Le docu contre les violences juridiques

L’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM) vient de présenter « Les Invisibles », un film qui raconte la souffrance que subissent les femmes victimes d’injustices et confrontées à la mécanique juridique.

Salma, Hanane et Laïla ont des profils différents, mais leurs trajectoires se rencontrent au moment où elles décident de faire valoir leurs droits face aux injustices dont elles sont victimes. Il y a d’abord Salma, mère célibataire d’un enfant fruit d’un amour avec un homme qui l’a abandonnée. Elle doit trouver les moyens pour élever son bébé dans un cadre convenable, mais elle doit aussi se battre pour établir la filiation de son enfant. Hanane est, quant à elle, veuve depuis dix ans. Elle doit faire face à une double injustice liée à la succession : un frère qui la prive de l’héritage paternel et la famille de son défunt mari qui conteste les droits de ses enfants. Enfin, il y a Laïla, qui a subi un mariage précoce soldé par un divorce et qui doit assumer seule l’éducation de sa fille de quinze ans et de son fils adulte en situation de handicap. Des parcours qui donnent une idée sur le combat que mènent ces femmes marocaines. « Les Invisibles » est un documentaire immersif, qui en mettant le doigt sur des injustices vécues par des femmes issues des quatre coins du Royaume et de milieux sociaux différents, vise à « nourrir le débat national sur l’égalité, la justice et la réforme du Code de la famille », rapporte-t-on du côté de l’ADFM.

« De la colère et de la résilience »

« Ce film est né d’une urgence personnelle et collective », explique tout d’abord Rita El Quessar, coréalisatrice du film. Avant d’ajouter : « Je veux raconter ce que cela fait d’être confrontée à ces murs invisibles, à ces règles qui vous coupent la voix quand vous pensiez l’avoir retrouvée. Ce documentaire n’est pas une démonstration froide. C’est une expérience humaine, une invitation à ressentir plus qu’à comprendre. Ce film est né d’une colère sourde, mais aussi d’une admiration infinie pour la résilience de ces femmes. Leurs solitudes se croisent sans jamais se rencontrer, mais elles se répondent, comme des voix différentes d’une même mélodie. Je veux rendre hommage à celles qui, loin des projecteurs, inventent chaque jour de nouvelles façons de se tenir debout. » « Les Invisibles » ne se limite pas à raconter les histoires de ces trois femmes, mais donne à entendre des voix de juristes, d’acteurs et actrices associatifs et des alems religieux qui donnent un puissant éclairage sur les problèmes d’inégalités juridiques. « Ces témoignages serviront à interpeller directement les décideurs politiques. En mettant en lumière les conséquences tangibles et souvent dramatiques des lacunes du Code de la famille, nous exerçons une pression constructive sur les institutions pour qu’elles prennent des mesures concrètes. Le documentaire se veut un plaidoyer fort, un appel à l’action pour que les lois reflètent enfin une société plus juste et équitable pour toutes les femmes marocaines », conclut Bahija Lyoubi, porte-parole de l’ADFM et responsable du suivi et de la coordination. Un plaidoyer en image et en mise en récit pour un Maroc plus juste envers ses femmes.

                                                                                                          Younes Baâmrani

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