Deux podcasts pour faire lire

L’une plonge dans les livres, l’autre explore avec les auteurs les méandres de leur œuvre. Loubna Serraj et Driss Jaydane font du podcast un plaidoyer pour la lecture.

« Les livres et moi, c’est une vieille vieille histoire d’amour qui, contrairement à ce que chantent les Rita Mitsouko, ne finit pas mal ! Enfin… je crois ?! Du moins, j’espère… Bref, les livres donc ! Vous l’aurez compris ! Mais pas n’importe lesquels… Spécialement ceux qui me font tourner la tête, le cœur ou les deux ! » Depuis février 2025, avec « En roue livres », Loubna Serraj nous donne rendez-vous deux fois par mois pour nous présenter en 12-15 minutes ses coups de cœur, des classiques comme 1984 de Georges Orwell ou Belovedde Toni Morrison jusqu’aux contemporains, comme La petite femelle de Philippe Jaenada (le parrain du podcast), Les années Lamalif de Zakya Daoud, ou Le caprice de vivre de Jadd Hilal. Elle y célèbre les littératures marocaine et d’ailleurs, écrites ou traduites en français. Après une saison en autodidacte, l’écrivaine, blogueuse et ancienne chroniqueuse radio, s’associe au studio casablancais Les Bonnes Ondes : le podcast s’enrichit d’interviews avec les auteur ices invité es, de créations sonores pour les lectures immersives et d’habillages propres à chaque épisode. « Je veux démonter l’idée que les livres seraient un produit de luxe et proposer un pas de côté pour faire découvrir des publications éclectiques, populaires ou classiques », explique Loubna Serraj, qui est heureuse de la liberté que donne le podcast (« enfin on n’est pas obligés de mettre des “biiips” ! »), et rêve d’attirer les lecteurs vers des livres hors des sentiers battus. Pitch de l’histoire, lecture d’extrait, interview de l’auteurice, discussion sur les questions soulevées… l’ensemble est dynamique, attractif et capte une audience au-delà du Maroc. Cette année, Loubna Serraj entend développer des « hors saison », avec notamment un temps spécial dédié à trois œuvres de Driss Chraïbi pour le centenaire de sa naissance.

Des œuvres, des auteurs

Toute autre démarche que celle de « Culture en scène », que produit le Groupe Le Matin. L’atmosphère est classique, feutrée, comme le serait une émission télévisée nocturne. Il s’agit ici de conversations de longue ampleur, entre 48 minutes et 1 h 30, filmées par quatre caméras dans le cosy cinéma Ritz à Casablanca, gracieusement mis à disposition par Hassan Belkadi. L’écrivain et chroniqueur Driss Jaydane accueille une fois par mois des personnalités du monde de la culture (littérature, arts, etc.) dont l’œuvre est déjà étoffée. La première, en octobre dernier, a accueilli Driss Ksikes, dramaturge, essayiste et romancier. Il a été suivi dans ces lieux par l’islamologue et écrivain Rachid Benzine, puis par la psychiatre, anthropologue et éditrice Rita El Khayat, qui s’est prêtée au jeu de l’abécédaire. « J’invite des personnes que j’aime et je respecte – le tutoiement est de rigueur – sur le mode de la conversation continue, non polémique », explique Driss Jaydane, qui se réjouit des vues sur les réseaux sociaux : « plus de 200 000 pour le reel Instagram ! » Certes, l’émission est en français, mais, insiste-t-il, « c’est un élitisme de proximité, on s’exprime dans une langue claire et les sujets touchent beaucoup de monde ». Il envisage également de recevoir des invités de langue arabe, et que les épisodes soient sous-titrés en arabe et anglais. Le seul prérequis est que les auditeur ices s’intéressent aux livres et à la culture et aient envie d’écouter pendant une heure…

Avis aux amatrices et amateurs et restez à l’écoute !

Kenza Sefrioui

Loubna Serraj, « En roue livres », l’épisode sur Le caprice de vivre de Jadd Hilal (Elyzad, 2023) 

Driss Jaydane, « Culture en scène », l’épisode avec Driss Ksikes.

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