Eaux et forêts au Maroc

Forêts de l’Atlas : la cédraie en danger !

Selon l’UNESCO, le massif de l’Atlas abrite les trois quarts de la population mondiale de cèdres. Une richesse menacée par le réchauffement climatique, mais aussi par le surpâturage et l’abattage clandestin.

Le cèdre de l’Atlas fait l’actualité des réseaux sociaux. Régulièrement, des vidéos publiées, notamment dans des pages écologiques, font état de coupes de bois sauvage et illicite touchant cet arbre noble. Certains n’hésitent pas à affirmer, photos à l’appui, qu’il s’agit de l’œuvre d’une mafia organisée. D’ailleurs, dès 2013, l’Union internationale pour la conservation de la nature a placé le cèdre de l’Atlas dans la liste rouge des espèces menacées de disparition. Pourtant, la cédraie de l’Atlas fait partie depuis mars 2016 du Réseau mondial des réserves de biosphère par décision du Conseil international de coordination du programme de l’UNESCO. L’instance onusienne précisait alors que « cette réserve de biosphère, qui se situe au centre du massif de l’Atlas, abrite le majestueux cèdre de l’Atlas et concentre près de 75 % de la population mondiale de cet arbre et que cette partie du massif de l’Atlas est riche en écosystèmes. »

Ces peuplements de cèdre s’étendent sur environ 133 000 hectares qui englobent les parcs nationaux d’Ifrane, de Khénifra et en partie celui du Haut Atlas oriental. Une réserve considérable de bois noble, reconnu par ses nombreuses qualités notamment dans la fabrication de meubles haut de gamme, mais aussi par son huile essentielle aux multiples vertus médicinales et cosmétiques. L’arbre joue surtout un rôle très important dans la préservation d’un précieux patrimoine : celui de la biodiversité.

La cédraie de l’Atlas est tout d’abord menacée par le facteur climatique avec un réchauffement et un cycle de sécheresse de plus en plus long. Une sécheresse synonyme d’une augmentation d’insectes nuisibles pour cet arbre. Ensuite, elle est fragilisée par l’intervention des êtres humains à travers l’activité des éleveurs qui investissent la forêt à la recherche de nourriture pour leur bétail, ce qui représente une pression de plus sur cet espace déjà dégradé.

Enfin, et c’est ce qui constitue aujourd’hui une véritable menace pour cette forêt, il y a l’abattage clandestin. En fait, des opérations d’élagage forestier sont régulièrement organisées par le département des Eaux et Forêts, « soit par la suppression de branches et de bourgeons pour améliorer le tronc, et de dépressage, pour valoriser la croissance du tronc et de l’ensemble des branches », et ce, pour préserver la population de cèdres

« Ces parcelles de forêt font l’objet d’adjudications publiques dans lesquelles peuvent soumissionner des entrepreneurs privés ou des coopératives locales. Ces coopératives signent régulièrement des partenariats avec le département des Eaux et Forêts pour la coupe d’arbres, en qualité d’ayant droit », peut-on lire dans le texte « Trafic du cèdre au Moyen Atlas : enquête sur une longue agonie », parue dans l’ouvrage Maroc : justice climatique, urgences sociales (En Toutes Lettres, 2021). Mais cette opération ne représente qu’une toute petite partie de l’abattage qui sévit dans la cédraie de l’Atlas. « Le braconnage représente ici une activité très lucrative pour les jeunes de la région. Grâce à la permissivité des autorités, les trafics de bois de chêne et de cèdre constituent une activité de subsistance pour les jeunes braconniers. En effet, la coupe illégale et l’acheminement clandestin du bois sont les activités les moins lucratives dans la chaîne de valeur de ce commerce parallèle. D’après les données du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), la densité du bois de cèdre est de 0,51 à un niveau d’humidité de 12 %. Si un mulet adulte peut aisément supporter une charge de 150 kilos, cela signifie qu’une cargaison de bois de cèdre transportée à dos de mulet peut atteindre un volume de 0,3 m3. Au marché noir, chaque cargaison est vendue à un prix oscillant entre 200 et 400 dirhams, en fonction de la qualité du bois, de la coupe, etc., nous expliquent plusieurs personnes rencontrées dans les lieux. Le bois est ensuite revendu par les grossistes ou les intermédiaires à un prix allant de 2 000 à 15 000 dirhams le mètre cube, selon qu’il s’agisse du tronc ou de la branche, qu’il présente ou non un nœud, etc. C’est donc 3 à 11 fois le prix de vente pratiqué par les petits délinquants », peut-on également lire dans cette même enquête réalisée par Amine Belghazi et Mohamed Sammouni. Des arbres centenaires subissent ainsi la loi de l’abattage illégal. Une véritable menace pour l’équilibre écologique et la biodiversité de ce territoire unique du Maroc.

Younes Baâmrani

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