Abelhamid Addou, Président-Directeur Général de Royal Air Maroc
L’été dernier, Royal Air Maroc a dévoilé un ambitieux plan de développement. Pouvez-vous nous en dire plus ? Quel est l’objectif de ce plan ?
Faisant suite aux Hautes Orientations Royales visant à doter notre pays d’un outil efficace et dynamique à même d’accompagner les orientations stratégiques du Royaume, Royal Air Maroc a entamé une réflexion autour de sa trajectoire de développement. Cela s’est concrétisé, en juillet dernier, par la signature du contrat-programme 2023-2037 avec le Gouvernement. Celui-ci fixe la feuille de route de la compagnie et accompagne le déploiement de son nouveau business model visant à faire de Royal Air Maroc un transporteur global au service du pays, de son économie et de son rayonnement. Dans ce cadre, la compagnie sera dotée d’une flotte de 200 avions qui transportera près de 32 millions de passagers par an. Aujourd’hui, la compagnie axe son trafic sur le hub de Casablanca, qui assure des connexions avec une zone géographique limitée au Nord à une partie de l’Europe Occidentale et au sud à l’Afrique de l’Ouest. Quelques routes aériennes long-courriers vers le continent américain et vers le Moyen-Orient s’y ajoutent.
Royal Air Maroc ambitionne de passer du statut de compagnie traditionnelle, dotée d’un hub régional moyen-courrier Nord-Sud, à celui de transporteur global, avec un rythme de croissance supérieur, en exploitant un hub trans-continental Nord-Sud et Est-Ouest. Ce hub sera renforcé par une nouvelle approche point à point à travers une série de bases aériennes installées dans les plus grandes villes du Royaume. L’objectif est de rattacher celles-ci aux villes les plus pourvoyeuses de touristes ainsi qu’à celles accueillant de nombreux Marocains du Monde et des diasporas africaines.
Cette vision passe, à court terme, par le renforcement de l’offre sur le réseau actuel et par une première série de développements sur les réseaux moyen-courrier et long-courrier. Au préalable, nous avons préparé cette transition à travers un nouveau positionnement de la marque Royal Air Maroc, l’apport d’innovations en matière de service, le déploiement de notre transformation digitale…
L’Afrique, notamment, est-elle un axe prioritaire de développement ?
Comme l’attestent le nouveau positionnement et la nouvelle plateforme de Royal Air Maroc #DreamAfrica #MeetMoroco, l’Afrique constitue le cœur battant de ce développement. En effet, ce plan de développement consolide notre identité marocaine et africaine et s’inscrit dans la vision stratégique de Sa Majesté le Roi, favorisant la coopération Sud-Sud et l’accélération de notre développement commun.
Porte-drapeau du Maroc dans 46 pays, Royal Air Maroc a réussi à installer à Casablanca un hub entre l’Afrique, l’Europe et l’Amérique du Nord et souhaite consolider son rôle de plaque tournante de transit pour l’Afrique subsaharienne. L’objectif est de mettre en place, à l’horizon 2037, plus d’une centaine de nouvelles destinations internationales pour mieux connecter le Royaume et l’Afrique. Par ailleurs, Royal Air Maroc est la première compagnie africaine à être devenue membre à part entière de l’alliance oneworld. Dans ce cadre, plusieurs accords de codeshare ou partenariats ont été signés avec des compagnies aériennes africaines. Il s’agit notamment de Kenya Airways et Air Sénégal.
RAM a annoncé le lancement prochain d’un appel d’offres pour 200 avions. Quand sera-t-il lancé ?
RAM travaille, dans le cadre de workshops bilatéraux, avec les avionneurs et les motoristes depuis le dernier trimestre 2023. Sur la base de ce travail, nous sommes en train d’élaborer les appels d’offres qui seront lancés au cours du second trimestre 2024.
De quelle manière allez-vous financer ces ambitions ?
Royal Air Maroc fera appel à l’ensemble des sources de financement disponibles aussi bien sur le marché national qu’international. Elle n’hésitera pas à recourir à des solutions innovantes, comme cela a déjà été réalisé auparavant. Ainsi, les financements pourraient être portés par des banques, des loueurs d’avions, des investisseurs institutionnels directement ou via le marché des capitaux… Ils seront également accompagnés par les actionnaires, qui renforceront les capitaux propres de l’entreprise.
De quelle manière RAM a-t-elle pu traverser la crise inédite du Covid-19 ?
La crise sanitaire a mis le transport aérien à rude épreuve. Des avions cloués au sol à la suspension des lignes, en passant par la cession des avions, Royal Air Maroc a traversé la pire crise de son histoire. Nous avons ainsi mis en place un plan de sortie de crise qui incluait un plan de restructuration portant sur le redimensionnement optimal de la flotte, l’optimisation des charges, le reprofilage des effectifs, ainsi que la mise en place de process agiles et efficaces.
Les acteurs du secteur aérien ont désormais, en majorité, pu dépasser la phase critique de la crise. C’est le cas pour Royal Air Maroc. Le contrat-programme signé avec le Gouvernement vient capitaliser sur cette sortie de crise afin d’impulser un nouvel élan à la stratégie de croissance de Royal Air Maroc.
Comment voyez-vous le marché des lignes intérieures, au Maroc, évoluer à l’horizon 2030 ?
En tant qu’acteur majeur dans la promotion du tourisme national, Royal Air Maroc place le désenclavement territorial au cœur de ses priorités. Dans le cadre de son développement, Royal Air Maroc a étudié son offre aérienne actuelle afin de mieux répondre à la demande croissante du marché.
Au-delà du réseau radial sur le hub de Casablanca, un projet de réseau intérieur transversal sera développé pour les douze régions du Royaume avec de nouvelles dessertes au départ de Casablanca, Rabat et Agadir. De nouvelles lignes transversales connectant Fès, Nador, Oujda, Guelmim, Laâyoune et Dakhla seront également mises en place pour aboutir à 46 lignes desservies et 173 fréquences. La réalisation de ces projets dépend cependant de la capacité de la flotte et des partenariats conclus avec les autorités locales, avec lesquelles nous sommes déjà en discussion. Ce programme sera néanmoins adapté et révisé en fonction de l’offre concurrentielle qui sera injectée, afin de ne pas engager RAM dans des investissements hasardeux.
Comment prenez-vous en compte la nécessité d’aller vers un transport aérien plus écologique ?
Nous sommes conscients de l’urgence climatique, et nous inscrivons la lutte pour la préservation de l’environnement parmi nos priorités. Nous nous engageons à accélérer le processus de décarbonation du transport aérien marocain.
Nous nous sommes notamment engagés dans un vaste programme de renouvellement de la flotte afin de disposer d’avions modernes. Nous avons mené également plusieurs actions pour nous diriger vers la transition vers le SAF (Sustainable Aviation Fuel, carburant durable d’aviation). En collaboration avec Afriquia SMDC, Royal Air Maroc a lancé, le 9 décembre dernier, le premier vol neutre en carbone avitaillé en carburant d’aviation durable au départ de l’Afrique, opéré de Casablanca à Dakar avec un Boeing 787-9.
Aussi, Royal Air Maroc œuvre pour la décarbonation de l’aviation à travers son programme Fuel Efficiency, qui a déjà permis à la compagnie de réduire son empreinte carbone de 8 %. Ce programme repose sur des actions innovantes d’efficience des opérations en vol, au sol et en maintenance, de renouvellement de la flotte…
Entretien réalisé par Rémy Pigaglio
