Eaux et forêts au Maroc

L’investissement dans les infrastructures hydrauliques et vertes, une priorité pour le Maroc

En novembre 2022, la Banque mondiale publie le rapport « Maroc – Rapport Climat et Développement », le premier dédié à un pays de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA). Dans ce document, l’institution financière recense les principaux moyens de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) et les vulnérabilités climatiques, en mettant en évidence les coûts et les difficultés liés à ces actions, ainsi que les avantages et possibilités qui en découlent. Éclairage.

«  Une diminution de 25 % de la disponibilité en eau dans tous les secteurs de l’économie marocaine, conjuguée à une baisse des rendements agricoles due aux dérèglements du climat, pourrait réduire le PIB de 6,5 % », peut-on lire sur le dernier rapport Climat et Développement (CCDR) publié par la Banque mondiale en novembre 2022. En effet, le Maroc est considéré comme une zone à haute vulnérabilité climatique. Les sécheresses, de plus en plus fréquentes et sévères, et les inondations, dont les pertes directes moyennes sont estimées à 450 millions de dollars par an, sont une source majeure de volatilité macroéconomique et une menace pour la sécurité alimentaire. La situation risque encore de s’aggraver puisque cette pénurie d’eau pourrait influer sur presque tous les aspects du développement socioéconomique futur du pays.

Aussi, un des messages clés du rapport est : « Investir maintenant dans l’action climatique procurera d’importants bénéfices au Maroc, en permettant de créer de nouveaux emplois, de redynamiser les zones rurales et de transformer le pays en un pôle industriel vert tout en l’aidant à atteindre plus largement ses objectifs de développement ». L’institution financière chiffre à environ 78 milliards de dollars en valeur actuelle le montant total des investissements nécessaires pour ancrer solidement le Maroc sur une trajectoire de résilience et un objectif bas carbone à l’horizon 2050. Cela permettra ainsi de créer un environnement attractif pour les investissements étrangers directs et un centre d’exportations, en plus de stimuler la croissance économique.

Trois enjeux prioritaires, en soutien à une action climatique urgente, ont été identifiés : lutter contre la pénurie d’eau et les sécheresses, notamment dans le contexte du nexus eau-agriculture ; améliorer la résilience aux inondations afin de préserver les économies et les moyens de subsistance urbains et côtiers ; et décarboner l’économie en envisageant une trajectoire visant une neutralité carbone d’ici 2050. Le rapport se penche également sur les enjeux transversaux considérés comme des catalyseurs essentiels à la mise en œuvre de ces axes prioritaires : le financement privé et public, la gouvernance et la transition équitable.

Investir dans de nouvelles infrastructures tout en rationalisant l’eau

Selon le rapport de la Banque mondiale, « L’investissement dans les infrastructures est une condition nécessaire, mais non suffisante pour relever le défi de la pénurie d’eau, et un changement de paradigme est nécessaire. Le Maroc a présenté un ambitieux plan d’investissement dans l’eau pour la période 2020-2050 (Plan national de l’eau ou PNE), qui vise à combler l’écart entre l’offre et la demande. Le présent rapport souligne que, compte tenu de la grande vulnérabilité du Royaume aux sécheresses et à la pénurie d’eau, l’investissement dans les infrastructures hydrauliques apporte des bienfaits économiques et doit rester une priorité. Mais, sur la base de l’expérience internationale et de nombreuses études, il fait également valoir que ces bienfaits ne se manifesteront pleinement que si le développement des infrastructures est associé à des interventions « soft », telles que la gestion de la demande en eau, la gouvernance de l’eau et des actions visant à modifier les comportements. »

Une approche conforme au nouveau modèle de développement, qui recommande de mettre en place une tarification reflétant la valeur réelle de la ressource et incite à la rationalisation des usages et à la gestion de sa rareté. Pour améliorer la résilience face aux inondations, selon les estimations du rapport, un niveau optimal d’investissements dans la gestion du risque de catastrophe permettrait de couvrir l’équivalent de 15 à 20 % des pertes moyennes annuelles, soit un montant annuel d’investissement moyen compris entre 67 et 90 millions de dollars. Sur le volet décarbonisation de l’économie à l’horizon 2050, le rapport met l’accent sur la réduction de la dépendance aux combustibles fossiles et le déploiement massif de l’énergie solaire et éolienne.

D’après ses projections, plus de 85 % de l’électricité pourrait être produite à partir d’énergies renouvelables d’ici 2050, contre 20 % en 2021. Avec, à la clé, la création d’au moins 28 000 emplois nets par an (soit 140 000 emplois en cinq ans) dans les seuls secteurs des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique.

Les gains sur le front de l’emploi pourraient même être supérieurs en tenant compte du développement de l’hydrogène vert, de la mobilité électrique ou d’autres investissements industriels verts. Le rapport évalue ainsi à environ 53 milliards de dollars le coût de la décarbonation au cours des trois prochaines décennies, sachant que ces investissements seront en grande partie pris en charge par le secteur privé, sous réserve de la mise en œuvre de politiques sectorielles adaptées. Enfin, en matière d’atténuation et d’adaptation, les besoins d’investissement nécessiteraient environ 23,3 milliards de dollars d’ici 2030 (dont les deux tiers consacrés à l’adaptation), 25 milliards de dollars entre 2031 et 2040, et 29,5 milliards de dollars entre 2041 et 2050. Les investissements pour les besoins d’adaptation sont particulièrement importants dans les zones rurales, où les changements induits par le climat (baisse de la quantité d’eau disponible et des rendements agricoles) pourraient conduire à l’exode de plus de 1,9 million d’habitants (soit environ 5,4 % de la population totale du pays) d’ici 2050. Selon la Banque mondiale, le choix d’une trajectoire résiliente et bas carbone ne compromettrait pas la stabilité macroéconomique du Maroc. Au contraire, le PIB et la croissance seraient plus élevés qu’en cas d’inaction.

Dounia Z. Mseffer

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