Mehdi Qotbi, Président de la Fondation Nationale des Musées

« Indispensable pilier du soft-power, la culture est un véritable outil de rayonnement »

Récemment, la Fondation Nationale des Musées a inauguré le Musée de la parure à Rabat. Quelle est la particularité de ce nouveau musée ?
Situé à la Kasbah des Oudayas, lieu historique et emblématique de la capitale et premier noyau urbain de de la ville de Rabat, le musée a cette première particularité d’être abrité dans un lieu qui regorge d’histoire. La demeure seigneuriale avec ses spécificités architecturales a été restaurée dans le respect de son histoire. Le jardin type arabo-andalou a repris sa nature. La collection présente des pièces de grande valeur culturelle, historique et esthétique. La nouvelle scénographie donne une idée complète sur la géographie du Maroc, notamment les spécificités culturelles de chaque région, les zones de contact, l’Histoire du pays et les ateliers de production des pièces.

Sa Majesté le Roi Mohammed VI a partagé avec les Marocains et les visiteurs étrangers sa collection de bijoux berbères, des pièces rares qui donnent à voir le caractère innovant et unique du génie national et de son savoir-faire ancestral. En moins de 15 jours après l’inauguration des Oudayas et du Musée National de la Parure, près de 65 000 visiteurs sont venus découvrir le musée.

En 2021, la Fondation Nationale des Musées a célébré ses 10 ans. Quel est le bilan de l’action de la fondation depuis sa création et quels sont ses principaux projets à venir ? Est-il prévu d’ouvrir un musée à Casablanca ? 

Onze ans après sa création, sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, la Fondation Nationale des Musées (FNM) occupe désormais l’une des premières places dans le paysage culturel du Maroc auprès des Marocains, mais aussi sur la scène culturelle et artistique internationale. Elle contribue en effet au développement et au rayonnement culturel du Royaume en ayant l’ambition permanente d’inscrire la culture comme l’un des vecteurs du développement économique et social, et ce, à l’instar des actions et politiques culturelles conduites dans les pays modernes.

Désormais, grâce au renouveau et à la révolution du paysage muséal conduits par la FNM, le Maroc est entré de plain-pied dans le cercle mondial des musées et lieux de culture reconnus et labellisés.

Aujourd’hui, la FNM poursuit, plus que jamais, ses efforts pour faire des espaces muséaux des lieux de mémoire et de transmission où les Marocains peuvent se réapproprier leur histoire ainsi que la culture multiséculaire de leur pays.

La Fondation aspire à une fréquentation croissante des musées par un public de tous âges afin de contribuer au développement de différents secteurs tels que le tourisme, le social, l’éducation, l’économie ou la culture. La Fondation poursuit également ses actions en faveur du développement culturel et de la valorisation le patrimoine. Elle souhaite ainsi révéler la diversité culturelle de notre pays en ouvrant notamment un musée dans chaque ville du Royaume.

Quel est votre regard sur l’évolution de la culture au Maroc ces dernières années ?

Je souhaite rendre hommage à Sa Majesté le Roi Mohammed VI pour la place qu’il accorde à la culture. Il s’agit d’une composante essentielle pour que les peuples, les religions, les cultures puissent se rencontrer, dialoguer, avancer dans la compréhension des uns et des autres.

Le Maroc a connu une évolution culturelle importante ces dernières années. Indispensable pilier du soft-power, la culture est un véritable outil de rayonnement tant elle peut rassembler, fédérer, unir des personnes aux quatre coins du monde. Elle est ce pont entre les différentes communautés culturelles sur lequel s’échangent des connaissances et des valeurs positives et où se nouent des dialogues.

Selon vous, comment peut-on préserver et valoriser davantage le patrimoine historique et culturel marocain ? Quel rôle peut jouer, en ce sens, la sensibilisation du public marocain et en particulier des jeunes générations ?

Lieux de conservation de notre Histoire et de notre identité plurielle, les musées marocains regorgent d’œuvres et d’objets rares, souvent exceptionnels. La préservation et la valorisation de ce patrimoine sont au cœur des objectifs de la FNM qui poursuit sa politique de restauration de bâtiments historiques dans chaque ville du Royaume.

La FNM accorde une attention particulière à l’épanouissement culturel des jeunes publics. Si les musées sont avant tout des lieux de préservation et de conservation du patrimoine, ils sont surtout des lieux de transmission. Les œuvres d’art et les objets ne sont pas systématiquement compréhensibles par tous. Pour le devenir, il leur faut une histoire, un récit et une interprétation. Cela permet de les replacer dans un contexte qui fait sens. La programmation à destination des publics de proximité et du public familial a été renforcée afin d’inciter ces personnes à se réapproprier leur culture, leur histoire et leur patrimoine.

Afin d’encourager la jeunesse à prendre le chemin des musées, la FNM offre, dans le cadre de sa politique d’inclusion, la gratuité le mercredi et le vendredi pour les élèves et les étudiants.

Les expositions, musées et monuments dans les capitales européennes connaissent régulièrement
des records de fréquentation. Est-ce la preuve que la culture peut devenir un réel levier de développement économique pour le Maroc ? Comment peut-on favoriser l’émergence d’une véritable économie de la culture dans le Royaume ?

La culture joue un rôle essentiel dans le développement économique de chaque pays. C’est une source de revenus essentiellement liée au tourisme. L’économie culturelle est aujourd’hui reconnue comme un secteur productif et la culture comme une source de revenus. Les effets directs ou indirects en termes d’emplois, d’amélioration de l’innovation productive et de la créativité… sont une preuve que la culture peut devenir un réel levier de développement économique pour le Maroc et pour l’Afrique. Selon moi, pour qu’un projet culturel ambitieux puisse avancer, il faut qu’il soit animé d’une vision, d’un rêve, d’une passion.

Afin de démocratiser l’art, la Fondation met en avant la digitalisation : quels sont les projets menés dans cette perspective ?

La FNM s’est tournée vers une transformation digitale et numérique en pleine évolution. La communication digitale permet l’échange et le partage d’expositions virtuelles immersives à 360°, organisées dans les musées. Elle contribue également à faire découvrir le patrimoine artistique et archéologique du Maroc à travers la publication d’œuvres numérisées accompagnées de leur histoire.

Dans plusieurs musées, des bornes interactives ont été installées afin de prolonger l’expérience du visiteur et de la rendre encore plus immersive, attrayante et interactive. Pour aller plus loin dans sa dimension digitale, la Fondation a par ailleurs créé un nouveau site internet conçu autour de la transversalité de la programmation des musées.

Propos recueillis par Nadia Kabbaj

Crédit photo : Patricia Mathieu

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