Le Rick’s Café : 20 ans de rêve éveillé

Le restaurant casablancais célèbre ses vingt ans avec une riche programmation artistique. Retour sur une histoire originale.

Le 1er mars dernier, le Rick’s Café a rassemblé ses proches pour une soirée de célébration. Il y a en effet vingt ans que la regrettée Kathy Kriger a eu l’idée de transformer deux riads de l’ancienne médina en un restaurant et de lui donner le nom du célèbre bar du film Casablanca. C’est ainsi qu’elle a réussi à ancrer dans la ville ce lieu pensé ailleurs, mais qui fait rêver partout. Pour les touristes qui viennent aujourd’hui du monde entier, nul doute que ce lieu a toujours existé. « Ils vivent un rêve éveillé, il ne faut pas les réveiller », confie Issam Chabâa, le directeur du Rick’s, qui est au piano tous les soirs. « Dans le film Casablanca, le Rick’s n’est qu’un décor. Pourtant il a une réalité dans l’imaginaire des gens. » Aujourd’hui, la référence au film s’estompe, et le lieu se charge d’autres images, d’autres mélodies et surtout d’autres histoires.

Une histoire sans cesse réinventée 

Kathy Kriger elle-même avait raconté son parcours du combattant pour réussir à monter « un “vrai” Rick’s Café ». L’ancienne diplomate reconvertie en femmes d’affaires avait publié Le Rick’s Café donne vie au film légendaire Casablanca, paru chez Senso Unico, en 2014, quatre ans avant sa disparition, un témoignage brut de son expérience de femme étrangère vivant seule dans un pays arabe et musulman, qui, traumatisée par les attentats du 11 septembre 2001, souhaitait œuvrer à faire revivre un esprit cosmopolite, celui du Casablanca des années 1940, mais aussi « les vertus dont [les Américains] avaient su faire preuve, au cours de la Deuxième Guerre mondiale : sacrifice pour le bien général, sympathie pour l’opprimé, volonté de prendre position. » Son Rick’s, devenu plus vrai que la légende, lui avait même valu d’être approchée par un producteur qui avait comme projet de faire un film sur son aventure – ce qu’elle avait refusé cette « tentative inepte de retour à la fiction ».

Pour ce 20e anniversaire, Issam Chabâa a aussi placé les célébrations sous le signe de la relecture de l’histoire. Il a notamment invité dix jeunes Casablancais à s’approprier le lieu, à s’imprégner de son atmosphère, à réfléchir, avec le président de Casamémoire Karim Rouissi, à la notion de patrimoine. Et à le réinventer. Lors d’un atelier d’écriture qui a donné lieu à la publication d’un recueil de dix textes en arabe, anglais et français, le Rick’s Café est tour à tour devenu l’obsession d’un jeune réceptionniste passant ses journées à orienter des touristes vers le lieu mythique et à les consoler s’ils ne peuvent avoir de réservation ; une fête des années folles ; un lieu de rencontres romantiques ; une scène de crime ; un cabaret couvrant les discussions de résistants à l’occupation française sous les voix des divas de l’aïta…

Cet anniversaire sera fêté tout au long de l’année, avec des masterclass animées par de grands musiciens de jazz venus de New York, un concours d’affiches, un festival de films noirs avec Humphrey Bogart et Ingrid Bergman pour revisiter cette veine de films hollywoodiens, etc. Bref, « the legend continues »… Toutes les informations sur le site du Rick’s Café (www.rickscafe.ma

Kenza Sefrioui

Crédits photo : Ricks Café

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