Aziz Daouda, Analyste sportif : « Le Royaume a fait le choix de faire du football un accélérateur de développement. » 

Après cette Coupe du monde, quel regard portezvous sur le parcours des Lions de l’Atlas ? Selon vous, qu’est-ce que cette équipe a démontré au-delà de ses résultats sportifs ? 

Comme toute compétition, il faut replacer cette Coupe du monde dans son contexte. Il s’agit de la plus grande manifestation sportive au monde après les Jeux olympiques. Toutes les nations aspirent donc à s’y qualifier et à y participer. Le Maroc s’est présenté à cette Coupe du monde avec une ambition qui ne relevait pas du simple rêve, mais d’un travail engagé depuis plusieurs années. Le Royaume a fait le choix de faire du football un accélérateur de développement. Les résultats obtenus depuis la Coupe du monde 2022 au Qatar, tant avec l’équipe nationale A qu’avec les différentes catégories d’âge, chez les féminines, ainsi qu’en beach soccer et en futsal, en sont la démonstration. Il faut également tenir compte du contexte international. Le mode de tirage au sort, la répartition dans chacune des parties du tableau, certaines conditions de la compétition ou encore l’expérience des grandes nations peuvent naturellement favoriser certaines équipes. C’est une réalité du football mondial. Dans ce contexte, voir l’équipe nationale atteindre un stade aussi avancé de la compétition, en disputant six matchs de Coupe du monde, constitue un résultat exceptionnel. À ce niveau, il est extrêmement difficile de se maintenir durablement parmi les meilleures nations. Le Maroc y est pourtant parvenu, confirmant un niveau proche de celui atteint en 2022. Cela prouve que ces performances ne sont pas le fruit du hasard, mais celui d’un véritable projet de construction. Le Maroc confirme ainsi sa place parmi les huit meilleures nations du football mondial, tout en améliorant son classement FIFA au cours même de cette Coupe du monde. Cette performance est d’autant plus remarquable qu’elle a été obtenue dans l’un des groupes les plus relevés de la compétition, face à des adversaires solides comme les Pays-Bas ou encore le Canada, pays hôte déterminé à poursuivre son parcours. Dans ces conditions, je considère que le parcours des Lions de l’Atlas est un véritable exploit. Il constitue une étape supplémentaire vers l’objectif de 2030, lorsque le Maroc accueillera la Coupe du monde. 

On parle souvent de talent lorsqu’on évoque le football marocain. Pourtant, ce parcours semble surtout révéler une culture de l’exigence, de la discipline et du collectif. Comment construit-on durablement une culture de la gagne ? 

Tout jeune qui choisit de pratiquer un sport le fait d’abord avec l’envie de gagner. Mais pour gagner, plusieurs facteurs sont déterminants. Le premier est la génétique. Il faut posséder les prédispositions requises. On ne fabrique pas des champions comme on fabrique des voitures. Chaque individu possède un potentiel différent. Certains enfants sont naturellement plus doués que d’autres, que ce soit en football, en musique, en littérature, en mathématiques ou dans tout autre domaine. La première mission consiste donc à détecter ces talents. Ensuite, il faut leur offrir les meilleures conditions de formation afin de développer pleinement leur potentiel. La formation doit être accompagnée d’un bon système de compétition à même de mettre en valeur le niveau des pratiquants et à leur faire évoluer. Enfin, il y a le contexte international. C’est précisément ce que le Maroc cherche à construire aujourd’hui : s’imposer dans un environnement extrêmement concurrentiel face aux plus grandes nations du football. Les conditions sont désormais réunies pour obtenir des résultats durables. Ils sont le fruit du travail réalisé notamment par l’Académie Mohammed VI, mais aussi par les autres académies du Royaume. Il y a par ailleurs aussi l’attachement des jeunes marocains de la diaspora à la mère patrie. Ainsi bon nombre parmi eux préfèrent représenter le Maroc. Cela met la pression sur le système de formation en interne. J’ajouterais un élément essentiel : l’innovation. Dans le sport de haut niveau. On ne peut pas se contenter de copier les autres. Une copie restera toujours une copie. Pour devenir champion du monde, il faut être capable d’apporter quelque chose de nouveau, que les autres n’ont pas encore imaginé ou expérimenté. Vous gagnez quand vous surprenez. 

Vous défendez depuis longtemps l’idée que le sport forme bien plus que des champions. En quoi peut-il contribuer à forger des citoyens plus responsables, plus résilients et plus confiants ?

Vous avez sans doute remarqué que le langage de l’entreprise s’inspire aujourd’hui largement de celui du sport. Les notions de team building, de performance collective ou de leadership en sont de bons exemples. Le sport de haut niveau enseigne avant tout la résilience. Une défaite n’est jamais vécue comme un échec. Une victoire n’y est jamais une fin en soi. Les deux ne constituent qu’une étape vers plus de progrès. Lorsqu’une équipe perd un match, elle l’analyse afin de comprendre les causes de cette défaite et d’en tirer des enseignements pour progresser. On fait de même en cas de victoire. Tout système sportif repose sur un bon système d’évaluation. Le sport apprend également le travail collectif. Sur un terrain de football, onze joueurs sont visibles, mais ils ne font qu’exprimer le travail de dizaines de personnes qui œuvrent dans l’ombre. Plus de dix-sept métiers gravitent aujourd’hui autour d’une équipe de haut niveau. Cette organisation développe naturellement l’esprit d’équipe et la compréhension du rôle de chacun. Aucun n’est plus important ni moins important qu’un autre. Il y a simplement comme dans toute organisation, une certaine hiérarchie à respecter. Enfin, le sport inculque le respect de l’adversaire. On ne peut pas battre un adversaire sans le respecter, qu’il s’agisse de son intégrité physique ou morale. Le respect est réciproque et constitue l’un des fondements de la compétition. C’est pourquoi il est essentiel de transmettre ces valeurs dès le plus jeune âge. Le sport est un formidable outil d’éducation et de construction du citoyen. 

À quatre ans de l’organisation de la Coupe du monde 2030, quels sont, selon vous, les principaux défis que le Royaume doit encore relever pour faire de cet événement un véritable levier de développement ? 

Dès sa première candidature, le Maroc a toujours affirmé que l’organisation de la Coupe du monde n’était pas une fin en soi, mais un accélérateur de développement. Organiser une telle compétition implique de répondre à un cahier des charges extrêmement exigeant. Ce que le grand public voit, ce sont les stades. Mais derrière ces infrastructures se cachent de nombreux secteurs qui doivent être au niveau : la sécurité, les transports, la mobilité, la santé, les télécommunications, l’hôtellerie ou encore les services. Une Coupe du monde ne se résume pas à des enceintes sportives. Elle mobilise l’ensemble d’un pays et contribue à moderniser ses infrastructures et son organisation. Le Maroc a longtemps souffert de certains retards accumulés pendant deux siècles notamment pour avoir raté la révolution industrielle. Les progrès sont manifestes mais gagneraient à s’accélérer et à s’inscrire dans la durée. Il a donc décidé d’accélérer son développement sur des bases solides et pérennes en se fixant une échéance claire : être totalement prêt en 2030 pour accueillir le monde dans les meilleures conditions. Et même là ce ne sera qu’une étape vers davantage de progrès et de développement. 

Si vous deviez résumer en une idée la principale leçon que cette équipe nationale laisse à la jeunesse marocaine, quelle serait-elle ? 

Cette équipe montre à la jeunesse marocaine que rien n’est impossible. Avec du travail, de la persévérance et de l’engagement, il est possible d’atteindre les plus hauts sommets dans tous les domaines. 

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