Casablanca, un trésor pour les chineurs…

À côté des antiquaires bien installés au Maarif, au quartier Gauthier et au marché central, c’est aux souks que se dirige la communauté des chineurs à la recherche de la perle rare chez des brocanteurs bien installés. Reportage.

Qui ne s’est jamais arrêté chez Abdellatif, le fameux antiquaire du Marché Central de Casablanca ? Un homme affable, souriant qui n’hésite jamais à vous faire le tour de sa boutique, avec ses posters de films anciens (et en tête d’affiche bien sûr Casablanca, le film mythique qui n’a absolument rien à voir avec Dar Beida), les anciennes photos de Casablanca qui datent des années de la colonisation, des vielles lampes, des chandelles antiques, d’anciens transistors, des phonogrammes, des affiches en hébreu cadrées… Bref, une véritable caverne d’Ali Baba.

« Un voyage dans le temps »

Bienvenue à « Mon grenier Antiquité », le magasin qui propose aux nostalgiques de Casablanca du bon vieux temps, aux touristes et aux chineurs de tous bords, des cartes postales anciennes, d’anciens livres sur Casablanca et de vieux journaux comme ce numéro de la Vigie marocaine qui rappelle en sa une, photo à l’appui, le fameux match du Casablancais Marcel Cerdan contre Tony Zale, qui l’a propulsé au sommet de la boxe mondiale, catégorie des poids moyens. On retrouve d’autres antiquaires du côté du quartier Gauthier et aussi du côté du Maârif, mais c’est définitivement dans les différents souks de la ville que les amateurs des « oldies » trouvent leur bonheur. 

À commencer par le souk le plus « in » de la ville, celui d’Ould Mina à Hay Hassani. Ould Mina, c’est une gigantesque brocante où les vendeurs de tapis côtoient antiquaires et autres bouquinistes. Un lieu fréquenté par le Tout-Casablanca, surtout les samedis et dimanches. L’écrivain et philosophe Driss C. Jaydane est un habitué des lieux. « On y trouve de tout : des vieilles lampes des années 70, des horloges de grand-mère, des flippers et babyfoots, des lampes opalines vertes, des objets rares. Pour moi, c’est un carrefour spatiotemporel », raconte-t-il. L’homme y va également pour les livres : « Je suis tombé sur d’anciennes éditions de classiques de la littérature comme ces premières éditions de l’Idiot de la famille de Jean Paul Sartre, des Editions Gallimard. Souk Ould Mina, c’est une mine pour les amoureux des éditions classiques des œuvres littéraires. » 

Les commerçants qui officient dans ces lieux sont particulièrement connus chez les chineurs de Casablanca, à qui ils proposent une panoplie d’objets du bon vieux temps. « Moi, j’adore le design des années 60 et 70, les vieux tourne-disques Philips, les anciens vinyles bien sûr. Souk Ould Mina pour moi, c’est un voyage dans le temps. Mais, c’est également un lieu où on peut faire de bonnes affaires », conclut Driss Jaydane. Véritable institution, ce souk a survécu en 2019 à un violent incendie qui avait détruit des dizaines de commerces, mais aussi à la parenthèse de la pandémie qui a duré presque deux ans.

Objets rares et kefta de chameau

Si Ould Mina est aujourd’hui « the place to be » pour les chineurs de Casablanca, d’autres souks ont également la côte, notamment le quartier des Habous dont la « joutia » est le lieu de la « dlala » (enchères) des tapis, un moment privilégié pour les collectionneurs de cet article toujours convoité. 

Construit dans les années 20, ce quartier, entre tradition et modernité, a la particularité d’offrir plusieurs services à la fois. On y va pour chercher des articles rares, en cuivre, en terre ou encore des étoffes. Les libraires des Habous charment la foule des collectionneurs amateurs d’anciennes éditions de classiques littéraires en arabe. Le quartier présente d’ailleurs la concentration la plus importante de libraires dans Casablanca et il abrite également les kissariates (galeries commerciales) qui proposent tous types d’articles artisanaux (vêtements, bijoux, babouches). Et pour clore ce beau périple, à quelques dizaines de mètres des Habous, il y a la Baladia où l’on peut déguster la fameuse kefta de chameau…

Autre lieu d’exploration, l’ancienne médina a été pendant des décennies la Mecque des chineurs. Les souks Djayjiya et Chicago à l’entrée de la médina du côté du boulevard des FAR étaient le lieu où l’on pouvait trouver, entre autres, les fameux jeans Levis 501. A « Lbhira », on retrouvait bouquinistes et disquaires avec une offre attrayante pour les amoureux des « rarities ». Aujourd’hui, ces deux lieux présentent une offre plus modeste, même si on peut toujours tomber sur une bonne affaire. On peut citer également le marché de « Korea » et ses 2500 magasins au bout de la route de Mediouna. 

Connu pour les produits de contrefaçon, d’articles chinois, Korea est aussi fréquenté pour les meubles, les produits électroniques et même les animaux de compagnie. Des brocanteurs y sont également présents. Enfin, on ne peut passer outre le célèbre Derb Ghallef. Il est vrai que les antiquaires ne sont plus légion dans ce marché aujourd’hui connu davantage pour ses produits électroniques et informatiques, mais la « joutia » reste toujours propice à de belles trouvailles. « D’abord, il faut éviter les week-ends durant lesquels le lieu est plein de personnes à la recherche d’ordinateurs de téléphones portables, de meubles et l’alimentation en gros. Moi, j’y vais en milieu de semaine et j’ai mes adresses, les trois ou quatre brocanteurs qui y sont encore et où on peut y dénicher des objets d’art, de vieux manuscrits et même de beaux tableaux », conseille Amine, un habitué des lieux. Avis aux amateurs…

Hicham Houdaïfa

Photo : Abdellatif, antiquaire du Marché Central de Casablanca, devant sa boutique

Articles à la une