), et une somme sur le cinéma, La Septième porte (Kulte, 2021). À ses côtés, son épouse Naïma Saoudi, (1947-2012), incontournable costumière, décoratrice, comédienne… Et leur fille Batoul (1969-2003), dessinatrice, collectionneuse de bijoux… En 2006, un incendie ravage leur maison à Rabat. Touda Bouanani, artiste visuelle, s’attelle à la préservation et à la valorisation de l’archive de cette famille où tout le monde est artiste. D’abord avec sa mère, puis avec un collectif de chercheurs et d’artistes, dont Ali Essafi, Omar Berrada, Marie Pierre-Bouthier, Léa Morin, Bouchra Salih, les éditions Kulte… Le site qui a été mis en ligne le 6 février est le fruit de nombreuses années de travail, depuis 2011. Sa constitution en association Archives Bouanani en 2021 lui a permis d’accéder à des soutiens de fondations pour l’art, notamment en Allemagne. L’objectif est de « décloisonner l’archive » en la sortant de la sphère privée pour en permettre « la connaissance, réappropriation et réactivation par une jeune génération ». Une œuvre nécessaire « à la compréhension et à l’écriture du monde présent et à venir ».
Réactiver l’archive
Au cœur du projet, la photothèque, qui présente quelques milliers d’archives numérisées, dont beaucoup de projets inachevés et de pistes restées inexplorées, quand elles n’étaient pas censurées. Le site est d’abord un espace de recherche sur cette archive et sur le cinéma. « Le site est ouvert à la recherche », insiste Touda Bouanani. D’une part, car « il y a encore beaucoup de travail, la documentation n’est pas entièrement numérisée », et parce qu’elle souhaite « travailler avec des étudiants, en cinéma ou autre, pour qu’il y ait des échanges ». Toute une section est dédiée à la recherche, avec des articles de chercheurs, des témoignages, des vidéos de spectacles. Parmi les actions recensées, des projections et des rencontres, surtout sur le cinéma, des résidences d’artistes, des expositions et des performances. La documentation non-film (scénario, photos de plateaux et de tournage, costumes…) apporte un complément remarquable au fond du Centre cinématographique marocain. La bibliothèque du projet contient aussi un fonds important de revues culturelles.
Les Archives Bouanani ont également vocation à publier les inédits d’Ahmed Bouanani, dont beaucoup de romans, de nouvelles et de poèmes sont à découvrir. En projet aussi, les traductions française et anglaise de Widen the Circle : An Obscure Experimentation in North African Avant-Garde Cinema, de Ali Essafi (Sharjah Art Foundation, 2022).
Pour Touda Bouanani, la mise en ligne de ce site est quelque part une libération, qui lui permet de travailler sur d’autres projets. Elle revient notamment sur les traces de Hadi Bensalem, acteur marocain qui a vécu en Tunisie et a tourné dans Tous les autres s’appellent Ali de Fassbinder. « Ça reste une enquête familiale et en lien avec le cinéma ! », s’amuse-t-elle.
Kenza Sefrioui
