Le beau pour se reconstruire

Clap de fin de la 5e édition du festival du film d’Oukacha. Un événement visant à offrir une nouvelle perspective aux détenus mineurs des prisons de Casablanca et d’autres villes et à les encourager à chercher leur voie à travers l’art et le cinéma.

Le 13 décembre dernier la cinquième édition du festival du film d’Oukacha, placée cette année sous le thème « le beau peut changer le monde » s’est achevée avec la cérémonie de remise des prix aux jeunes réalisateurs, tous des jeunes détenus résidents dans des centres de réforme de Oukacha à Casablanca, mais aussi de Beni Mellal et de Khouribga. Au programme également, des ateliers d’arts plastiques pour les jeunes dont les tableaux ont été ensuite exposés. Les jeunes détenus ont aussi pu assister à des projections de films, notamment « Le silence des violons » avec la présence de son réalisateur Saad Chraïbi ainsi que « Fez summer 55 » avec la participation active du réalisateur Abdelhaï Laraki.

Des caméras dans les prisons

Cette initiative est portée depuis six ans par Fatna El Bouih, fondatrice de l’association Relais Prison-Société et directrice du festival du film d’Oukacha. Tout a commencé par l’organisation en 2018, d’un ftour au profit des détenus mineurs d’Okacha. « Nous avons projeté un film et ramené des acteurs et le réalisateur pour en discuter. On a bien vu que les jeunes montraient un intérêt évident pour l’image », se souvient Fatna El Bouih. 

La première édition du Festival d’Oukacha a lieu la même année. Avec tout d’abord de la formation sur les métiers du cinéma, l’histoire du cinéma, et des projections de films, deux le matin et deux l’après-midi. Des films pédagogiques, mais aussi des films qui traitent des maux de la société marocaine. Les projections sont suivies de débats avec les réalisateurs des films avec la présence d’acteurs, de critiques cinéma. Le jury est composé de sept jeunes qui ont été encadrés au préalable pour jouer ce rôle. Tout cela dans l’enceinte même du Centre de réforme et de rééducation relevant de la prison locale Aïn Sbaâ à Casablanca. 

« En 2023, nous avons décidé de changer de cap. Nous avons continué à faire de la formation photo et caméra, mais nous avons décidé d’accompagner ces jeunes pour des productions. Nous avons étendu ce programme à deux autres centres pénitenciers de mineurs, celui d’Agadir et de Beni Mellal. Pour la première fois, la caméra est rentrée dans les prisons marocaines. C’était de l’apprentissage de la prise de photo et de la production de films, mais dans un cadre surveillé et pédagogique. L’année suivante, Meknès et Tétouan se sont ajoutées aux autres centres », explique Fatna El Bouih.

L’édition 2024 a apporté son lot de nouveautés. Cette fois-ci, ce sont les jeunes lauréats de la filière les Métiers du cinéma et de l’audiovisuel de l’École nationale supérieure d’art et de design (ENSAD) qui ont formé les jeunes détenus résidents des centres pénitentiaires de réforme de Oukacha, Béni Mellal, et Khouribga. Ils les ont accompagnés de la conception de l’idée à la réalisation du film. « C’est une expérience enrichissante et qui a permis d’installer une tradition de formation par les pairs. Cela marche toujours quand ce sont des jeunes qui encadrent d’autres jeunes. De plus, cette année, ce sont les jeunes détenus qui ont été récompensés pour leurs films », conclut Fatna El Bouih.

                                                                                                          Hicham Houdaïfa

Fatna El Bouih fondatrice de l’association Relais Prison-Société et directrice du festival du film d’Oukacha

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