Interview de Hicham Mekouar, Directeur développement et stratégie, Groupe Le Matin
Plus d’un siècle après sa création, comment se porte le Groupe Le Matin ?
Le groupe se porte très bien. Depuis plus de cent ans, il a su évoluer et se réinventer pour faire face aux différents contextes. Aujourd’hui encore, nous poursuivons cette dynamique pour nous adapter aux nouveaux usages, aux nouvelles générations, et aux transformations du secteur.
Dans un contexte difficile pour les médias traditionnels, qu’est-ce qui vous permet de rester résilients ? D’une part, nous bénéficions d’une gouvernance solide et inclusive, qui prend en compte la diversité des points de vue, selon chaque expertise. C’est très important pour choisir les projets à mener et trouver les bons équilibres. D’autre part, nous sommes un groupe très structuré, avec des entités marchés soutenues par un back office hautement qualifié, pour un total d’environ 400 collaborateurs sur l’ensemble de nos activités. Cela nous permet d’avoir une organisation stable, tout en restant souple et réactive. Notre force, c’est cet équilibre entre ancrage et modernisation. Nous avançons avec constance, sans perdre de vue notre mission.
Justement, comment le Groupe se positionne-t-il dans ce paysage médiatique en recomposition ? Nous sommes avant tout une entreprise à mission. Depuis toujours, nous considérons que notre rôle est d’accompagner le développement du pays, en assurant l’accès à une information fiable et de proximité. Notre engagement est de proposer un contenu objectif et rigoureux, capable aussi d’être critique quand il le faut. Nos reportages et enquêtes sur le fonctionnement de secteurs clés de la société, et les débats que nous organisons dans le cadre de nos différentes conférences et émissions du Groupe illustrent bien cette posture.
Face aux nouveaux modes de consommation de l’information, comment adapter un groupe historique comme le vôtre ? Il faut toujours se réinventer, c’est une nécessité. La société change, les habitudes de consommation aussi et les médias doivent évoluer en conséquence. Nous devons aller chercher les lecteurs là où ils sont : sur les smartphones, les réseaux sociaux, les plateformes numériques… Nous sommes désormais confrontés à une guerre de l’attention. Pour continuer à jouer notre rôle, nous devons utiliser les bons codes, ceux des nouvelles générations, sans renier nos fondamentaux. Cela mobilise des compétences nouvelles : marketing digital, gestion de la data, design éditorial…
Comment vos équipes s’organisent-elles pour répondre à tous ces défis ?
Nous avons mis en place une véritable logique de « newsroom ». Notre rédaction est pluridisciplinaire : elle couvre tous les sujets – politique, économie, sport, culture, société… – en choisissant les formats les plus pertinents selon les publics et les canaux. Nous sommes un média global, multicanal, avec de nombreuses déclinaisons. Par exemple, la presse papier permet de traiter des sujets de fond, d’apporter une profondeur d’analyse, tandis que le site web et les médias sociaux apportent interactivité, réactivité et instantanéité.
Sur le plan digital, justement, quelles sont vos priorités ?
Nous développons tous les supports possibles pour continuer à être présents sur tous les canaux et à traiter les sujets qui nous semblent prioritaires, en parfaite cohérence avec notre mission. Ainsi, nous avons créé une application mobile, adaptée aux nouveaux usages, et nous allons lancer prochainement un nouveau site dédié au sport, ainsi qu’un nouveau support arabophone, lui aussi 100% digital. Nous produisons également des contenus exclusivement destinés aux réseaux sociaux, pour toucher les publics qui s’informent uniquement via ces canaux, en particulier les plus jeunes.
Le digital a vu émerger une multitude de médias qui ne relèvent pas forcément du journalisme : comment faites-vous face à cette concurrence ?
Nous faisons la différence par notre professionnalisme. Nous avons une rédaction, des journalistes formés, un cadre éditorial structuré et des méthodes de travail rigoureuses. Cette déontologie nous protège de certaines dérives : nous ne relayons pas les rumeurs, nous ne courons pas après le « buzz ». Ce que nous proposons à nos lecteurs, c’est une information fiable, vérifiée et contextualisée. Dans un environnement numérique dense et parfois brouillé, c’est précisément cette exigence de rigueur et de qualité qui fait la différence. Nous croyons profondément que c’est sur ce socle que se construit la confiance.
Quel modèle économique permet aujourd’hui de maintenir cette exigence de qualité ?
Comme tous les acteurs du secteur, nous cherchons encore le bon équilibre. Il est important de rappeler que l’information de qualité a un coût. Nous avons récemment lancé le Club Avantages, dont l’abonnement permet non seulement d’accéder à certains contenus « premium », mais également de bénéficier de prestations supplémentaires. Mais notre modèle économique est global et repose aussi sur la presse papier, l’édition ou encore l’événementiel.
Ces autres activités occupent-elles une place importante dans votre stratégie ?
Absolument. La presse papier, les hors-séries et les beaux livres gardent toute leur importance. Même si le format papier recule, il reste essentiel, à la fois symboliquement et éditorialement. Quant aux événements, ils nous permettent d’aborder de grandes thématiques – économiques, politiques, sociétales – tout en produisant du contenu exclusif pour nos différents supports. Il existe une vraie complémentarité entre toutes ces activités. Elles renforcent la marque Le Matin, en font un gage de qualité reconnu, et consolident la confiance de nos partenaires et parties prenantes.
Vous produisez aussi du contenu pour les marques. Comment articulez-vous cette activité avec vos engagements journalistiques ?
En effet, nous avons créé GLM Factory, notre agence de brand content et d’événementiel. Elle fonctionne de manière totalement distincte de la rédaction, ce qui est essentiel pour préserver l’indépendance de nos journalistes. C’est une activité de service, qui nous permet de valoriser notre savoir-faire tout en nous diversifiant. Nous produisons ainsi différents types de contenus – vidéos, articles, formats courts ou longs formats – diffusés sur des supports dédiés ou directement par la marque. Cette démarche s’inscrit pleinement dans notre positionnement : nous restons dans notre cœur de métier, avec des formats conçus pour répondre à d’autres objectifs de communication.
Propos recueillis par Thomas Brun
