Tout en s’appuyant sur une base économique solide, les relations économiques entre le Maroc et la France sont impactées par la politique.
Crédits photo : Driss BenMalek, MAP
Après la visite d’État au Maroc du Président français Emmanuel Macron du 28 au 30 octobre dernier, la relance de la relation d’amitié entre les deux pays a été actée. La reconnaissance, à cette occasion, par la France de la souveraineté du Maroc sur ses Provinces du Sahara, les relations entre les deux pays sont revenues au beau fixe. Ces gestes politiques d’une grande symbolique viennent en effet mettre fin aux perturbations qui ont affecté l’entente entre les deux pays au cours des dernières années. Mais ces tensions ont-elles affecté les relations économiques et les échanges commerciaux ? Les chiffres, surtout la dynamique de l’augmentation constante des échanges sur une dizaine d’années, disent le contraire.
Toutefois, à court terme, il vrai que les perturbations politiques ont freiné l’élan habituel et historique des relations. « Ceci a entraîné un attentisme qui s’est instauré pendant deux années, qui font en plus suite à la période de la COVID-19 », souligne l’économiste Ahmed Azirar.
Dans le détail, la question du durcissement de l’octroi des visas a brouillé davantage l’horizon. « Ceci a gêné les étudiants marocains, première colonie estudiantine étrangère en France et a perturbé les hommes d’affaires, les touristes marocains et les familles », poursuit Ahmed Azirar. Maintenant, « l’ambiance n’a heureusement jamais dépassé les limites correctes requises », estime-t-il. Et de conclure : « ce qui est sûr, c’est qu’il faut travailler en profondeur pour transformer le partenariat et dans sa substance et dans sa méthode. Surtout qu’il y a de la concurrence ».
Dernière perturbation en date, la décision en appel de la Cour de justice européenne contre les Accords Maroc-UE de 2019 sur la pêche et l’agriculture. Selon le professeur Ahmed Azirar, même cette décision « brouille certaines pistes, le partenariat maroco-européen est stratégique et ne concerne pas uniquement le commerce et la finance ». De son côté, Nasser Bourita, Ministre des Affaires étrangères du Maroc, a qualifié cette décision de « coup d’épée dans l’eau qui n’a suscité aucune réaction de la part des Nations Unies… Au niveau des relations entre le Royaume du Maroc et l’Union européenne, cette décision est isolée », a-t-il déclaré le 8 octobre dernier.
Une nouvelle concurrence
Les approvisionnements commerciaux du Maroc sont dominés à 49,6% par l’Union européenne. Cela étant dit, d’autres pays sont parvenus à concurrencer l’UE, en l’occurrence la Chine qui a occupé la position du deuxième fournisseur du Maroc en 2020, 2021 et 2023. D’autre part, en 2022, le Maroc a exporté 40% de sa production d’engrais vers l’Inde et le Brésil.
Ces pays constituent-ils une concurrence sérieuse pour la France et l’Union européenne ? Vincent Toussaint, chef de Service économique régional (SER) de la Direction générale du Trésor au Maroc estime que non, soulignant la position de la Chine en tant que deuxième puissance économique mondiale. En ce qui concerne le Maroc, la diversification des partenaires économiques demeure une démarche légitime. De son côté, Ahmed Azirar insiste sur la « profondeur » des relations maroco-françaises et « l’engagement de la France dans des secteurs vitaux pour le Maroc, à savoir l’automobile, l’aéronautique et le ferroviaire ».
Par ailleurs, l’intégration mutuelle du Maroc et de la France dans la chaine de valeur industrielle indique que les rouages sont bien huilés et depuis très longtemps. Ainsi, il n’est pas facile de perturber les échanges, quand bien même en cas de mésentente politique. De plus, le Maroc est un partenaire privilégié de l’Union européenne qui a réceptionné, à elle seule, plus de 63% des exportations marocaines et a représenté environ 50% des importations du Royaume.
Néanmoins, la coopération économique ne peut pas être « étanchéifiée », comme l’a bien exprimé Vincent Toussaint. Les crises diplomatiques récurrentes ont imprégné d’un manque de confiance les relations entre les deux pays. Maintenant qu’il s’agit d’une histoire ancienne, les défis ne manquent pas, estiment les spécialistes. Diversification des échanges, intégration dans la chaîne de valeurs énergétique, Coupe du monde 2030, développement des Provinces du Sud… La liste des choses à mettre en place reste très longue. Pour le professeur Ahmed Azirar, « maintenant, il faut aller vers une meilleure harmonisation des normes et des standards, revoir les règles de l’origine et réduire le protectionnisme direct et indirect qui gêne les exportations marocaines ». De quoi ouvrir la voie à une relation économique encore plus solide.
Hicham Ait Almouh
