Dr Othmane El Harmouchi, Chargé de mission auprès du Chef du Gouvernement, en charge de la santé
La santé est au cœur du chantier de la généralisation de la protection sociale : quels sont les principaux défis à relever par le Gouvernement pour la rendre véritablement accessible à tous les Marocains ?
En alignement avec les orientations royales et les recommandations du Nouveau Modèle de Développement, et en vue de capitaliser sur les enseignements tirés de la crise du Covid-19, le Gouvernement s’est engagé à renforcer les piliers de l’État social. Il a ainsi veillé à poser en priorité les fondements d’une transformation socio-économique majeure, portée par les deux réformes hautement prioritaires : la généralisation de la protection sociale et la refonte du système national de santé, qui constitue un préalable pour réussir ce pari.
En effet, conscient de l’importance de répondre aux attentes de tous les citoyens, et tenant compte de l’effet de la généralisation engagée sur le renforcement de la demande en soins, le Gouvernement a également lancé en parallèle le chantier de la refonte du système national de santé. L’objectif est de garantir une offre de soins renforcée et améliorée, en travaillant notamment sur les défaillances persistantes dont elle pâtissait telles que le manque chronique en personnel de santé, l’insuffisance des infrastructures ou encore l’obsolescence de certains équipements de santé. Citons aussi les ressources budgétaires limitées appelant à un effort de rationalisation et de mutualisation, ainsi que les fortes disparités territoriales qui nécessitent des réponses spécifiques et ciblées, favorables à l’égalité de l’accès aux soins au niveau territorial.
C’est donc pour relever ces défis que le Gouvernement s’est lancé dans le déploiement de la nouvelle stratégie de refonte du système national de santé, centrée sur le service rendu aux patients.
Quels sont les principaux volets de cette stratégie ?
Cette stratégie s’articule autour de quatre piliers fondamentaux. Le premier concerne la gouvernance. L’objectif est de la rendre plus efficiente afin de coordonner le parcours de soins au niveau régional en vue de lutter efficacement contre l’encombrement des hôpitaux, le phénomène des « fausses » urgences et la rallonge des rendez-vous.
Le 2e pilier est dédié au personnel de santé, qui sera renforcé et mieux valorisé. Il vise à rendre plus attractif l’exercice de la fonction sanitaire dans notre pays, notamment au sein des structures publiques, et ainsi à lutter efficacement contre la fuite des compétences vers l’étranger et la persistance des déserts médicaux. Le 3e pilier concerne quant à lui les infrastructures de santé publique. L’objectif est de les mettre à niveau et de les rendre plus attractives, en tirant un meilleur profit de la généralisation de l’AMO, ce qui permettra d’assurer la soutenabilité de leurs investissements à long terme. Enfin, le 4e pilier est consacré à la digitalisation généralisée du système d’information hospitalier, pour le regroupement, le traitement et l’exploitation du dossier
médical des patients, ainsi que le recours aux nouvelles technologies (notamment la télémédecine) pour rapprocher davantage l’accès aux soins des citoyens.
Les ex-bénéficiaires du Ramed sont désormais intégrés à l’AMO : quel bilan dressez-vous de cette étape prépondérante du chantier ?
Le 1er décembre 2022, l’ensemble des bénéficiaires du Ramed a en effet été basculé vers l’AMO Tadamon. Aujourd’hui, ils sont 9,9 millions à en bénéficier. On note que, depuis le basculement, la proportion d’assurés principaux et ayants droit AMO Tadamon concernés par la consommation médicale dépasse les 10 %. Le coût moyen par dossier remboursé s’élève à environ 700 dirhams et le coût moyen par consommateur, à près de 1 500 dirhams.
À ce stade, deux principaux enjeux sont actuellement au centre des travaux relatifs à ce chantier. D’une part, il s’agit de consolider les efforts menés en vue d’inscrire au niveau du Registre social unifié (RSU) l’ensemble des anciens bénéficiaires du Ramed et des nouveaux demandeurs de l’AMO Tadamon pour garantir la fiabilité du ciblage et la légitimité des bénéficiaires.
D’autre part, le recouvrement des cotisations des adhérents à la partie contributive du régime doit être amélioré afin d’en assurer la pérennité à moyen et long terme.
L’AMO étant généralisée, comment la rendre à présent plus satisfaisante pour les bénéficiaires ?
En vue de renforcer la satisfaction des assurés AMO, suite à sa généralisation, le Gouvernement a veillé à mettre en place toute une batterie d’actions.
Il s’agit, par exemple, de garantir une révision régulière de l’offre de couverture associée au régime, de la rendre plus riche et attractive, et de s’assurer qu’elle soit en phase avec les avancées médicales et les besoins effectifs de la population.
À cet effet, la stratégie de refonte du système national de santé a introduit la création d’une Haute Autorité de Santé (HAS) qui se chargera de ce volet important. Elle permettra de garantir l’agilité des prestations
offertes en fonction de l’évolution des besoins des citoyennes et citoyens marocains.
Plus largement, il est aussi question d’assurer l’accessibilité, la disponibilité, et la qualité des services de santé, en veillant à la répartition équitable de l’offre de soins sur l’ensemble du territoire national ainsi qu’à la réduction des délais d’attente pour les consultations et les traitements. Pour ce faire, le Gouvernement a opté pour une gouvernance régionale du secteur sanitaire, basée sur un Programme médical régional (PMR) qui sera le garant de l’équité territoriale intrarégionale en termes d’offre de soins.
La problématique des déserts médicaux semble épineuse : comment déployer plus de médecins sur le territoire ?
La lutte contre les déserts médicaux ainsi que la garantie du déploiement suffisant et équitable du personnel de santé sur l’ensemble du territoire national sont des enjeux importants pour assurer un accès équitable et
de qualité aux soins de santé pour l’ensemble des citoyennes et citoyens marocains.
Conscient de cette problématique épineuse du système national de santé, le Gouvernement a prévu, dans le cadre de la nouvelle stratégie y afférant, le Programme de renforcement de la densité du personnel de santé sur la période 2022-2030. Ce programme a fait l’objet d’une convention-cadre signée en juillet 2022, dont le déploiement est attribué aux autorités gouvernementales respectivement chargées de la santé, de l’enseignement supérieur et des finances. Ainsi, cette mesure permettra d’améliorer la densité du personnel de santé et de dépasser à horizon 2025 le seuil minimal recommandé par l’OMS, à savoir de 2,3 professionnels de santé pour 1 000 habitants, puis d’atteindre la norme internationale de 4,5 professionnels de santé pour 1 000 habitants à l’horizon 2030.
Par ailleurs, des mesures complémentaires ont également été prises, telles que l’introduction d’incitations financières au profit des médecins, avec notamment des primes d’éloignement pour encourager ces professionnels à travailler dans les régions reculées. Enfin, nous comptons aussi sur l’appui des nouvelles technologies de communication pour généraliser la télémédecine au niveau national, en vue de permettre aux médecins de fournir des consultations à distance et des soins médicaux virtuels, au profit des populations de l’ensemble des régions, y compris au niveau des zones isolées.
Entretien réalisé par Thomas Brun
