Omar Ibnossalem : « Avec le nouveau contrat-programme, l’objectif est d’atteindre 3 000 hectares consacrés à la production de safran »

Omar Ibnossalem, Directeur de la Fimasafran

Un nouveau contrat-programme a été signé en avril dernier, avec comme horizon 2030. Omar Ibnossalem dirige la Fimasafran, la Fédération Interprofessionnelle Marocaine du Safran. Il fait le point sur l’état du secteur, qui fait face à une série de défis, dont les effets du changement climatique.

En 2012, un contrat-programme a été signé entre l’État et la filière du safran. Ses objectifs ont-ils été remplis ?

Ce contrat-programme était le tout premier conclu entre la Fimasafran et l’État, dans le cadre du Plan Maroc vert. À l’époque, le safran était cultivé sur 610 hectares, la production atteignait 3,5 tonnes par an, dont 0,16 tonne à l’export, et le rendement était de 2,4 kg par hectares.

Pour 2020, le contrat-programme fixait un objectif de 1350 hectares de culture, de 9 tonnes de production, dont 1 tonne à l’export, et de 9 kg par hectare de rendement. En 2020, nous avons pu constater que les champs de safran se répartissaient sur 1 865 hectares, avec une production de 7 tonnes dont 0,26 à l’export et un rendement de 3,5 kg par hectare.

Ce contrat-programme prévoyait-il des aides de l’État ?

Il planifiait en effet des investissements à la fois par l’État et par la profession représentée par la Fimasafran. L’État devait investir 84 millions de dirhams et la profession 16 millions de dirhams. À fin 2019, 67 % des investissements de l’État avaient été réalisés et 23 % des investissements de la profession.

Le nouveau contrat-programme, annoncé il y a quelques mois, a-t-il été signé ?

Oui, il a été signé en avril 2023 dans le cadre de la nouvelle stratégie agricole Génération Green.

Que prévoit-il ?

Les objectifs ont été fixés, pour 2030, à une superficie de 3 000 hectares, une production de 13,5 tonnes dont 1 tonne à l’export, un rendement de 4,5 kg par hectare et un taux de conditionnement de 75 %.

À quels défis la filière fait-elle face ?

Il y a une série de défis, dont la fraude (en particulier le safran importé), la diminution de la nappe phréatique, la rareté ou l’absence de précipitations, la sécheresse, ou encore le réchauffement climatique.

En ce qui concerne la fraude, du safran, notamment iranien, est importé et vendu en tant que safran marocain. Aussi, ce peut être d’autres produits que le safran pour lesquels on utilise du colorant. Nous réclamons des mesures pour que le safran national soit protégé. Le safran importé doit impérativement être vendu comme tel, et le safran marocain doit être clairement identifiable. L’État doit agir à travers la réglementation.

Pour le changement climatique, l’élévation de la température enregistrée ces dernières années dans les zones productrices du safran a fait baisser le rendement. Avant 2000, les parcelles de safran situées à une altitude de 1000 à 1200 m d’altitude avaient de bons rendements. En 2023, le safran n’existe même plus dans les zones situées à une altitude inférieure à 1500 m. De nombreux agriculteurs qui avaient des champs en dessous de cette altitude se sont reconvertis, par exemple dans du maraîchage. D’autres ont pris des terrains situés à des altitudes plus élevées.

Les producteurs de safran ont-ils été impactés par le séisme d’Al Haouz de septembre dernier ?

Ce tremblement de terre a touché une grande partie de la zone de production du safran, notamment dans les régions de Ouarzazate et de Taroudant. Certains producteurs n’ont plus de système d’irrigation. Pour d’autres, les terrasses où était cultivé le safran se sont effondrées. Des unités de stockage et de valorisation qui appartiennent à des coopératives ont aussi été touchées.

L’État a commencé à intervenir en soutien de ces sinistrés. Dans la région de Taliouine, ses services sont intervenus auprès des unités qui sont certifiées par l’ONSSA. Dans les zones où l’irrigation n’est plus possible, des interventions sont programmées, notamment pour creuser des puits. En ce qui concerne les terrasses détruites, qui sont surtout situées dans la région de Ouarzazate, des services de l’État ont constaté les dégâts, mais les interventions ne sont pas encore planifiées.

Où le safran est-il cultivé aujourd’hui au Maroc ?

La production se répartit entre trois régions : Souss-Massa (54 % de la production), Drâa-Tafilalet (43 %) et Beni Mellal-Khenifra (3 %). Ces dernières années, le safran a commencé à être cultivé dans de nouvelles zones dans ces régions, comme Ait Boulli, Ait Bougmez ou Zaouiat Ahansal dans la région de Beni Mellal-Khenifra, ou encore Iknioun, Dadès ou Midelt dans la région de Drâa-Tafilalet.

80 % de la production est consommée au Maroc, et 20 % est exportée, principalement vers l’Europe et les pays du Golfe.

Que faudrait-il, selon vous, pour développer encore la filière ?

En ce qui concerne la production, il faudrait aménager des routes pour faciliter l’accès à de nouveaux terrains, en particulier en montagne, réaliser des projets d’irrigation, ou encore renforcer les programmes de recherche scientifique, notamment pour l’amélioration du rendement.

En ce qui concerne la commercialisation, il est nécessaire de mieux réguler les importations de safran, de promouvoir les exportations, de lutter contre l’informel, organiser des foires et des salons au Maroc et enfin améliorer les circuits de distribution du safran.

Il est aussi important de se pencher sur l’enjeu de la transformation du safran ou encore sur sa protection à travers une réglementation appropriée.

Rémy Pigaglio

Articles à la une