Hicham Gabriel Guedira : « La FIFA a été convaincue par la qualité de nos infrastructures »

Hicham Gabriel Guedira, expert en management sportif

Quelle interprétation faites-vous de la persévérance du Maroc à vouloir abriter la Coupe du Monde depuis l’édition de 1994, organisée aux États-Unis ?

C’est un projet de nation qui a débuté avec le règne de feu Hassan II, et qui s’est poursuivi avec l’arrivée au trône du Roi Mohammed VI. Le projet d’organiser la Coupe du Monde a aidé beaucoup de pays dans le monde à se moderniser sur les plans des infrastructures et de la logistique, comme ce fut le cas de l’Espagne en 1982.

Beaucoup de pays ont compris l’importance majeure que représente l’organisation de ce méga-événement. Ce qui a fait que le Maroc a persévéré, c’est qu’il a continué à développer ses infrastructures et ses installations sportives. Il s’est également développé sur le plan sportif et technique, preuve en est l’exploit de la dernière coupe du monde au Qatar.

À mon avis, cela a été une très bonne décision de persévérer pour trouver la meilleure formule permettant d’organiser la coupe du Monde.

Avons-nous les moyens de nos ambitions ?

Je pense que la FIFA a bien étudié les dossiers. Je crois que le Maroc a fait figure de bon élève, depuis l’arrivée de Faouzi Lakjaa à la tête de la Fédération Royale Marocaine de Football. Beaucoup de choses ont été faites, notamment dans le domaine de la construction d’infrastructures sportives. À Salé, nous disposons d’un bijou, qui est le Complexe Mohammed VI de football. Un cas unique en Afrique. 

Nous avons également abrité plusieurs événements, ces dernières années : la Coupe du monde des clubs, la Coupe d’Afrique des Nations féminine, la Coupe d’Afrique des Nations pour plusieurs catégories d’âge (U17 et U20). 

De ce fait, je pense que la FIFA a été convaincue par la qualité de nos infrastructures. À présent, il est question de mettre en place un budget. Ce dernier est plus ou moins cohérent par rapport à ce qui a été dépensé lors de la dernière coupe du Monde au Qatar : de l’ordre de 50 à 55 milliards d’euros. Pour organiser cette coupe du Monde 2023 entre trois pays, le budget prévisionnel est de 118 milliards d’euros. Ce qui est cohérent par rapport à ce qui a par exemple été fait en Afrique du Sud ou au Brésil.  

La CAN 2025 est dans deux ans. Dans quelle mesure cet événement peut-il nous renseigner sur la capacité du Maroc à organiser la CDM 2023 ? 

Je pense que c’est une très bonne chose que le Maroc abrite non seulement la CAN en 2025, mais aussi la coupe du monde des clubs en 2029. C’est aussi une possibilité de se mesurer et de se tester. Mais, il faut toutefois souligner que les cahiers des charges de la CAN et de la Coupe du Monde ne sont pas du tout les mêmes. Il faut surtout considérer ces événements comme une voie pour l’excellence qui permettront de dresser le bilan des points forts et de ce qu’il reste à améliorer.

Au regard des investissements que le Maroc devra engager, quelle projection faites-vous des gains à récolter ?

La logique de l’organisation d’une Coupe du Monde n’est pas une logique purement « business ». C’est l’État qui investit et la logique de l’État, en termes d’investissement, est totalement différente.

Aujourd’hui, les pouvoirs publics vont mettre à niveau un certain nombre de secteurs, notamment le transport, la santé, le tourisme… Pour cela, il va falloir faire appel à des entreprises marocaines. Les retombées économiques ne seront peut-être pas immédiatement perceptibles juste après la coupe du monde de 2030, mais elles le seront à plus long terme. Le Maroc pourrait également générer un certain nombre de touristes lors de la période post-événement.

Par ailleurs, chaque organisation de coupe du monde donne lieu à une augmentation du PIB allant de deux à quatre points. Chaque point de PIB représente 50 000 à 60 000 emplois créés. La difficulté va être de maintenir ces emplois au-delà de la Coupe du Monde.

Quelle est la place du capital humain dans tout le projet de l’organisation de la Coupe du Monde ?

À mon avis, c’est le principal défi du Maroc pour les années à venir. Nous avons démontré que nous sommes capables d’accomplir beaucoup de choses, notamment en termes d’infrastructures, de construction… Mais, ce qui manque, à ce jour, c’est la capacité de former des ressources humaines dans le secteur des services. Plusieurs discours de Sa Majesté le Roi ont insisté sur la problématique du capital humain. L’enjeu est à présent de mettre à niveau ce capital humain dans plusieurs secteurs : l’hôtellerie, l’accueil au niveau des aéroports… C’est aussi le vrai défi auquel il faudrait s’attaquer le plus tôt possible. Le chantier du capital humain va également demander beaucoup de moyens à mettre en place.

Rida Ançari

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