Divertissement au Maroc : une offre à développer

Les stades de demain, nouveaux pôles de divertissement au Maroc

La rénovation et la construction de grands stades, dans la perspective de la Coupe du monde 2030, vont doter le Maroc d’infrastructures exceptionnelles. C’est l’opportunité pour le Royaume de développer son industrie du divertissement, sur le modèle américain du «sportainment».

Dans l’optique de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2025, puis la Coupe du monde de football 2030, aux côtés de l’Espagne et du Portugal, le Maroc s’est lancé dans un vaste programme de rénovation de ses grands stades et démarre actuellement la construction du plus grand stade du monde à Casablanca. Le Royaume disposera alors d’infrastructures répondant aux meilleurs standards internationaux. Infrastructures qui pourront également être mobilisées pour l’organisation d’activités de divertissement.

La Sonarges en première ligne

Cette perspective n’a pas échappé à la Société nationale de réalisation et de gestion des équipements sportifs (Sonarges) chargée de mener à bien ces vastes projets. « Sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, le renforcement des infrastructures sportives et la professionnalisation de leurs modes de gestion constituent des priorités extrêmes pour le Royaume du Maroc », déclare Youssef Belqasmi, Président du Directoire de la Sonarges.

Créé en 2008, l’organisme public a vu ses missions grandir au fil du temps. Il gère aujourd’hui 54 installations sportives dans l’ensemble du Royaume, dont les fameux stades. Selon le Président, « la mission de la Sonarges est donc de faire rayonner, sur le plan national, continental et international, les infrastructures sportives et en faire de véritables lieux de sport et de spectacle, accueillant de grands événements sportifs, culturels et artistiques dans les meilleures conditions de sécurité et de confort. »

Améliorer l’expérience des spectateurs

En toute logique, les stades se prêtent d’abord à ce que l’on appelle le spectacle sportif. Ainsi, grâce à ces nouveaux équipements, le Maroc souhaite devenir une référence mondiale dans l’accueil de grandes compétitions et de grands événements sportifs. Après avoir été félicité par la FIFA pour l’organisation de la Coupe du monde des clubs 2022 à Rabat et Tanger, il est évident que le Royaume va encore franchir un palier dans les prochaines années. Manal Rhouat, Directrice marketing et commerciale de la Sonarges, explique que son organisation veille à améliorer « la gestion des rencontres sportives au Maroc, en particulier dans le domaine du football, pour permettre notamment aux spectateurs de bénéficier d’une expérience enrichissante et agréable, favorisant ainsi la croissance et la popularité des événements sportifs dans le Royaume ».

Entrer dans l’ère du « sportainment »

Fort de ce savoir-faire, le Maroc peut alors développer une véritable industrie autour du divertissement sportif, sur le modèle américain du « sportainment » (combinaison de « sport » et de divertissement – « entertainment »). Younes El Hassani et Abderrahim Rharib, chercheurs à l’Université Hassan II, expliquent que « les Américains ont très tôt compris tout le potentiel économique du sport pour en faire une industrie à part entière. Ils ont réussi à transformer le spectacle sportif d’un simple événement de loisir local, en un événement extrêmement attractif pour les médias et pour le grand public en général, et de surcroit, un produit exportable partout dans le monde »*. Et de poursuivre : « Qui parmi nous ne connait pas la NBA, la NFL, la MLB ou encore la célèbre ligue de catch WWE? Ce sont des ligues mondialement connues qui ont misé sur la stratégie d’entertainment afin de se garantir une popularité importante, en dépit du fait que lesdits sports ne sont pas forcément populaires chez le grand public. Le spectacle sportif est produit, voire scénarisé, de manière à offrir aux spectateurs une expérience immersive et spectaculaire, digne des spectacles artistiques les plus stupéfiants. » Dans les faits, ce sont les mêmes fournisseurs et prestataires de service (régisseurs et techniciens d’installation de matériel audio, vidéo et pyrotechnique) qui sont sollicités pour les événements sportifs et pour les concerts de musique grand public. « Ainsi, rappellent les chercheurs, la production des cérémonies d’ouverture et de clôture de la dernière Coupe du monde a été confiée au réalisateur artistique marocain RedOne. » Un choix éga-

lement fait par le Maroc pour produire les cérémonies de la Coupe du monde des clubs en 2022 : « est-ce une nouvelle tendance dans la production du spectacle sportif au Maroc, orientée divertissement ? », s’interrogent Younes El Hassani et Abderrahim Rharib. En tout cas, tous les ingrédients sont là pour développer cette approche dans les stades et offrir toujours plus de divertissements aux spectateurs.

Pas seulement du sport

Au-delà du sport, les stades sont également très prisés à travers le monde pour l’organisation de grands événements de divertissement. Le Stade de France, par exemple, accueille régulièrement d’immenses concerts, mais aussi des spectacles et de grands opéras. Là encore, la Sonarges veut être au rendez-vous, comme l’explique Nada Hantami, du département communication : « En considérant les stades comme des lieux multifonctionnels, nous encourageons l’organisation de concerts, de festivals, de représentations théâtrales et d’autres événements culturels et artistiques. Cette démarche vise à optimiser l’utilisation des infrastructures sportives tout au long de l’année, offrant ainsi aux spectateurs une expérience diversifiée et enrichissante ». La société nationale se positionne ainsi comme un véritable acteur du divertissement, sur l’ensemble du territoire : « En collaborant avec des artistes nationaux et internationaux, la Sonarges participe à l’élargissement du panorama culturel des régions et offre aux citoyens des expériences divertissantes de haute qualité. Ainsi, la Sonarges vise à être un acteur essentiel du développement culturel et du divertissement au Maroc, en permettant l’exploitation du potentiel de ses infrastructures sportives pour des utilisations polyvalentes et dynamiques ».

La billetterie, nerf de la guerre

Pour mener à bien ses ambitions, la Sonarges dispose d’un atout important, puisqu’elle a développé, depuis plus de quinze ans, son propre système de gestion de billetterie, baptisé « Tadakir ». Conçue spécialement pour vendre et gérer les tickets des dizaines de milliers de spectateurs dans chaque stade, la plateforme est notamment utilisée pour les matches de l’équipe nationale et ceux des clubs résidant au sein des stades gérés par la Sonarges.

La possibilité d’acheter facilement des billets en ligne et la bonne gestion des flux de personnes, lors du contrôle des accès aux événements, sont des éléments très importants dans l’expérience des consommateurs. L’expertise de la Sonarges en la matière renforce donc le potentiel du Maroc pour réussir l’organisation de grands spectacles dans ses stades.

* « Le spectacle sportif au Maroc, vers une industrie du divertissement », par Younes El Hassani et Abderrahim Rharib, Université Hassan II, ENCG Casablanca, laboratoire LRPFG, publié sur Hespress le 8 juin 2023.

Thomas Brun

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