En déplacement à la CFCIM, Driss Bencheikh a présenté les grandes orientations de la stratégie 2025-2029 ainsi que les principales nouveautés de l’Instruction Générale des Opérations de Change (IGOC) 2026. Modernisation de la réglementation,
digitalisation des services et accompagnement des opérateurs économiques figurent parmi les axes majeurs de cette transformation.
Contexte
Cette rencontre s’inscrit dans une série d’échanges initiés par l’Office des Changes avec les acteurs de l’écosystème
économique national. Après des rencontres avec la CGEM, le GPBM et l’Ordre des experts-comptables, cette démarche
se poursuit aujourd’hui à la CFCIM. L’objectif est de renforcer le dialogue avec les opérateurs économiques, de présenter les principaux chantiers de modernisation engagés par l’Office des Changes— simplification, digitalisation, évolution du contrôle
des changes — et de valoriser les données statistiques produites sur les échanges extérieurs. Ces rencontres permettent également d’identifier directement les contraintes rencontrées par les entreprises et d’adapter les dispositifs réglementaires. L’Instruction générale des opérations de change (IGOC) 2026 est ainsi le résultat d’un important travail de concertation visant à rendre la réglementation des changes plus simple, plus lisible et plus accessible.
Les faits marquants de 2025
L’année 2025 marque un tournant avec le lancement de la stratégie 2025-2029 de l’Office des Changes. Élaborée en concertation avec les banques, entreprises, experts-comptables, notaires et autres parties prenantes, cette feuille de route vise à rendre la réglementation des changes plus homogène, plus compréhensible et moins sujette à interprétation. Cette stratégie repose sur six axes majeurs et s’est accompagnée d’une réorganisation interne entrée en vigueur en avril 2026. Parmi les évolutions notables figure la création d’un département dédié à l’accompagnement des opérateurs économiques, ainsi que de nouvelles structures chargées de la communication et de la diffusion d’une culture de conformité. Depuis le début de l’année 2026, une trentaine de sessions de formation ont été organisées à travers le Royaume auprès des banques, chambres de commerce et professionnels du
chiffre. L’Office des Changes a également renforcé son approche du contrôle à travers une cartographie des risques fondée sur la donnée et créé une structure spécialisée dans la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Trois circulaires importantes ont été publiées en 2025 : simplification des procédures pour les étudiants marocains à l’international, accès direct des investisseurs non-résidents aux instruments de couverture du risque
de change et modernisation des bureaux de change avec l’acceptation des cartes bancaires internationales. La digitalisation constitue un autre pilier majeur de la stratégie. Une nouvelle plateforme destinée aux bureaux de change permettra une transmission instantanée des données et un renforcement de la supervision en temps réel.
Enfin, l’Office des Changes a consolidé sa position de référence régionale en matière de statistiques des échanges extérieurs et participé activement aux travaux internationaux sur les normes statistiques du commerce
mondial.
Un Office des Changes au service de l’usager
Les demandes d’autorisation peuvent désormais être déposées via la plateforme Smart. Près de 60 % des demandes transitent déjà par ce canal, avec un objectif de 90 % à l’horizon 2029. Cette plateforme permet le dépôt en ligne, le suivi des dossiers et la réception des décisions sans déplacement. Plus de 500 publications ont été publiées en 2025 sur le site de l’Office des Changes. Le centre d’appel traite près de 15 000 appels par an, tandis que 7 000 demandes d’information en ligne ont été traitées et 5 600 utilisateurs se sont inscrits sur l’application OC Connect de l’Office des Changes Une plateforme de prise de rendez-vous en ligne a également été mise en place en 2026 (https://e-rdv. oc.gov.ma/) et les espaces d’accueil ont été réaménagés afin d’améliorer l’accompagnement des usagers.
Les relations économiques Maroc-France
Les échanges économiques entre le Maroc et la France connaissent une dynamique particulièrement favorable. Entre 2021 et 2025, les échanges commerciaux ont progressé de manière soutenue avec une balance commerciale excédentaire pour le Maroc. Les principales exportations marocaines vers la France concernent les voitures de tourisme, les composants aéronautiques, les fils et câbles électriques et d’autres produits industriels à forte valeur ajoutée. Les importations en provenance de France atteignent 74 milliards de dirhams et portent principalement sur les équipements industriels, les composants automobiles et les équipements aéronautiques. Les recettes voyages générées par les visiteurs français sont passées de 13,2 milliards de dirhams en 2021 à 42,5 milliards en 2025. Les transferts des Marocains résidant en France atteignent 37 milliards de dirhams en 2025. Les investissements directs français représentent près de 19 milliards de dirhams, tandis que les investissements marocains en France atteignent 9,2 milliards de dirhams.
Le cadre de change
Le Maroc dispose aujourd’hui d’un régime de change largement libéralisé. Pour les importations de biens, les opérations sont réalisées directement via les banques et la plateforme PortNet, sans autorisation préalable de l’Office. Les importations de services peuvent également être réglées directement auprès des banques sur présentation des justificatifs nécessaires. Seules certaines opérations spécifiques demeurent soumises à autorisation. Les exportateurs bénéficient d’une grande liberté d’action, sous réserve du rapatriement des recettes dans les délais réglementaires. Ils peuvent conserver jusqu’à 70 % de leurs recettes dans des comptes en devises ou en dirhams convertibles. Les investisseurs étrangers disposent de garanties de transfert des dividendes et du produit de cession de leurs investissements, à condition de justifier le financement initial en devises. La réglementation facilite également les financements extérieurs, les comptes en devises pour les étrangers et les Marocains résidant à l’étranger ainsi que l’émission de garanties bancaires liées aux opérations internationales.
La stratégie 2025-2029
La stratégie vise à positionner l’Office comme une institution au service du développement économique et de la préservation des équilibres extérieurs. Elle repose sur six axes : modernisation de la réglementation, contrôle intelligent basé sur les risques, valorisation des statistiques des échanges extérieurs, digitalisation et gouvernance de la donnée, amélioration de la relation avec les usagers et renforcement de la gouvernance institutionnelle. Parmi les projets phares figure le développement d’un assistant basé sur l’intelligence artificielle permettant aux opérateurs d’obtenir des réponses immédiates à leurs questions relatives à la réglementation des changes.
L’Instruction générale des opérations de change 2026
L’IGOC 2026 constitue l’un des principaux chantiers de la stratégie. Elle est l’aboutissement d’un processus engagé depuis plus d’une décennie pour regrouper et simplifier la réglementation des changes. Son élaboration a donné lieu à plus de 132 réunions de concertation avec l’écosystème économique. Plus de 200 dispositions ont été analysées sous leurs dimensions juridiques, économiques et financières. La nouvelle version se distingue par une structure plus claire, une réduction de la charge documentaire et une meilleure accessibilité. L’une des évolutions majeures concerne les importations de services. La logique de liste limitative est remplacée par un principe général de liberté : toute prestation est autorisée dès lors que son effectivité et son lien avec l’activité de l’entreprise sont justifiés. L’IGOC 2026 introduit également des mesures favorables aux start-up et entreprises innovantes, qui peuvent désormais investir à l’international dès l’obtention ADD, sans attendre les trois années d’activité. Les dotations en devises ont été revues à la hausse. La dotation de voyage d’affaires est passée de 500 000 à 1 000 000 de dirhams sur la base de 100 % de l’impôt payé. La dotation supplémentaire pour voyages personnels a été relevée à 400 000 DH sur la base de 30 % IR (N-1), en sus de la dotation de base maintenue à 100 000 DH, avec un plafond de 500 000 DH/an. Les frais de séjour mensuels pour les étudiants ont été augmentés passant de 12 000 dirhams à 15 000 dirhams, tandis que les frais de scolarité et de loyer restent sans plafond, sous réserve de justificatifs. Le commerce électronique est renforcé avec un doublement de la dotation dédiée, portée à 2 millions de dirhams, afin d’accompagner l’internationalisation des Start-ups. Enfin, les dispositifs de couverture contre le risque de change ont été élargis et plusieurs mesures ont été introduites en faveur des investisseurs étrangers, des MRE, des zones d’accélération industrielle et des opérateurs internationaux. L’ensemble de ces évolutions s’inscrit dans une logique d’ouverture progressive du régime de change, conciliant facilitation des opérations internationales et préservation des équilibres extérieurs du Royaume.
