Pour fêter ses vingt ans, l’Association internationale des libraires francophones (AILF) donne la parole à vingt écrivains reconnus du monde entier, qui racontent leur rencontre avec leurs librairies préférées.

C’est un tour du monde à la fois très personnel et très généreux, une invitation au partage. 17 pays, 4 continents, et partout plusieurs langues, dont une en commun, le français. Vingt écrivains, parmi les plus reconnus et primés, se sont confiés à quatre journalistes et leur ont décrit comment s’est forgé leur imaginaire polyglotte, leur amour de la littérature et témoignent du rôle des libraires dans leur parcours. Les textes sont brefs, vifs et pleins d’émotion, car tous relatent une rencontre décisive en ce qu’elle a été une sorte de révélateur du sens de l’écriture.
Djaïli Amadou Amal, prix Goncourt des Lycéens, se souvient de la « librairie du poteau », de sa ville natale au Cameroun, et de la Librairie des Peuples noirs à Yaoundé grâce à qui elle a participé à des ateliers d’écriture. Miguel Bonnefoy aime ces « espaces de quiétude, de bonheur et d’équilibre, un terreau fécond pour le futur ». Emilienne Malfato évoque la librairie de livres d’occasion de Bogota, avec ses fauteuils de velours et son parfum de bois et d’encre, tandis que Leila Slimani admire l’art de la « mise en scène » des bouquinistes.
Pas question d’acheter sans toucher, s’emporte l’auteur taïwanais Jimmy Liao, qui ne veut pas se passer de ce « sentiment d’aller chez un ami ». « Je vais chez un libraire indépendant comme je vais chez un coiffeur, un tailleur ou un diététicien. Il connaît mes goûts, il connaît ma taille, il sait ce que j’aime », résume Blaise Ndala, de RDC. Wilfried N’Sondé n’y va parfois que pour parler. L’Iranienne Negar Djavadi savoure le fait de sortir « du temps et du vacarme de la vie » pour s’ouvrir aux rencontres : « le monde est là, mais silencieux ». L’auteur français Timothée de Fombelle aime « la part invisible du lieu : l’esprit des libraires, qui est partout présent, leur parcours, leur vie, leur première rencontre avec le livre, ce qui les a amenés là et comment cela détermine entièrement le lieu ».
De la passion : c’est, pour l’écrivain mauricien Amarnath Hosany, la clef. « Vital », renchérit le Palestinien Karim Kattan, prix des Cinq Continents de la francophonie, qui doit à la librairie athénienne Leixikopoleio d’avoir surmonté l’épreuve du confinement. Beata Umubyeyi Mairesse, rescapée du génocide au Rwanda, évoque ces lieux qui sauvent.
Pour le Tunisien Yamen Manai, seuls les libraires indépendants prennent le risque de montrer cette diversité culturelle. L’Algérien Kamel Daoud, lui, est ému par la rencontre rendue possible par ces libraires qui avec des moyens modestes savent ouvrir des lieux de « communion autour de la liberté ». Enfin la Belge Isabelle Wéry se lance dans une déclaration enflammée à ces lieux qui donnent de quoi « percuter les dictatures » et « escalader l’infini du ciel à mains nues ».
Un ouvrage d’actualité, rappelle Anne-Lise Schmitt, déléguée générale de l’AILF, qui signe le prologue : ces temps d’hyperconcentration du monde de l’édition et de banalisation de l’achat en ligne constituent une menace sur la « bibliodiversité », c’est-à-dire la diversité des formes et des expressions littéraires dont « les éditeurs et les libraires indépendants sont les garants ». Un appel à la solidarité, à la coopération, à la circulation et à la rencontre.
Kenza Sefrioui
Voyage en francophonie
Collectif
AILF, 100 pages.
