Mohamed Ben Ouda, invité de Conjoncture

« L’immobilier constitue un élément majeur de l’économie nationale »


Interview de Mohamed Ben Ouda, Directeur Général du Groupe Palmeraie Développement

Conjoncture :L’année 2018 s’achève en demi-teinte pour l’économie marocaine : quel est votre regard de dirigeant d’entreprise sur le contexte actuel ?

Mohamed Ben Ouda : Au-delà du contexte actuel, il y a urgence d’adopter un nouveau modèle de développement pour le Maroc afin booster la croissance économique. En effet, dans son discours à l’occasion de la rentrée parlementaire, le 12 octobre 2018, Sa Majesté le Roi Mohammed VI que Dieu l’assiste avait insisté sur la nécessité de « revoir le modèle actuel, qui présente de multiples lacunes, afin de l’adapter aux évolutions que connaît le pays et aux aspirations des Marocains ».

Il est clair que l’actuel modèle a montré ses limites puisque notre croissance économique demeure plutôt faible, encore soumise aux aléas pluviométriques et impactée par le ralentissement des secteurs tels que le BTP, l’immobilier ou d’autres, comme la métallurgie, qui sont en difficulté. Réaliser une croissance à un rythme de 3 % de PIB chaque année n’est plus suffisant pour faire face aux équilibres socio-économiques de notre pays et réduire les inégalités sociales et territoriales. Il nous faut donc un modèle économique qui génère au moins une croissance de 5 %, allant jusqu’à 7 % du PIB, pour rattraper les économies émergentes !

En 2018, le Maroc a pu tenir les équilibres fondamentaux de l’économie nationale, mais la croissance se fait toujours attendre.

Selon vous, comment s’annonce l’année 2019 ?

À l’ère de l’industrie 4.0 – et je dirais plus largement l’économie 4.0 -, sur des marchés en mutation, le plus grand défi auquel sont confrontés les chefs d’entreprises d’aujourd’hui est de savoir comment rester compétitif au milieu de turbulences permanentes.

Comment dénicher l’hyper-croissance ? Comment repérer les innovations disruptives ? Comment repenser son modèle économique grâce à une innovation de rupture dans un marché saturé ? Comment rendre sa chaîne de valeur résiliente ? Comment définir les prérequis organisationnels et financiers pour pérenniser l’avantage compétitif ?

Je pense que, pour beaucoup de groupes marocains, l’année 2019 sera l’année du design voire du déploiement des stratégies disruptives et cela au profit d’une meilleure rotation du capital et d’un déploiement pérenne de l’entreprise. Il s’agit de travailler sur la transformation du business model en agissant sur trois temporalités :

• Un temps du résultat par la mise en place d’une Supply Chain plus agile et résiliente ;

• Un temps de l’hyper-croissance par le lancement des innovations de rupture, mais aussi par le marketing de l’offre ;

• Un temps de pérennisation et de valorisation du patrimoine de l’entreprise en orchestrant la vitesse de développement de l’entreprise en fonction de ses capacités financières et de ses partenariats.

Cette transformation doit être accompagnée par deux chantiers transversaux : un chantier de digitalisation de la chaîne de valeur (digitalisation des opérations et digitalisation de l’expérience client) et un chantier de capital immatériel par la refonte de la culture de l’entreprise et la montée en compétence de son capital humain.

Le secteur immobilier connaît un ralentissement depuis quelques années. D’après vous, quelles en sont les raisons et comment le secteur peut-il trouver de nouveaux relais de développement ?

L’immobilier constitue un élément majeur de l’économie nationale. Toutefois, une présentation de son importance économique faisait défaut et notamment sa contribution au soutien de l’économie et à sa relance à court terme sans parler de son image de marque. En effet, le secteur immobilier au Maroc apporte avec ses 6,8 % de participation au PIB un apport considérable à la performance économique du pays. Si l’on y ajoute également les recettes locatives et autres, cette part s’élève à un pourcentage encore plus important du PIB, ce qui correspond à une création d’une valeur brute significative de l’ordre de 59,1 milliards de dirhams en 2017. Sur un registre social, le secteur immobilier a généré plus de 1 000 000 emplois à plein temps, ce qui représente 10 % de l’emploi total au Maroc.

Toutefois, en l’absence de mesures de stimulation, le secteur immobilier régresse en matière d’unités produites et de contribution au PIB. Il est également marqué par des défaillances en cascades en laissant aussi une demande non satisfaite (le droit de logement pour tous). De ce fait, vu le poids du secteur et sa contribution au développement socio-économique du pays, il nécessite une attention particulière de la part des pouvoirs publics à l’image des autres pays. Un benchmark international démontre que les politiques de relance de l’immobilier permettent de soutenir l’activité économique, comme le prouvent les exemples britanniques, espagnols, portugais et français. L’analyse des deux cas britannique et français, qui sont des économies diversifiées, semble indiquer qu’une reprise du marché immobilier permet d’obtenir un soutien rapide de l’activité économique et le déclenchement d’une reprise. Concernant les cas espagnol et portugais, l’assouplissement et la révision des taux directeurs ainsi que l’ouverture du marché immobilier à des résidents étrangers avec un pack fiscal adéquat ont permis de faire de ces deux pays une destination prisée.

C’est ainsi qu’il est primordial de donner une attention particulière à l’application des mesures d’urgence et notamment les dispositifs d’accompagnement à fort impact telles que la révision des de taux d’intérêt acquéreur pour stimuler la demande et favoriser l’accès au logement pour tous. L’immobilier restera un levier à court et moyen terme pour booster le nouveau modèle de développement du pays, car son soutien permet de dynamiser l’écosyste immobilier (cimenteries, matériaux de construction, ameublements, équipements de maison, BTP, transports et logistique, sans oublier le secteur financier). L’adage est connu : « quand l’immobilier va tout va ! »

Depuis quelques années, le Groupe Palmeraie Développement se diversifie à travers ses différents pôles, mais aussi à l’international, notamment en Afrique subsaharienne. Quel bilan dressez-vous de ces orientations stratégiques et quelles sont vos perspectives à venir ?

Palmeraie Développement est un groupe de référence, qui intègre les activités de l’immobilier de luxe et de standing supérieur (Palmeraie Immobilier), l’immobilier social et moyen standing (Espaces Saada) et les activités d’Hôtellerie et de Loisirs avec un développement en Afrique.

Notre plan stratégique 2018-2020 vise à passer du statut de promoteur immobilier et d’opérateur touristique à celui de prompteur-développeur en vue d’accompagner les villes et leur transformation urbanistique avec des composants résidentiels, touristiques, industriels et de services. En résumé : des vraies villes intégrées dans la ville. Cette ambition, nous la concrétisons aujourd’hui en nous appuyant sur l’expertise de plus de 45 ans du groupe et en saisissant les opportunités offertes par notre environnement, dans une démarche assurant la création de valeur avec la notion de rentabilité pour toutes nos parties prenantes et dans tous les métiers du groupe.

« Le secteur immobilier au Maroc apporte avec ses 6,8 % de participation au PIB un apport considérable à la performance économique du pays. »

Par exemple, au niveau du logement social, le duplex que nous venons de lancer est un produit très innovant qui permet de rehausser les standards. Quant à l’immobilier de luxe, notre vision est de le démocratiser afin qu’il soit plus accessible et abordable à travers la marque Palmeraie Immobilier. Nous travaillons sur toute la chaîne de valeur immobilière de façon à créer une longueur d’avance grâce à des offres de qualité et à la maîtrise du modèle économique. Dans chaque maillon de la chaîne, il y a une vraie ingénierie de coût et de service en vue d’optimiser le résultat : réduction des cycles de production, re-design de notre réseau de commercialisation pour être à l’écoute des clients pour satisfaire leur demande et pour être plus agressif sur le marché. L’une des particularités de cette année est le renforcement du développement à travers la mise en place de produits innovants. L’année 2018 a également été marquée par la montée en puissance de notre activité de loisirs par le biais du Palmeraie Country Club.

En ce qui concerne l’Afrique, des priorités sont définies en faveur de l’accélération des travaux du projet d’Abidjan destiné à devenir le site pilote pour le développement d’une chaîne hôtelière en partenariat avec Radisson et de la sécurisation foncière dans d’autres pays, notamment en Afrique de l’Est. Le Site Songon à Abidjan qui englobe un programme immobilier de 2000 logements connaît également une vraie dynamisation puisque les témoins sont finalisés et le lancement de sa commercialisation débutera courant le mois de janvier 2019.

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