Rabat, ville lumière

Mohcine Benjelloun : « Le nouveau plan d’action 2026 donne la priorité aux provinces de la région autres que Rabat. »

Mohcine Benjelloun
Directeur du Centre Régional d’Investissement (CRI) de la région Rabat-Salé-Kénitra

En octobre 2022, Sa Majesté le Roi avait fixé comme objectif national 550 milliards de dirhams (MMDH) d’investissements privés et 500 000 création d’emplois cumulés en quatre ans. Quels résultats pour la région Rabat-Salé-Kénitra ? 

Déclinés pour la région cet objectif représente 80 MMDH et 114 000 emplois sur quatre ans. Grosso modo, les résultats annoncés ces dernières années sont trois ou quatre fois supérieurs aux objectifs. En 2022, la valeur des projets d’investissements approuvés représentait plus de 95 MMDH susceptibles de générer 142 000 emplois. En 2023, c’était 81 MMAD pour près de 74 000 emplois. En 2024, une année exceptionnelle avec la gigafactory de Gotion Hich-Tech à Kénitra, le montant des investissements déclarés était de 115 MMDH et pour 116 emplois prévisionnels. Et l’an dernier, selon les chiffres arrêtés à septembre, la Commission Régionale Unifiée d’Investissement (CRUI) a examiné 810 dossiers et approuvé des projets représentant plus de 42 MMDH pour près de 62 000 emplois. Au total ce sont 333 MMDH d’investissements et 394 000 emplois. 

Avez-vous une estimation du nombre d’emplois réels créés dans la région RSK sur cette période ? 

Nous n’avons pas encore de données confirmées pour cette période. Comme en moyenne les intentions c’est sur cinq ans et que là nous n’avons que trois ans de recul, c’est trop court pour savoir si oui ou non les investissements ont été réalisés et quels emplois ont été créés. Les premiers déboursements sont en cours d’étude. Si on remonte un peu en arrière, il y a de belles réussites : le projet Stellantis à Kénitra inauguré en 2019 prévoyait une production de 200 000 véhicules par an. Ils ont rempli leurs objectifs en termes d’installation et d’investissements, et l’an dernier ils ont présenté l’extension pour passer à 535 000 unités par an. Autre exemple : le groupe SEBN Maroc, installé à Bouknadel en 2023 avec un objectif initial de création de 4 500 emplois, a généré 5 000 postes et prévoit d’atteindre 10 000 emplois à l’avenir. 

Pourquoi un investisseur choisirait Rabat-Salé-Kénitra plutôt que les régions de Casablanca ou Tanger ? 

Comparé à Casablanca et Tanger, ici les salaires sont moins élevés, l’accès au foncier est plus rapide et moins cher, et bien sûr il y a la qualité de vie de la capitale. Rabat seule est une ville administrative et de services, qui connait un gros boom dans les métiers de l’hôtellerie, de l’animation et du tourisme. Et elle abrite le premier bassin d’enseignement supérieur du Royaume, avec 30 000 diplômés par an et 25 000 lauréats de la formation professionnelle. Si elle ne compte que deux zones industrielles, la région, elle, en comprend vingt-deux. Les principales sont à Kénitra et Khémisset. Voilà comment Rabat-Salé-Kénitra est devenue first to mind (référente) au niveau industriel. On reçoit des délégations qui viennent du monde entier. C’est le résultat de la stabilité politique et des accords de libre-échange signés avec l’Europe, l’Afrique et les USA. Et de l’excellente connectivité de la région. La mobilité de la main d’œuvre est essentielle, les employés du gros bassin industriel à Kenitra viennent de Khémisset, de Sidi Kacem ou encore de Sidi Slimane. 

Quels investisseurs ont récemment montré de l’intérêt pour la région de Rabat ? 

Nous ne pouvons pas communiquer sur les prospects en cours de conversion ou d’installation tant que ce n’est pas acté. Pour ce qui a été rendu public, en 2024 le CRI a reçu des investisseurs internationaux en provenance de la Chine, du Japon, de la Corée du Sud, de la Turquie, de l’Italie, de l’Espagne, du Bahreïn et des ÉtatsUnis, entre autres. De plus, des délégations d’institutionnels étrangers font le déplacement : la Corporate Affairs Commission du Nigeria, l’Association de l’Industrie Ferroviaire du Royaume-Uni et une délégation de femmes d’affaires bahreïnies. En 2025, des délégations d’investisseurs et de chefs d’entreprise chinoises, françaises, russes, allemandes, émiratis, camerounaises ont également été reçues. 

Quels sont les projets qui vous ont marqué ? Et les échecs ? Et y a-t-il une nouvelle génération de PME/TPME émergentes ? 

On a prévu une campagne de communication qui parlera des principaux secteurs de la région (automobile, hôtellerie, textile…) et d’entreprises qui ont une actualité en lien avec le CRI. On souhaite mettre en avant aussi bien les PME que les mastodontes. La première vidéo publiée concerne l’économie du savoir et le groupe Université Internationale de Rabat. Du côté des « petits » on va parler du Braat Hôtel à Rabat ou encore de Cnexia dans l’outsourcing. Côté « gros » ce sera par exemple l’industrie automobile avec SEBN à Salé. Concernant une nouvelle génération d’entreprises, je n’aime pas citer de noms en particulier, mais il y a bien un joli dossier que j’ai apprécié, une boite maro-marocaine : Tuyauto, implantée à Ain Johra dans la zone industrielle Khémisset. C’est une sous-traitante de Stellantis. Ce que j’aime bien, ce sont les boites 100 % marocaines qu’on accompagne depuis l’identification foncière jusqu’au moment de la signature de la charte, quand ils appuient sur le bouton démarrer. Du côté des investisseurs étrangers, je pense à cet opérateur saoudien, Al Massira Paper, qui est dans la fabrication et le recyclage du papier. Ils sont en cours de construction à Kénitra Atlantic Free Zone. Enfin sur les projets qui seraient un échec, je n’ai pas encore d’information. 

Comment le CRI intègre-t-il les dimensions territoriale et sociale dans sa stratégie ? 

Le nouveau plan d’action 2026 donne la priorité aux provinces de la région autres que Rabat. Nous tenons compte des contraintes propres aux métiers des investisseurs, et on leur présente les atouts spécifiques à chaque territoire, assortis de dispositifs incitatifs. Exemple, dans la province de Khémisset le chômage est au-dessus de 20 %. Si on se rapproche de l’OFPPT et de l’ANAPEC pour déployer une stratégie de formations professionnelles, ça représente un bassin d’emploi important. Les prix du foncier sont également intéressants. Tout combiné, c’est ce qui fait que la zone industrielle d’Aïn Johra à Khémisset performe. Quant à Rabat, le nouveau programme de développement territorial intégré met l’accent sur les femmes et les jeunes des arrondissements de Youssoufia et Yacoub Al Mansour. C’est en cours donc on ne peut encore rien dire, mais on travaille dessus. 

Un dernier message ? 

Depuis mon retour au Maroc en 2006, le Royaume s’est métamorphosé. On voit le déploiement de la vision royale, des stratégies régionales et territoriales. Les autorisations et le climat des affaires se sont beaucoup simplifiés. On a énormément de MRE qui viennent nous voir en permanence. Au CRI, on est animé par la volonté d’avoir un impact et on veut transformer le destin des jeunes. 

Propos recueillis par David Le Doaré

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