Nidal Lahlou
Président délégué de la Fédération nationale des industries hôtelières
Quel premier bilan faites-vous des retombées concrètes de la CAN 2025 sur l’activité touristique : fréquentation, recettes, visibilité internationale ?
Les retombées de la CAN, selon l’appréciation des professionnels, ne se mesurent pas uniquement au nombre d’arrivées supplémentaires générées par cet événement sportif majeur, même si ces chiffres restent importants. Il faut rappeler que le mois de décembre est traditionnellement une période relativement calme pour l’activité touristique. Or, le cumul des activités liées à la CAN et de celles propres aux fêtes et vacances de fin d’année a permis d’enregistrer, dans certaines destinations, des taux d’occupation relativement élevés, et en tout cas très significatifs pour un mois de décembre et un début janvier. Certaines destinations ont ainsi connu des taux d’occupation dépassant 80 %, tandis que d’autres se situaient autour de 60 % ou légèrement en dessous. Cette performance concerne essentiellement les villes qui ont eu l’honneur d’accueillir l’événement. En revanche, les villes et régions qui n’étaient pas concernées par la CAN ont enregistré un mois de décembre tout à fait normal, avec des taux d’occupation plutôt bas et sans impact notable, ce qui est logique puisqu’elles n’étaient pas directement impliquées. Sur le plan quantitatif, les arrivées hôtelières du mois de décembre liées à la CAN sont relativement importantes. Mais au-delà des chiffres, l’élément principal sur lequel les professionnels souhaitent capitaliser est le rayonnement qu’a connu notre pays à l’occasion de l’organisation de cet événement. La retransmission dans plusieurs dizaines de pays, l’organisation globale et la mise en valeur des progrès réalisés en matière d’infrastructures – notamment les aéroports, le TGV, les gares ferroviaires, le réseau autoroutier, entre autres – ont été largement mises en avant. De la même manière, les avancées en matière de couverture médicale, de sécurité, de quiétude et l’hospitalité légendaire des Marocains ont été soulignées. L’image du Maroc ressort ainsi de cet événement nettement améliorée. Il est désormais essentiel, pour les professionnels du tourisme, de capitaliser sur cette image positive, portée à la fois par les performances de notre équipe nationale et par le succès organisationnel de la CAN.
Selon vous, quels segments de l’offre touristique marocaine ont le plus bénéficié de la CAN 2025 ?
Les principales régions ayant bénéficié de cet événement sont Marrakech, Rabat, Fès, Casablanca et Agadir. Concernant les établissements qui ont le plus profité de la CAN, nous ne disposons pas encore d’un détail chiffré précis, mais le ressenti général indique que l’hôtellerie
4 et 5 étoiles a fortement perçu les effets positifs de la compétition. Parallèlement, la location de courte durée, de type Airbnb, a également bénéficié de l’événement. Une grande partie des fans de football sont en effet des voyageurs à petit ou moyen budget, qui s’orientent davantage vers des formes d’hébergement alternatif. Dans l’absolu, et une fois encore, l’enjeu principal consiste à capitaliser sur cette expérience afin de mieux structurer l’offre touristique à l’avenir.
La CAN 2025 a-t-elle servi de test crédible pour évaluer la capacité d’accueil et les standards de qualité du Maroc face à de grands événements internationaux ?
Le Maroc, ainsi que l’ensemble de l’écosystème – c’est-à-dire les opérateurs privés et les administrations, notamment les offices impliqués dans le secteur du tourisme – mènent depuis 2020 une politique ambitieuse visant à relever à la fois les standards qualitatifs et la capacité d’hébergement. Aujourd’hui, nous sommes véritablement fiers d’avoir atteint le seuil des 20 millions de touristes et d’être devenus le premier pays africain en termes de performance touristique. Nous avons donc la capacité d’accueillir 20 millions de touristes par an, voire davantage. Cela relève encore du quantitatif, mais nos aéroports sont aujourd’hui aptes à gérer des flux importants en matière d’arrivées, et la capacité d’hébergement a nettement évolué depuis 2020. Les aspects qualitatifs n’ont pas été négligés : un système de classement a été mis en place, répondant aux exigences les plus élevées et aux standards de nos marchés émetteurs. La mise à niveau a déjà été réalisée pour de nombreux établissements et se poursuit pour les autres. Nous sommes également satisfaits de constater que l’ensemble de l’administration publique est pleinement consciente du rôle stratégique et des enjeux de la politique touristique. La preuve en est les 6 milliards de dirhams mobilisés par le gouvernement pour accompagner les investisseurs dans ce contexte : 2 milliards de dirhams dédiés au plan de sauvegarde et 4 milliards de dirhams à la relance. Tout cela se fait dans un esprit de consensus et de co-construction avec l’administration. Nous considérons que le secteur mérite ce qu’il a reçu, et même davantage. Il a tenu ses engagements : la création d’emplois a suivi, la création de valeur ajoutée également, et les recettes en devises ont progressé. C’est un secteur qui mérite l’intérêt et l’appui de l’administration, et qui suscite de plus en plus l’intérêt des investisseurs privés. Nous espérons que cette tendance va se poursuivre, que nous pourrons maintenir un rythme de croissance aussi soutenu que celui observé au cours des quatre dernières années, et que l’objectif de 26 millions de touristes à l’horizon 2030 sera dépassé, comme l’a déjà été l’objectif de la feuille de route 2026. Nous continuerons à œuvrer dans un esprit de confiance et de co-construction.
Quelles priorités faut-il adresser dès maintenant pour que le secteur touristique soit pleinement prêt pour la Coupe du monde 2030, en volume comme en qualité ?
Les grands événements sportifs – la CAN, la Coupe du monde, et même la Coupe du monde des clubs qui semble se profiler – constituent pour nous, opérateurs, une vitrine
et un outil de communication exceptionnels. C’est principalement sur cet aspect que nous devons capitaliser. Le travail engagé au Maroc dépasse largement l’échéance de 2030. Après être devenu le premier pays africain en matière de tourisme, nous nourrissons l’ambition de devenir l’un des leaders à l’échelle méditerranéenne. Pour cela, nous avons déjà commencé à nous donner les moyens d’y parvenir. Il existe un appui manifeste des autorités, ainsi qu’un travail important sur le volet quantitatif, à travers des incitations à l’investissement, comme ce fut le cas avec le programme Cap Hospitality. Des soutiens sont également déployés en faveur de la mobilité et des transports en général, ainsi que des mesures incitatives pour garantir la durabilité et intégrer pleinement les dimensions environnementales du tourisme. Par ailleurs, des investissements sont engagés dans la digitalisation de l’écosystème touristique. Tous les aspects fondamentaux liés à l’amélioration, à la modernisation, à la diversification et à la qualité de l’offre sont ainsi pris en compte. L’objectif n’est pas seulement d’être prêts pour la Coupe du monde, mais aussi de maintenir, au-delà de 2030, la dynamique très positive enregistrée ces dernières années et de se projeter sereinement dans l’après-2030.
Propos recueillis par Rida Ançari
