Football : le Maroc est-il prêt à accueillir la Coupe du monde ?

Une candidature de plus en plus solide

Fort d’un parcours exceptionnel à la Coupe du monde 2022, le Maroc dispose de très nombreux atouts pour organiser prochainement cette compétition. Ainsi, après plusieurs tentatives infructueuses, le Royaume envisage avec optimisme sa 6e candidature.

u lendemain de la Coupe du monde de football 2022, qui a vu l’équipe nationale marocaine atteindre pour la première fois de son histoire les demi-finales, la question d’une candidature pour accueillir la compétition au sein du Royaume a immédiatement ressurgi. En effet, grâce à son parcours exceptionnel au Qatar, le Maroc a pris une nouvelle dimension dans l’univers du football et cela pourrait enfin lui offrir la possibilité d’organiser le plus grand événement sportif de la planète.

L’union fait la force

Le 14 mars dernier, à Kigali, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a officiellement annoncé la candidature conjointe du Maroc avec l’Espagne et le Portugal à la Coupe du monde 2030. Cette annonce a été effectuée à l’occasion de la remise du Prix de l’Excellence de la Confédération Africaine de Football (CAF) pour l’année 2022.

Après avoir été candidat pour les Coupes du monde 1994, 1998, 2006, 2010 et 2026, le Royaume chérifien semble aujourd’hui mieux armé que jamais pour convaincre les membres de la FIFA en vue d’une prochaine édition. Seulement devancé par le trio États-Unis-Canada-Mexique en 2018, pour l’obtention de la compétition 2026, le Maroc progresse lors de chaque tentative en faisant preuve d’une solide persévérance. Ainsi, juste après ce dernier échec, Sa Majesté le Roi Mohammed VI avait déjà donné ses instructions afin que le pays présente une 6e candidature pour la Coupe du monde 2030*. Cette volonté, au plus haut niveau, est d’ailleurs très appréciée par la FIFA, qui a fait du soutien politique un critère essentiel dans l’évaluation des candidats.

Cette alliance avec l’Espagne et le Portugal donne une stature nouvelle à la candidature du Maroc sachant que la Coupe du Monde accueillera, à partir de 2026, 48 équipes, contre 32 lors des précédentes éditions, ce qui exigera des infrastructures et un niveau d’organisation beaucoup plus importants. Cela a d’ailleurs probablement compté dans le choix du trio États-Unis – Canada – Mexique pour 2026. Et ce n’est sans doute pas un hasard si la plupart des projets évoqués pour 2030 sont portés par plusieurs pays. Par exemple, l’Uruguay, hôte de la première édition en 1930, souhaite organiser celle du centenaire aux côtés de l’Argentine, du Chili et du Paraguay. Même chose pour l’Arabie saoudite, l’Égypte et la Grèce, qui ont révélé, il y a quelques mois, être en discussions pour envisager une candidature commune.

Les nombreux atouts du Royaume

À cette candidature conjointe avec l’Espagne et le Portugal, le Maroc apporte de très sérieux atouts. Tout d’abord, le Royaume est reconnu comme un pays stable et sûr, capable d’assurer la sécurité de n’importe quel grand événement. Cet aspect est l’un des critères clés de la FIFA et le savoir-faire marocain n’est plus à démontrer. Ainsi, lors de la Coupe du monde 2022, le Qatar a fait appel au Maroc pour l’accompagner dans toutes les dispositions sécuritaires liées à la compétition. Plusieurs milliers de policiers du Royaume ont notamment été déployés durant l’événement et différentes formations à la gestion des foules ont été organisées en amont. Une collaboration saluée par le pays hôte, qui a officiellement remercié la Direction générale de la sécurité nationale (DGSN) en janvier dernier : « nous avons senti votre coopération dans de nombreuses contributions qui ont joué un rôle majeur dans le succès de la compétition, reconnu par le monde entier »**.

De même, d’autres critères de la FIFA constituent des points forts pour le pays. Les infrastructures de transports et de déplacements se sont par exemple particulièrement améliorées ces dernières années, avec la construction de nouvelles autoroutes, le lancement de la LGV, la mise à niveau des aéroports…. Même constat en ce qui concerne les villes, avec les métamorphoses de Casablanca, Rabat ou Agadir, grâce, entre autres, aux tramways. Tout pour fluidifier la circulation du public lors d’une Coupe du monde, y compris dans l’éventualité d’un déplacement en Espagne ou au Portugal. Enfin, comment ne pas citer l’exceptionnel dispositif touristique du Royaume, dont la capacité d’hébergement approche les 300000 lits et se développe encore? La réputation du pays n’est plus à faire et la FIFA sait que les supporters de toutes les équipes pourraient facilement être accueillis dans d’excellentes conditions.

Une Coupe du monde plus écologique

Parmi les critères sur lesquels le Maroc pourrait également faire bonne impression, il faut citer le développement durable. Après une édition 2022 très critiquée pour ses stades climatisés et ses incessantes navettes aériennes – avec 160 vols quotidiens pour transporter les supporters logés dans les pays voisins, puis une édition 2026 nécessitant des trajets à travers trois immenses territoires – États-Unis, Canada et Mexique, une édition au Maroc ferait figure d’événement écologique, la péninsule ibérique étant distante de seulement quatorze kilomètres.

De plus, à l’occasion de leur candidature, le Maroc, l’Espagne et le Portugal, pourraient mettre en avant les énergies renouvelables. Dans le Royaume, elles constituent aujourd’hui plus de 38 % du mix énergétique. Et le pays a pour objectif de dépasser les 52 % à l’horizon 2030, ce qui reflète l’engagement du Maroc à propos du changement climatique.

Un savoir-faire événementiel reconnu

Cet engagement a également été affiché lors de la COP22 en 2016 à Marrakech. Un événement durant lequel le Royaume avait aussi pu démontrer son savoir-faire en matière d’organisation. La rencontre planétaire, qui a accueilli près de 30000 délégués de 197 pays, dont 60 chefs d’État, avait ainsi permis de mettre en exergue l’expertise locale. De même, le Maroc organise régulièrement des manifestations sportives internationales, renforçant à chaque fois sa crédibilité en la matière. Dernière en date, la Coupe du monde des clubs de la FIFA, qui s’est déroulée en février 2023 à Rabat et Tanger, a par exemple été particulièrement appréciée par Carlo Ancelotti, entraîneur du Real Madrid : « le Mondial est très bien organisé, les installations sportives sont excellentes et les stades très beaux Â», a-t-il notamment déclaré en conférence presse.

Programmée pour la 3e fois au Maroc, après les éditions de 2013 et 2014, cette compétition comportait peu de matchs, mais a constitué une vitrine internationale pour le Royaume, qui a pu exposer au monde ses infrastructures dans tous les domaines : transport, hôtellerie, stades….

Des infrastructures sportives exceptionnelles…

Ce potentiel ne surprend pas Gianni Infantino, président de la FIFA, qui est convaincu depuis longtemps par les capacités du pays : « je suis heureux d’être de retour chez moi, au Maroc. C’est un pays de football (…), un pays qui vit le football depuis toujours (…) Il est évident que si on n’avait pas une confiance pleine et entière, on ne serait pas ici pour organiser cette Coupe du monde des clubs. Après la Coupe du monde organisée au Qatar, cet événement prend une ampleur particulière dans le monde et le Maroc fait cela parfaitement bien », déclarait-il en arrivant à Tanger début février dernier, à l’occasion de la Coupe du monde des clubs FIFA. Bien avant que son équipe nationale ne brille au Qatar, le Royaume a bâti de solides fondations pour développer ce sport qui passionne toute sa population. Sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, différents projets de grande envergure ont vu le jour et portent aujourd’hui leurs fruits. Ainsi, en 2007, les travaux de l’Académie Mohammed VI de Football sont lancés sous la direction de Nasser Larguet (lire l’entretien ci-après), avec l’objectif de dynamiser le football national.

Quinze ans plus tard, l’académie est considérée comme l’une des meilleures au monde et compte quatre de ses anciens pensionnaires en demi-finale de la Coupe du monde, en plus des nombreux joueurs évoluant dans les grands clubs marocains et européens notamment. Plus récemment, en décembre 2019, c’est le Complexe Mohammed VI de Football qui a ouvert ses portes près de Rabat. Considéré par Vahid Halilhodzic, ex-sélectionneur du Maroc, comme le meilleur centre technique du monde, il a impressionné tous les visiteurs lors de la Coupe du monde des clubs.

Enfin, en plus de ces installations exceptionnelles, la FRMF a aussi mené un vaste programme de développement des infrastructures à travers tout le Royaume. Ces divers investissements profitent également aux clubs, avec d’excellents résultats à la clé. Ainsi, depuis plusieurs années, le Raja Club Athletic, le Wydad Athletic Club ou encore la Renaissance Sportive de Berkane multiplient les performances sur la scène continentale, remportant de nombreux trophées.

… mais des stades encore à construire

Mais, malgré ces infrastructures et la construction de nouveaux stades durant les dernières décennies, le Maroc ne disposait pas assez d’équipements pour organiser une Coupe du monde, surtout depuis le passage à 48 équipes. Ce volet, qui représentait 35 % de la note finale lors de l’évaluation technique des candidatures pour 2026, était le plus faible du dossier marocain. Sur les quatorze stades proposés à l’époque, cinq devaient être rénovés et neuf devaient encore être construits. Aujourd’hui, comme l’explique le consultant en économie du sport, Alaâ Mrani (lire l’entretien ci-après), la situation n’a pas beaucoup évolué et tout reste à faire, ou presque. Cette candidature conjointe avec l’Espagne et le Portugal vient ainsi simplifier la tâche du Royaume et diminuer le coût relatif à la construction des nouvelles infrastructures. En effet, en rénovant ses cinq grands stades actuels (Rabat, Marrakech, Tanger, Agadir et Fès), pour les rendre conformes aux exigences d’une Coupe du monde FIFA, le Maroc n’aurait plus qu’à construire un ou deux autres complexes, dont le tant attendu Grand stade de Casablanca, pour être un co-organisateur de haut niveau.

Enfin, pour Alâa Mrani, l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2025, pour laquelle le Royaume s’est porté candidat***, pourrait constituer une étape très utile : « avec six stades nécessaires (le Complexe Mohammed V de Casablanca est homologué pour la CAN, mais pas pour la Coupe du monde, NDLR), la CAN serait l’occasion d’accélérer les chantiers et de se mettre en situation pour se préparer à une éventuelle Coupe du monde. Â»

La Confédération africaine de football devrait annoncer très bientôt le nom du pays retenu. En cas de victoire, le Royaume pourrait intégrer cette compétition dans le plan de développement de ses futures infrastructures et en faire un nouvel argument de poids pour sa candidature à la Coupe du monde.

Thomas Brun

* Déclaration de Rachid Talbi Alami, alors Ministre de la Jeunesse et des Sports, le 14 juin 2018, au lendemain du vote en faveur du trio États-Unis – Canada – Mexique pour l’organisation de la Coupe du monde 2026.

** Extrait d’une lettre signée par le chef de l’appareil de sécurité de l’État du Qatar, envoyée au directeur général de la sécurité nationale (DGSN), Abdellatif Hammouchi, publié sur le site Hespress.

*** La Confédération africaine de football a retiré l’organisation de la CAN 2025 à la Guinée, considérant que les infrastructures et les équipements n’étaient pas suffisamment adaptés ou prêts.

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