Nicolas Fouquet : Directeur Général Afrique du Nord et Sahel d’Air France
Pouvez-vous nous en dire plus sur la présence et l’activité d’Air France dans la région Afrique du Nord et Sahel ?
Air France dessert 11 destinations différentes dans la région – 14 durant la période de pointe en été – et 127 vols sont effectués chaque semaine – 140 en pointe.
Elle est particulière pour Air France puisque c’est la seule région du monde qui allie à la fois une offre moyen-courrier, avec l’Afrique du Nord, et long-courrier, avec le Sahel. On y observe un développement certain depuis quelques années, notamment au Maroc, qui est une destination particulièrement dynamique.
Considérez-nous que le secteur aérien est définitivement sorti des « turbulences » de la crise du Covid ?
La reprise est définitivement installée, mais pas dans toutes les régions du monde. L’année 2024 marquera effectivement le retour d’une offre mondiale du transport aérien au niveau de 2019. Le Covid est aussi derrière nous quand l’on regarde le niveau du résultat opérationnel de la compagnie.
Air France a tourné la page du Covid mais la crise a creusé notre endettement, qu’il nous faut rembourser.
Air France-KLM a annoncé avoir réalisé le meilleur chiffre d’affaires de son histoire en 2023. Comment le groupe a-t-il a pu traverser la crise et afficher aussi rapidement une telle santé ?
Pour traverser la crise, le principal levier a été la capacité d’adaptation de la compagnie. C’est ce qui nous a permis à la fois de nous transformer et de redéployer des capacités rapidement là où la demande était plus forte. Nous sortons de cette crise plus agile, ce qui est nécessaire dans un monde en perpétuelle évolution. Cette réussite est enfin le résultat de la confiance de nos clients et de l’engagement de nos personnels.
L’endettement que vous évoquiez est-il donc constitué d’aides publiques ?
Non, les aides d’État ont toutes été remboursées dès 2023. Mais, désormais, il faut rembourser les prêts qui ont été contractés pour rembourser ces aides. Nous avons lancé une vaste transformation du groupe pour améliorer notre compétitivité. Nous avons aujourd’hui une marge opérationnelle à 5,7 %. L’objectif est d’atteindre 8 %.
Avez-vous constaté une évolution des usages par rapport à la période antérieure à la pandémie de coronavirus ?
C’est une évolution très forte : nous constatons une forte diminution du voyage d’affaires courte durée et courte distance. Trois facteurs l’expliquent. Il y a d’abord le développement de la visioconférence. Il y a ensuite la volonté de sobriété énergétique, qui a pris une place importante en Europe, notamment en raison de la guerre en Ukraine. Enfin, il y a une prise de conscience de plus en plus importante de l’impact environnemental du transport aérien. Nous constatons en revanche un développement des voyages que nous qualifions de premium loisirs, avec des clients qui choisissent de voyager en cabine Business ou La Première pour leurs vacances.
En ce qui concerne le trafic affaires moyen et long-courrier, il revient petit à petit au niveau d’avant la crise. Les gens n’ont pas renoncé au voyage pour négocier ou signer un contrat. Nous le constatons d’ailleurs au Maroc. Le trafic de ce type n’est certes pas revenu au niveau de 2019, mais il poursuit sa croissance. Nous accompagnons ces demandes en faisant évoluer notre offre.
Comment voyez-vous le marché marocain évoluer dans les prochaines années ?
Je dois d’abord préciser que nous sommes très fiers qu’Air France ait fêté ses 90 années de présence dans le Royaume en 2023. Aujourd’hui, nous avons 75 vols par semaine – 77 pendant la période de pointe de l’été – et cinq destinations : Casablanca, Rabat, Marrakech, Tanger et Agadir. Nous voulons renforcer notre desserte sur Rabat dès l’été prochain et nous voudrions que Tanger soit desservie toute l’année, et non seulement l’été comme aujourd’hui.
Le marché marocain est dynamique. Il est porté par l’attractivité touristique du Maroc, qui va se renforcer au fur et à mesure que le pays va organiser les grands événements prévus ces prochaines années. Il l’est aussi par le dynamisme économique du Royaume, qui engendre du voyage
d’affaires, qui se fait soit au départ du Maroc, soit au départ du monde entier vers le Maroc. À travers le hub Paris-Charles de Gaulle, nous relions le Maroc au monde entier. Dans la région, plus de la moitié des clients sur nos avions réalisent une correspondance à Paris.
Pour autant, l’année 2024 présente un certain nombre de défis pour tout le secteur. Le contexte géopolitique, notamment, est compliqué, et certains peuvent confondre le Maroc avec des pays du Moyen-Orient. La tendance inflationniste, aussi, va se répercuter sur les coûts des compagnies aériennes. Également, les fortes tensions sur les supply chains des avionneurs et des équipementiers touchent les compagnies. Enfin, nous constatons tout de même une forme de ralentissement de la demande.
Comment faites-vous face à la forte concurrence dans le Royaume, avec une présence très importante de compagnies à bas coût ?
Nous nous renforçons sur ce que nous faisons bien. Air France est une compagnie premium, qui s’appuie sur un trafic de correspondance à Paris-Charles de Gaulle. Le trafic point à point pratiqué par les compagnies à bas coût n’est pas notre cœur de métier. Mais c’est celui de notre filiale, Transavia, qui se développe de façon très soutenue au Maroc.
Comment la compagnie prend-elle en compte l’enjeu écologique ?
Air France est, depuis plusieurs années, engagée dans une démarche de réduction de son empreinte environnementale. La compagnie s’est fixé des objectifs à moyen et long termes avec, pour 2030, la réduction de 30 % des émissions de CO2 par passager/ km par rapport à 2019.
Baptisée « Air France Act », cette trajectoire de décarbonation repose sur quatre leviers principaux. Le premier est le renouvellement de notre flotte, avec un objectif de 80 % d’avions de dernière génération dans notre flotte d’ici 2030. Ces avions permettent une diminution jusqu’à 25 % des émissions de CO2 et leur empreinte sonore est réduite d’un tiers. Ensuite, nous allons avoir davantage
recours aux carburants d’aviation durables (ou sustainable aviation fuel, SAF), qui permettent au minimum une réduction de 75 % des émissions de CO2 par rapport au kérosène sur l’ensemble du cycle de vie. L’objectif est d’en incorporer aumoins10%en2030,puis70% à l’horizon 2050. En 2023, pour la deuxième année consécutive, Air France-KLM a été le premier utilisateur mondial de SAF. Le groupe a consommé 17 % de la production mondiale totale. Il existe néanmoins la problématique de sa disponibilité et de son coût. Nous réservons en tout cas déjà du SAF pour les années à venir et nous commençons à investir, avec des acteurs en France et en Europe, dans des usines de production.
Aussi, nous mettons en place des mesures opérationnelles, qui sont à effet immédiat : roulage sur un seul moteur, routes directes, descente continue.
Enfin, nous favorisons l’intermodalité, c’est-à-dire la possibilité de combiner sur un seul billet un trajet en train et un trajet en avion afin de favoriser l’utilisation de solutions bas carbone à chaque fois qu’elles sont disponibles.
Entretien réalisé par Rémy Pigaglio
