
Nadia Zeddou, Fondatrice et Directrice générale du Cabinet GREEN WAVE
La décarbonation est un mot très utilisé dernièrement et qui le sera davantage avec l’entrée en vigueur de la taxe carbone aux frontières du marché européen. Cette taxe mise en place par l’Union européenne consiste à imposer aux produits importés sur son territoire d’avoir une empreinte carbone réduite comme signe d’engagement et de contribution à la lutte contre les changements climatiques.
La décarbonation exige de la part des entreprises d’investir dans des modes de production plus propres, plus sobres et plus performants, voire parfois disruptifs. Des investissements à caractère obligatoire si l’entreprise souhaite sauvegarder ses parts du marché européen. Cette vision de la décarbonation se focalise sur l’aval de la chaine de production, à savoir le marché, sans pour autant mettre en avant ses avantages sur l’entreprise, ses performances et in fine sa compétitivité.
Décarboner c’est réduire l’empreinte carbone d’un produit ou d’un service, depuis sa conception jusqu’à sa mise sur le marché. C’est une action intégrée qui suppose une approche globale incluant l’ensemble des intrants directs et indirects, pour générer un impact concret sur l’empreinte carbone, le coût de production et le prix de vente.
Changer la perception de la décarbonation
À première vue, la décarbonation pourrait alourdir les entreprises avec de nouveaux investissements en outils de production, en intrants… dits « verts ». Par conséquent, la décarbonation contribuerait à augmenter les coûts de production et donc à réduire la compétitivité des entreprises, surtout dans un marché où la concurrence est de plus en plus rude. Ainsi, selon cette vision, la décarbonation devient obligatoire et limitée à des facteurs réducteurs de la compétitivité et de l’accessibi-ité aux marchés.
En revanche, si l’entreprise améliore sa compétitivité à travers la décarbonation, le dilemme devient alors équilibré et l’accès aux marchés est assuré. Ce changement de perception est primordial pour qu’une entreprise adhère à la décarbonation et en tire profit pour améliorer sa compétitivité.
Sur le terrain, on nous pose fréquemment la question suivante : « Oui, mais comment mon entreprise peut-elle profiter de la décarbonation pour améliorer sa compétitivité ? »
La réponse classique est d’activer les 6 leviers majeurs de la décarbonation, à savoir :
– La performance et la sobriété énergétique ;
– L’introduction d’énergie verte ;
– Le recyclage et la circularité ;
– La modernisation et la digitalisation des outils de production ;
– Le choix de fournisseurs éclairés.
Or pour le Maroc, les leviers à fort impact sur l’empreinte carbone sont la performance et la sobriété énergétique ainsi que l’introduction d’énergie verte étant donné que l’énergie utilisée actuellement est issue à plus de 80 % de sources fossiles (charbon et produits pétroliers).
L’énergie verte, un réel choc de compétitivité industrielle
D’autre part, l’énergie comme intrant peut créer un réel choc de compétitivité industrielle si son coût baisse de 1Dhs/kWh à 0,5 Dhs/kWh tel que précisé dans le NMD (Nouveau modèle de développement).
De ce fait, décarboner au Maroc c’est agir sur l’énergie et implicitement améliorer la compétitivité de l’entreprise à travers la réduction des ratios spécifiques de production sans pour autant agir sur les marges ou les coûts de vente sur un marché donné. Ce gain au niveau des ratios de production offre à l’entreprise plus de marge de manœuvre pour réviser ses prix face à la concurrence.
Améliorer les performances énergétiques d’une entreprise, c’est la rendre écoénergétique et moins coûteuse à exploiter à travers différentes actions ainsi que par des investissements qui pourraient parfois être qualifiés de « non productifs » par les entreprises, surtout quand il s’agit par exemple d’utilités industrielles. Or, ces actions doivent être mises en place pour avoir un maximum d’impact sur les performances énergétiques de l’entreprise.
Par ailleurs, l’intégration d’une énergie verte dans le mix énergétique de l’entreprise permet d’accéder à une énergie moins coûteuse que celle offerte par le réseau, et qui aura tendance à devenir gratuite une fois que l’investissement dans l’installation est amorti.
Si le recours à une énergie verte peut générer des économies de plus de 30 % de la consommation journalière de l’entreprise, l’amélioration de la performance énergétique peut accroitre davantage ces économies pour atteindre plus de 45 % voire 56 % dans certains cas, selon notre retour d’expérience.
Cas pratique :
Une entreprise active dans le secteur de la transformation et le travail du métal, installée sur Casablanca ayant mis en place le plan de performances énergétique et intégré le solaire photovoltaïque :
Situation initiale :
1. Ratio de consommation spécifique en kWh/unité transformée : 0,1 KWh
2. Ratio de consommation spécifique en Dhs/unité transformée (coût moyen de 1 Dhs/ kWh) : 0,1 Dhs
Situation avec actions d’efficacité énergétique et d’énergies renouvelables :
- Ratio de consommation spécifique en kWh/unité transformée : 0,07 KWh
- Ratio de consommation spéci-fique en Dhs/unité transformée (coût moyen incluant celui du solaire PV) : 0,05 Dhs
Selon le retour d’expérience de l’entreprise, le fait de gagner 40 % sur la part de l’énergie dans le coût de production a initié tout un process d’analyse de la compétitivité, en adoptant la même approche alignant décarbonation, optimisation des ressources, et performances des méthodes de production, pour une même qualité de services voir parfois meilleure surtout en termes de délai.
La décarbonation doit être considérée par les entreprises comme une opportunité afin d’améliorer leurs performances et leur compétitivité sur le marché. Au-delà de son caractère obligatoire, elle doit s’intégrer dans une démarche volontariste de l’entreprise dont l’objectif principal est l’excellence industrielle.
