Le gaming au Maroc

Interview de Khalid Naili

« Le e-sport offre beaucoup d’opportunités pour un pays »

Khalid Naili, Chargé de mission auprès de la direction générale de la Marocaine des Jeux et des Sports (MDJS)

Pourquoi la Marocaine des Jeux et des Sports (MDJS) s’intéresse-t-elle au gaming et à l’e-sport ?

La MDJS a pour rôle de soutenir le sport au Maroc et c’est tout naturellement qu’elle s’est tournée vers l’e-sport, qui est la pratique compétitive du gaming, c’est-à-dire des jeux vidéo. À partir du moment où il existe des compétitions avec des règles bien établies, on parle de e-sport et cela rentre dans le champ de la MDJS, qui le considère donc bien comme un sport. Nous nous engageons notamment dans la promotion des vertus du sport, que l’on retrouve parfaitement dans l’e-sport.

Depuis quand la MDJS accompagne-t-elle le e-sport au Maroc ? 

La MDJS a lancé la plateforme « MDJS E-Sport » en 2019. Cela avait d’ailleurs été accompagné par une campagne de communication faisant le lien entre le sport et le e-sport justement. La même année, la MDJS a organisé son premier grand tounoi e-sport autour du jeu de football FIFA 2019, avec un véritable contrat de sponsoring offert au vainqueur. Puis, en 2020, elle a organisé le Casablanca World Fighters. C’était la première fois qu’une telle compétition se déroulait en Afrique, avec plus de 200 joueurs issus de 12 pays, dont les champions du monde en titre.
Par ailleurs, en 2019, la MDJS a également lancé « 3ich Lgame », la première émission consacrée au e-sport au Maroc. Elle a été diffusée sur 2M durant deux saisons, avec plus de 40 épisodes, et a remporté un franc succès, réunissant entre 3 et 6 millions de téléspectateurs. Toutes ces initiatives ont largement contribué à l’essor du e-sport au Maroc.

Quatre ans plus tard, quelles sont les actions menées par la MDJS ?

Aujourd’hui, la MDJS dispose de sa propre équipe de e-sport, spécialisée dans les jeux de combats et le jeu FIFA. Elle sponsorise également l’équipe indépendante Fox Gaming, qui est spécialisée, elle, dans les jeux PC, tels que Valorant ou League of Legends.

En ce qui concerne les évènements, la pandémie de Covid-19 a largement ralenti nos projets. Nous réfléchissons à la suite à donner aux premiers tournois organisés, qui avaient remporté un grand succès et suscité l’intérêt des éditeurs. C’est un axe de développement important, car ces évènements permettent de faire émerger les meilleurs joueurs dans chaque jeu et d’étoffer les équipes.

Enfin, nous soutenons également les institutions et organismes dans le domaine du e-sport. Par exemple, nous avons récemment accompagné la Fédération royale marocaine des jeux électroniques pour envoyer une équipe féminine de Valorant à la Ligue Arabe d’E-sport, organisée en Arabie saoudite. L’équipe marocaine a ainsi terminé à la 2e place de la compétition.

Le soutien du e-sport peut-il contribuer à des enjeux économiques nationaux ?

Oui, le e-sport offre beaucoup d’opportunités pour un pays. Tout d’abord, il génère une véritable activité économique créatrice d’emplois : joueurs professionnels, coachs, organisateurs de compétitions, streamers (NDLR : diffuseurs de compétitions), commentateurs, analystes, journalistes spécialisés…

De plus, le e-sport représente également un moteur pour le développement économique d’un pays, car il nécessite des infrastructures qui peuvent servir à tous les secteurs. Par exemple, en Corée du Sud, l’augmentation du débit des connexions Internet, qui a bénéficié à tous, a initialement été mise en place pour les joueurs de e-sport. On le voit aussi au Maroc, où les très bons équipements informatiques fournis aux Maisons de jeunes, grâce au ministère et à la fédération notamment, sont utiles bien au-delà des jeux vidéo et aident à l’employabilité.

Enfin, il faut également savoir que l’organisation de grands évènements internationaux de e-sport draine de nombreux spectateurs et contribue à développer le tourisme. Plus un pays se spécialise dans ce domaine et plus son attractivité est grande. Par exemple, un pays tel que le Japon attire d’innombrables joueurs depuis longtemps, et cela commence à être un peu le cas pour le Maroc, notamment en ce qui concerne les jeux de combat. Cela ne demande qu’à prendre de l’ampleur.

Est-ce qu’il peut y avoir d’autres retombées positives pour un pays ?

Il y a également un effet « palmarès » qui est observé au niveau national, comme au niveau international. Quand un joueur ou une équipe marocaine s’illustre au plus haut niveau, cela suscite beaucoup de fierté et de vocations dans la population, mais aussi de l’admiration à travers le monde. C’est comme pour la performance de l’équipe du Maroc à la dernière Coupe du monde de football au Qatar : cela contribue indéniablement au « soft power » du pays.

Par ailleurs, on peut également évoquer un intérêt pour l’éducation et la formation : les profils des joueurs de e-sport sont souvent de haut niveau. En effet, ils sont généralement très matures, avec des compétences avancées dans les nouvelles technologies et capables de parler plusieurs langues… et tout cela parce qu’ils ont voulu s’améliorer dans le e-sport. C’est donc un très bon moyen de motiver et faire progresser les jeunes Marocains, car cela les amène à développer leurs aptitudes. Enfin, le e-sport permet une certaine amélioration de la qualité de vie, en proposant un divertissement passionnant, dans un cadre bien structuré. Cela engendre une émulation positive pour les jeunes du pays, avec une occupation qui peut les éloigner de certaines dérives.

La MDJS, qui gère l’organisation de paris sportifs au Maroc, compte-t-elle intégrer les compétitions de e-sport dans son catalogue des sports sur lesquels on peut parier ?

Aujourd’hui, ce n’est pas prévu et ce n’est pas dans nos intentions. Notre initiative autour du e-sport n’a pas été pensée pour cela. D’ailleurs, la marque « MDJS E-Sport » est totalement décorrélée de la promotion des jeux.

Propos recueillis par Thomas Brun

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