Connu principalement pour son huile très demandée, l’arganier est le seul arbre à assurer trois fonctions majeures, environnementale, économique et sociale. Les forêts d’arganier sont néanmoins touchées par un dérèglement climatique de plus en plus marqué.
Inscrit en 2014 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO, puis en 2018 comme système du patrimoine agricole mondial par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), une journée internationale lui est dédié par l’ONU chaque 10 mai depuis deux ans. Il s’agit bien sûr de l’arganier, l’arbre le plus célèbre au Maroc.
Premier producteur d’argan
Très résistant, l’arganier peut faire face à des températures extrêmes et s’adapter à des pluviométries modestes. En raison de l’augmentation certaine des températures dans les années à venir, l’arganier est un des remparts les plus importants pour lutter contre la désertification, d’autant plus que les forêts d’arganier sont toutes situées dans le Sud du pays.
Dans ces régions-là , l’arganier joue un autre rôle écologique majeur, celui de la conservation des sols et de la lutte contre l’érosion. C’est pour ces raisons et bien d’autres qu’en décembre 1998, l’Arganeraie a été déclarée par l’UNESCO première réserve de biosphère du Maroc sur une superficie de 2,5 millions d’hectares environ. Elle s’étale sur les provinces et préfectures d’Agadir Ida Outanane, Inzeguane Aït Melloul, Chtouka Aït Baha, Taroudant, Tiznit et Essaouira.
Son apport à l’économie n’est plus à prouver. Le Maroc produit entre 4 000 et 6 000 tonnes d’huile d’argan, une huile qui est utilisée pour ses vertus cosmétiques et culinaires. 1 000 à 1 500 tonnes sont exportées chaque année, faisant du Maroc le premier producteur mondial d’huile d’argan. Selon l’Agence nationale de développement des zones oasiennes et de l’arganier (Andzoa), non seulement les exportations de la filière arganière ont augmenté, mais également leur prix moyen à l’export.
« Les quantités expédiées en 2012 se limitaient à 871 tonnes pour une valeur de 132 MDH. En 2021, les exportations de l’huile d’argan sont de 1 200 tonnes, mais valorisées à 314 MDH. Et ce n’est qu’un début : dans la stratégie Génération Green, l’objectif est d’en exporter 5000 tonnes à horizon 2030 », confiait à La Vie Éco Malika Yaakoubi, Directrice de l’Andzoa, dans un entretien paru en janvier dernier.
Enfin, des centaines de milliers de familles vivent de l’arganier et de ses produits (noix d’argan et son huile). L’arganeraie est également un espace important pour les troupeaux, notamment les chèvres qui se nourrissent de son feuillage. Quant aux femmes de la région, l’arganier a été un facteur d’autonomisation et représente ainsi une source non négligeable de revenus.
Le fruit de l’arganier et surtout son huile a permis la constitution de centaines de coopératives, 800 au total, avec une présence majoritaire de la gent féminine. Renforçant l’économie sociale et solidaire partout au Maroc, ces coopératives ont toutefois fait face à des problèmes structurels ces dernières années. Dans une note publiée en février dernier, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) précise que « la sécheresse, qui frappe de plein fouet l’arboriculture de l’arganier depuis quatre années déjà , met à rude épreuve la survie de certaines coopératives.
Plusieurs d’entre elles enregistrent actuellement une baisse d’activité et ne sont plus en mesure de produire assez de revenus pour les femmes rurales ». L’arganier est encore plus fragilisé. Le rapport du Giec de février 2022 relève « une diminution de 32 % de l’habitat convenant à l’Argania spinosa [le nom scientifique de l’espèce] dans certains scénarios au Maroc, conséquence du dérèglement climatique. »
Les pouvoirs publics semblent être conscients de ces problèmes. Créée en 2004, la Fondation Mohammed VI pour la recherche et la sauvegarde de l’arganier Å“uvre depuis près de 20 ans « à protéger cet arbre, préserver l’économie locale liée à la culture d’huile d’argan et sensibiliser les populations locales », à travers des actions visant la population locale et des campagnes de plantation d’arganiers. Pour sa part, l’Andzoa a lancé récemment sa nouvelle stratégie 2022-2030 qui « s’articule autour de trois axes principaux : le renforcement du système écologique de l’arganier, l’amélioration des conditions de vie des populations à travers l’accompagnement des efforts consentis dans les principaux domaines (enseignement, santé, désenclavement…), et l’économie solidaire en milieu rural pour la stabilisation des habitants. »
Younes Baâmrani
