Interview d’Abderrahim Kassou, architecte chargé de la restauration et de la reconversion de l’Église du Sacré-Cœur et acteur de la société civile
« Il fallait ouvrir l’espace et en faire un équipement culturel à la hauteur des attentes des Casablancais »
Pouvez-vous tout d’abord nous parler de l’Église du Sacré-Cœur, de son histoire, de sa valeur architecturale et de sa place à Casablanca… ?
Créée par l’architecte Paul Tournon, l’Église du Sacré-Cœur a été construite en 1930. Elle a été construite en deux phases, la première en 1930 et la seconde en 1950, mais elle a fonctionné comme église dès la première phase. Le bâtiment principal est d’une longueur de 75 m, d’une largeur de 35 m et d’une hauteur de 30 m environ à l’intérieur.
À côté de l’église a été construit le presbytère, un petit bâtiment avec un patio central et un jardin de méditation. L’église a abrité le culte jusqu’aux années 60. Ensuite le monument a été cédé à la ville de Casablanca. Il a servi d’annexe à la faculté de droit dans les années 1980, puis d’espace pour des activités culturelles dans les années 2000.
En tant qu’architecte chargé de la réhabilitation de l’église, pouvez-vous nous donner plus de détails sur cette opération ?
L’objectif du projet auquel nous avons eu l’honneur de participer est multiple. Tout d’abord, restaurer un édifice historique inscrit sur la liste du patrimoine national depuis 2003, mais qui n’avait jamais été restauré de manière complète depuis sa construction. Ensuite, après différentes consultations avec des acteurs culturels et des artistes, il s’agissait de prévoir des aménagements permettant un usage de l’espace adapté à plusieurs types d’expressions artistiques tout en préservant au maximum le bâtiment. Enfin, il fallait ouvrir l’espace et en faire un équipement culturel à la hauteur des attentes des Casablancais. Le travail a été réalisé par une équipe diversifiée en concertation avec Casablanca Patrimoine, porteur du projet, avec l’accompagnement du Ministère de la Culture, et avec l’appui de la Mairie d’Amsterdam dans le cadre du jumelage entre les deux villes.
Combien de temps a duré ce travail et quels corps de métiers ont été impliqués ?
Après plusieurs années d’études, les travaux ont été lancés en 2016 et ont été réalisés en plusieurs phases. La première phase a consisté en la restauration de l’édifice existant, qui était en mauvais état. La structure verticale et les voutes sont en béton armé et les murs en pierres appareillées. La seconde phase a consisté en la construction de nouveaux espaces intérieurs pouvant accueillir des fonctions supplémentaires comme des salles de séminaire et d’ateliers, des espaces de rencontre, un centre d’interprétation du patrimoine dédié à la mémoire du lieu ainsi qu’un certain nombre de fonctions support. Ensuite, les travaux d’aménagement des espaces intérieurs ont été menés, notamment les travaux de correction acoustique pour réduire la réverbération, la restauration des éléments architectoniques et de la menuiserie ainsi que les travaux des lots techniques. Enfin, les travaux d’aménagement extérieur et paysager ont été menés pour assurer un écrin à l’ensemble dans la continuité du parc de la Ligue arabe.
Que devient cet espace aujourd’hui ?
L’espace a été confié par la ville de Casablanca à la SDL (Société de développement local) Casa Event qui devra en assurer la gestion et l’exploitation et permettre la tenue d’activités faisant vivre le lieu.
Quelle place aura l’art et la culture dans cet espace ? Et l’événementiel ?
Cette question est à poser au gestionnaire. Notre rôle en tant que maître d’œuvre est terminé. Mais notre souhait en tant que Casablancais est que l’espace devienne un lieu dynamique accueillant des activités culturelles, mais également des résidences de création pour contribuer à la production d’œuvres spécifiques. L’espace devra également avoir une vraie politique destinée à l’ensemble des publics dans leur diversité. Il y a tant à faire. L’ensemble des acteurs culturels locaux dont je fais partie sont disposés à participer à cette dynamique.
Entretien réalisé par Hicham Houdaïfa
