Khalil El Ghrib, artiste philosophe

L’un des plus discrets des artistes marocains était à l’honneur à Anfa Park. Éclairages sur une œuvre d’une singulière profondeur.

« Khalil El Ghrib est plus qu’un plasticien, c’est un artiste philosophe », s’enthousiasme Bouchra Salih, initiatrice des États d’Urgence d’Instants Poétiques, une manifestation artistique tout à fait originale célébrant la création in situ, dans l’espace public, et dont la 6e édition a dédié un hommage tout en justesse à l’artiste. Du 2 au 12 octobre dernier, cet hommage a pris la forme d’une exposition en plein air dans la partie Park Expo d’Anfa Park. Il s’agissait de l’étape casablancaise d’un projet initié en novembre 2024 dans le cadre de la saison culturelle de l’Institut français du Maroc sur « Le Vivant », qui s’était tenu au Jardin d’essais botaniques de Rabat.

Contemplation, décomposition, et transformation

Pendant dix jours, les œuvres de Khalil El Ghrib se sont donc transplantées à Anfa Park. Certaines avaient déjà été présentées à Rabat mais étaient déjà transformées par le passage du temps et l’intervention de la nature : déjà vues, et déjà apparaissant sous une nouvelle apparence. Car l’artiste, né à Asilah en 1948, travaille des matières naturelles, et son œuvre elle-même se fait l’écho du cycle de la vie et de la décomposition. Il se refuse du reste à dater ses travaux, à leur donner des titres et à les signer. Il refuse également qu’ils soient piégés dans un rapport marchant à l’art. Miettes, doum, paille, papiers de toutes sortes, objets jetés et récupérés… sont la matière du « cycle cosmique » qu’il compose, ainsi que l’explique feu Edmond Amran El Maleh : « Il n’y a pas à proprement parler récupération, ni utilisation directe des débris ou déchets, mais le jeu de métamorphose, la matière récupérée, transfigurée donne corps, vie et émotion à la toile. […] Khalil El Ghrib est le poète de l’éphémère, de l’instant captif de l’éternité. »

Cette œuvre empreinte d’une grande spiritualité, dans son dépouillement et sa rigueur, est ici en dialogue avec celles de trois autres artistes de différentes générations, qui ont en partage avec Khalil El Ghrib une recherche sur ce type de matériaux, sur la décomposition ou sur la réflexion philosophique à travers l’art. Mohamed Ahnach, né à Khénifra en 2001, hanté par la mort, cherche à insuffler la vie à l’inanimé. Mohssin HarraL’un des plus discrets des artistes marocains était à l’honneur à Anfa Park. Éclairages sur une œuvre d’une singulière profondeur.
 
« Khalil El Ghrib est plus qu’un plasticien, c’est un artiste philosophe », s’enthousiasme Bouchra Salih, initiatrice des États d’Urgence d’Instants Poétiques, une manifestation artistique tout à fait originale célébrant la création in situ, dans l’espace public, et dont la 6e édition a dédié un hommage tout en justesse à l’artiste. Du 2 au 12 octobre dernier, cet hommage a pris la forme d’une exposition en plein air dans la partie Park Expo d’Anfa Park. Il s’agissait de l’étape casablancaise d’un projet initié en novembre 2024 dans le cadre de la saison culturelle de l’Institut français du Maroc sur « Le Vivant », qui s’était tenu au Jardin d’essais botaniques de Rabat.
 
Contemplation, décomposition, et transformation
 
Pendant dix jours, les œuvres de Khalil El Ghrib se sont donc transplantées à Anfa Park. Certaines avaient déjà été présentées à Rabat, mais étaient déjà transformées par le passage du temps et l’intervention de la nature : déjà vues et déjà apparaissant sous une nouvelle forme. Car l’artiste, né à Asilah en 1948, travaille des matières naturelles, et son œuvre elle-même se fait l’écho du cycle de la vie et de la décomposition. Il se refuse du reste à dater ses travaux, à leur donner des titres et à les signer. Il refuse également qu’ils soient piégés dans un rapport marchant à l’art. Miettes, doum, paille, papiers de toutes sortes, objets jetés et récupérés… sont la matière du « cycle cosmique » qu’il compose, ainsi que l’explique feu Edmond Amran El Maleh : « Il n’y a pas à proprement parler récupération, ni utilisation directe des débris ou déchets, mais le jeu de métamorphose, la matière récupérée, transfigurée donne corps, vie et émotion à la toile. […] Khalil El Ghrib est le poète de l’éphémère, de l’instant captif de l’éternité. »
Cette œuvre empreinte d’une grande spiritualité, dans son dépouillement et sa rigueur, est ici en dialogue avec celles de trois autres artistes de différentes générations, qui ont en partage avec Khalil El Ghrib une recherche sur ce type de matériaux, sur la décomposition ou sur la réflexion philosophique à travers l’art. Mohamed Ahnach, né à Khénifra en 2001, hanté par la mort, cherche à insuffler la vie à l’inanimé. Mohssin Harraki, né à Asilah en 1981, revisite les thèmes de la conscience, de la transmission et de l’imaginaire collectif. Quant à Mohamed Larbi Rahhali, né en 1956 à Tétouan, prend de son métier de pêcheur de quoi penser l’entraide. Cette exposition d’hommage était donc sous le signe de l’échange, que ce soit à travers les artistes exposés ou à travers les activités programmées. Aux adultes, la conférence de l’architecte paysagiste Mounia Bennani, autrice de Villes-paysages du Maroc, a invité à réfléchir sur ce qu’est un jardin aujourd’hui. Quant aux enfants, ils ont pu participer à de nombreuses visites guidées et ateliers sur l’art et la nature, pour créer leur jardin imaginaire, leur carte poétique, chasser les œuvres et les réinterpréter à la manière de portraits chinois… Un élan vital de partage.Cette œuvre empreinte d’une grande spiritualité, dans son dépouillement et sa rigueur, est ici en dialogue avec celles de trois autres artistes de différentes générations, qui ont en partage avec Khalil El Ghrib une recherche sur ce type de matériaux, sur la décomposition ou sur la réflexion philosophique à travers l’art. Mohamed Ahnach, né à Khénifra en 2001, hanté par la mort, cherche à insuffler la vie à l’inanimé. Mohssin Harraki, né à Asilah en 1981, revisite les thèmes de la conscience, de la transmission et de l’imaginaire collectif. Quant à Mohamed Larbi Rahhali, né en 1956 à Tétouan, prend de son métier de pêcheur de quoi penser l’entraide. Cette exposition d’hommage était donc sous le signe de l’échange, que ce soit à travers les artistes exposés ou à travers les activités programmées. Aux adultes, la conférence de l’architecte paysagiste Mounia Bennani, autrice de Villes-paysages du Maroc, a invité à réfléchir sur ce qu’est un jardin aujourd’hui. Quant aux enfants, ils ont pu participer à de nombreuses visites guidées et ateliers sur l’art et la nature, pour créer leur jardin imaginaire, leur carte poétique, chasser les œuvres et les réinterpréter à la manière de portraits chinois… Un élan vital de partage.

Kenza Sefrioui

Articles à la une