La lecture des statistiques relatives aux échanges commerciaux entre le Maroc et la France montre une dynamique stable et pérenne malgré les remous politiques.
Crédits photo : Driss BenMalek pour la MAP
S’il est vrai que l’Espagne est le premier partenaire commercial du Maroc depuis une douzaine d’années, les relations économiques entre le Maroc et la France sont beaucoup plus anciennes et plus enracinées. En 2023, les échanges de biens entre ces deux pays ont atteint un niveau inouï de 14,1 milliards d’euros, dominés par les produits agricoles et les véhicules automobiles.
Ce chiffre record représente une augmentation annuelle de 5%, selon les statistiques fournies par le Service économique régional (SER) de la Direction générale du Trésor au Maroc. . Pour Vincent Toussaint, Chef du SER, cela hisse la relation commerciale à des niveaux comparables à celle entre la France et de grands pays émergents, comme l’Inde. De plus, ces échanges, qui ont doublé en l’espace de huit ans, sont équilibrés et seraient même un brin en faveur du Maroc si on ne prend pas en compte le paramètre de la réexportation des entreprises françaises installées dans le Royaume.
Par ailleurs, pour emprunter une expression utilisée par l’économiste marocain Ahmed Azirar, les statistiques relatives aux échanges commerciaux entre le Maroc et la France présentent « plusieurs superlatifs ». Pour la France, le Maroc est le premier partenaire commercial africain. Il occupe en outre la deuxième position dans la région ANMO (Afrique du Nord et Moyen-Orient), derrière la Turquie. En 2023, 20,3% des exportations marocaines ont été destinées à la France, ce qui en fait le deuxième client du Royaume. Dans l’autre sens, 10,6% des importations marocaines proviennent de la France, troisième fournisseur du Maroc.
La France, premier investisseur et bailleur de fonds au Maroc
En ce qui concerne les devises, les chiffres sont encore plus parlants. Trois statistiques font de la France un partenaire de premier plan en tant que pourvoyeur de réserves de change, prérequis indispensable pour le financement.
La France est tout d’abord le pays d’où émane un tiers des transferts financiers des MRE. Ces derniers ont atteint, selon l’Office des Changes, 115,3 milliards de dirhams en 2023, un chiffre en hausse de 4,1% par rapport à une année auparavant. Ensuite, les voyageurs français ont apporté au Maroc un tiers de ses recettes touristiques qui se sont élevées au total à 104,7 milliards de dirhams en 2023, soit 7,2% du PIB national. Enfin, un tiers des Investissements Directs Étrangers (IDE) au Maroc provient des entreprises françaises, sans compter les entreprises créées par les Français installés dans le Royaume.
À juste titre, ces IDE représentent un énième indicateur de la bonne santé des relations économiques entre les deux pays. En fait, si la France est le premier investisseur étranger au Maroc, le Royaume occupe quant à lui la position de premier investisseur africain en France, avec un total de 1,8 milliard d’euros investis en 2023 selon le SER.
Par ailleurs, le Maroc compte 952 entreprises françaises, actives essentiellement dans les secteurs de l’industrie (39%), l’immobilier (30%), la finance (6%) et le tourisme (6%). Elles emploient, selon le SER, environ 150 000 employés, considérés comme « qualifiés ».
En matière de coopération, la France détient environ 12% de la dette extérieure marocaine. C’est ainsi le premier bailleur bilatéral au Maroc opérant à travers différents instruments financiers et de coopération. Des organisations telles que le Groupe AFD, Bpifrance, le Prêt du Trésor ou encore le FASEP (Fonds d’études et d’aide au secteur privé) sont les principaux acteurs de cette dynamique.
Hicham Ait Almouh
3 questions à Jean-Charles Damblin, Directeur Général de la CFCIM

« Le Maroc est beaucoup plus d’un simple client de la France »
Les relations économiques entre le Maroc et la France sont pérennes malgré les perturbations. Qu’est-ce que cela implique ?
En fait, cela prouve une chose. Le volet économique et le volet politique sont deux choses qui peuvent être séparées. Les entreprises, elles, ne sont pas forcément concernées par les contraintes ou les mésententes politiques. Il faut aussi souligner l’évolution constante des échanges depuis maintenant une dizaine d’années et les chiffres le démontrent. Les échanges commerciaux entre les deux pays et la balance commerciale sont également équilibrés. Cela prouve que les relations économiques entre les deux pays sont fortes et qu’elles ne sont pas influencées par les périodes de froid.
Les échanges entre les deux pays n’ont-ils pas besoin de davantage de diversification ?
Il devrait y avoir plus de diversification, mais pas de changement total en ce qui concerne les secteurs industriels classiques où se font les échanges, comme l’automobile qui a une place importante. Je crois que de nouveaux secteurs apparaîtront et prendront davantage d’ampleur d’ici quelques années. Je pense en particulier aux secteurs de l’énergie et de la santé.
Je pense que ces secteurs d’activité seront au cœur – non pas du renouveau – mais du remodelage de la relation économique France-Maroc. Il y aura sans aucun doute une consolidation autour de l’automobile, de l’aéronautique et de l’agroalimentaire. Ces secteurs font déjà l’objet d’échanges commerciaux et de coopération solides entre les deux pays.
Les IDE se développent également…
Oui. Les IDE augmentent surtout dans le domaine de l’immobilier. Il y a aussi beaucoup d’industries qui commencent à attirer les investissements français. À ce sujet, je souhaite préciser que ce sont des industries françaises qui s’implantent au Maroc, avec l’objectif de rapatrier leur production vers la France. L’implantation au Maroc de ces industries, qui étaient auparavant implantées en Asie, permettra d’augmenter les échanges entre les deux pays. L’exemple le plus classique est celui de la transformation au Maroc de câbles nus français en de faisceaux de câbles qui démontre la valeur ajoutée de la coopération entre les deux pays. Le Maroc n’est pas un simple client de la France. C’est un partenaire avec lequel la France a une relation économique équilibrée. D’ailleurs, il existe un déficit commercial en défaveur de la France.
